Tout récemment, j’ai revu une amie de longue date, qui de manière spontanée dit les bonnes choses à entendre. Elle m’a sorti texto:

Ça se voit que ton voyage t’a marqué. Tu transpires la liberté, un « autre » chose. Il y a un avant et un après.

Même si ces aspects avaient été sous entendus dans le billet relatant l’autopsie du voyageur 1 an après, je n’avais jamais vraiment évoqué les changements qu’un voyage au long cours implique, ne serait-ce que dans la manière d’aborder le quotidien au retour.

Il m’arrive de tomber sur des articles de blogs parlant de ce que le voyage a changé en leurs auteurs, mais très souvent, il s’agit d’un ressenti à chaud, immédiat, publié quelques semaines après. Or, des ressentis durables, ayant un réel impact se font rares. Dès mon retour, j’avais bien évidemment remarqué plusieurs changements en moi mais j’attendais de voir s’il s’agissait vraiment d’une vraie empreinte ou si les « habitudes » anciennes allaient reprendre leur cours.

Nombre voyageurs reviennent complètement transformés de leur grand voyage au point d’opérer des changements radicaux dans leur vie (travail, ville, amis, etc…). A l’inverse, d’autres ne sont que peu impactés par leur grand voyage. Peut-être plus hermétiques à leur vécu, ils reprennent leur vie en s’inspirant de la précédente. Mais je crois que la majorité du lot des voyageurs se situent entre les deux extrêmes. Et c’est là dessus que je vais intervenir dans cet article.

Loin d’en tirer une généralité et à partir de mes propres observations (mais pas que), je vais tenter de brosser des traits de caractère, philosophies de vie qui peuvent dorénavant coller aux basques d’un voyageur.

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1. La difficulté de se projeter et de s’engager

Auparavant, je planifiais beaucoup mes activités et sorties selon un agenda bien calibré. Tel jour, ceci, tel jour, cela. Jamais à l’arrache, toujours à temps. Il y avait de la place pour de l’improvisation mais que faiblement. En ayant apprécié de voyager au jour le jour pendant plusieurs mois, il m’est difficile maintenant de me projeter et de m’engager, même à moyen terme. Là ou je veux en venir, c’est que pendant ce voyage, je me suis rendu compte qu’on avait trop facilement une vie réglée par plein de contraintes. Bordel, déjà qu’au travail, tout est calibré, alors si on s’en rajoute en dehors, ça devient encore plus compliqué. C’est ce que j’ai voulu rééquilibrer: mettre plus de souplesse dans ma façon de m’organiser, marcher plus au feeling.

2. Le détachement matérialiste

Je peux vous lister ce que j’ai fait comme achat matérialiste depuis mon retour: un smartphone (l’ancien a rendu l’âme), des vêtements soldés, des chaussures de sport, 2 jeux de société, un BZ pour faire office de lit et un réfrigérateur pour la colocation. Avec moins de 10kgs dans le sac à dos de 50L, je me suis rendu compte que même si le matériel est nécessaire, on peut se passer de beaucoup de choses. Je me rappelle très bien de la crise vécue lorsque j’ai vu toutes mes affaires à mon retour. Je n’arrivais pas à les ranger et y avait mis un bordel ! Pauvre bonhomme que j’étais habitué à son sac à dos, bien rangé ! Mais vous voyez, mon vieil ordinateur de 6 ans vient juste d’être changé, il n’en pouvait plus.

3. Dormir n’importe où

C’était déjà un peu le cas avant, mais pour avoir expérimenté deux nuits consécutives sans lit (une nuit dans un ferry, plus une autre à l’aéroport), je ne m’inquiéterai plus jamais pour trouver un endroit où dormir. Ou du moins, trainer dans les rues à défaut. Ensuite, peu importe la qualité ou le confort, un bon matelas ou un bout de canapé suffit ! Les diverses expériences Couchsurfing permettent d’assouplir ses exigences pour le sommeil ! Il n’y a pas de place à l’intérieur ? Prêtez moi une tente et un duvet, et c’est réglé ! Mais si ça peut être un bon matelas c’est mieux.

4. La conscience tranquille

Je peux vous l’avouer: ce long voyage était comme un accomplissement et quelque chose de très important à réaliser. Je l’ai fait. Les souvenirs plein la tête me poursuivront toute la vie. Comme si un seuil maximal avait été atteint. Bien sur que j’ai toujours envie de voyager mais ce n’est plus comme avant. D’autres expériences et aventures m’attendent bien en dehors du voyage. Il se pourrait même que le voyage ne fasse plus partie de mes priorités. Mais au moins, j’aurai toujours ces souvenirs et cette conscience tranquille. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir vécu son rêve. Et il y a en peut-être d’autres qu’il me tarde de réaliser !

5. La sérénité face à l’avenir

Ce n’est pas compliqué, je regarde beaucoup moins l’avenir, source d’anxiété. Vivant plus au présent au gré des opportunités, je tente de rebondir après un échec dans l’entreprise qui m’a recruté à mon retour (pour information, j’ai demandé à partir). Tout est possible et il est difficile de s’en rendre compte pour quiconque n’ayant pas eu à quitter ses repères. Oui, le fameux « j’aimerais mais oh non patati patata ce n’est pas possible ». C’est con ce que je vais dire mais: quand on veut, on peut. Quand on bosse, on y arrive. Mais pas tout seul. C’est comme en voyage. Les opportunités arrivent grâce aux autres et c’est à vous de les intercepter. En ayant cette expérience de « flairer » les bons coups en voyage, je me sens plus serein vis à vis de l’avenir.

6. Désintoxication télévisuelle

Pendant de longs mois, les coups d’oeil aux télévisions ont été extrêmement rares. Bien que je ne regardais pas beaucoup la télévision auparavant, elle m’intoxiquait rien que par le fait de regarder les journaux télévisés et quelques autres émissions le temps du repas par exemple. Malheureusement, elle avait sur moi des effets très pervers comme celui de me faire peur et de générer des  idées reçues. Heureusement, ces mois de sevrage sont devenus une habitude qui m’a permis de retrouver une certaine innocence et curiosité face au Monde. En rentrant, j’avais tout simplement envie de continuer. Hors de question de voir quelconque JT. Tout se passe sur le Web avec de multiples sources d’information que je choisis.

7. On ne vit qu’une fois

En menant ce projet de voyage à bout avec tout ce que cela implique, c’était prendre un risque dans ma vie, au lieu de rester dans mon confort bien établi. Pour moi, il est nécessaire de prendre des risques, d’expérimenter, d’apprendre. Sans cela, on se pétrifie. Doucement, mais surement. Et c’est en prenant des risques qu’on devient libre de notre vie et de nos choix. Avec prudence et calcul bien sur. Et je ne parle pas uniquement du voyage. Une fois qu’on a fait ce cheminement initial, il est plus facile d’oser de nouveau, dans d’autres domaines: se reconvertir comme je l’envisage, s’installer dans un pays, monter son entreprise ou tout simplement fonder une famille. En somme, bien d’autres voyages. Au pire, qu’est ce qu’on risque, surtout en France ? D’avoir essayé.

8. Le manque des grands espaces

Après avoir passé 7 mois dans des pays ayant une densité très faible, la réinstallation en région parisienne a été plutôt rude. C’est effectivement un des échecs de mon retour en France. Je ne peux plus habiter par ici, malgré que je sois basé à Versailles, ville très agréable. C’est tout simple: transports bondés, stress maximal par les stimulis (bruit, visuel, olfactif), le béton qui sur-domine tout et un sentiment d’écrasement face aux immeubles se serrant les uns aux autres. Bref c’est simple, moins je vais à Paris, mieux je me porte. Enfin, lorsque je quitte le béton des villes pour me retrouver en campagne ou en montagne, le même sentiment domine: cherchant à retrouver les vrais grands espaces, je finis toujours par trouver des signes de civilisation.

9. Du laisser-aller

Autant avant, je pouvais être strict avec moi-même sur un certain nombre de sujet, autant maintenant j’y accorde beaucoup moins d’importance. Le voyage est venu relativiser la notion de confort. Je change de fringues quand j’en ai envie (et pas juste car il faut les changer), je regarde mes comptes en ligne de temps en temps et ne tient plus de comptes, j’oublie plein de choses partout (brosses à dents, gel douche), une pile de papiers traine sur une étagère en attendant d’être traité et rangé, la vaisselle est faite quand c’est vraiment nécessaire, le ménage est fait irrégulièrement, le frigo n’est pas vraiment rempli et je ne tiens pas vraiment d’agenda. Pour résumer, je fais les choses sur coup de tête et je hais toute procédure !  Cet article en est un bon exemple.

10. L’égoïsme et l’altruisme en OU exclusif

Alors ce point est un peu particulier car il parle de deux valeurs diamétralement opposés mais qui ont beaucoup de sens pour moi. Ce long voyage a été profondément égoïste pour moi. Partager mon voyage au retour avec famille et amis ? Sincèrement, qui s’en préoccupe vraiment ? Qui peut comprendre ? Voyager seul pendant 7 mois a durci mon caractère déjà très indépendant et j’avoue ne peu prendre l’initiative d’associer des personnes à mes envies. Je fais facilement les choses seul sans me poser de questions. En revanche, ayant été accueilli et aidé admirablement, je m’efforce d’en faire de même pour rendre la monnaie de la pièce: à mon retour je me suis engagé comme bénévole à la Croix-Rouge. Faire confiance, aux gens me semble plus naturel.

Alors, à tout hasard vous vous y retrouvez dans les points cités ?

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