C’est l’histoire d’un rêve qui s’est réalisé.

A mon pote Matthieu tout aussi féru de vadrouilles j’avais proposé de partir en mini exploration des Hauts Plateaux du Vercors (déjà vu en été) en raquettes dès que la neige le permettrait. Étant donné qu’il a eu une formation sur la construction d’igloo, nous avions en tête d’en construire un si les conditions étaient réunies.

Alors lorsque de belles chutes de neige sont survenues en Février j’ai commencé à lui presser notre truc, faut pas tarder à le faire, la neige va partir illico nous avons organisé l’expédition en une soirée le temps de vérifier la météo, le trajet potentiel et le plus important la logistique.

Nous étions donc prêts pour vivre une nouvelle expérience.
Photo souvenir au coucher de soleilVous trouverez quelques informations à la fin de cet article: Détails pratiques


L’itinéraire s’est agencé autour du point de départ: le vallon de Combeau, réputé pour sa beauté et bien connu des drômois. Quelques kilomètres de montée suffisent pour atteindre les Hauts Plateaux du Vercors symbolisés par la réserve vierge de toute activité humaine, ni même de panneaux d’indication et c’est selon moi un des rares vrais endroits sauvages en France. La cabane de l’Essaure, la tête Chevalière, la cabane de Chamailloux, la bergerie de Chamousset, col du Pison ont été nos points de passage avant un retour en arrière sur un tracé aléatoirement parallèle en frolant le pied de l’imposant sommet de la Montagnette.

Ce qui fait à la fois la force et la difficulté de la neige recouvrant tout sur son passage était d’avoir la possibilité d’évoluer comme bon nous semblait.

Départ du vallon de CombauRandonneur à raquettes sur le plateauCabane de l'Essaure en vueEn route vers la bergerie du JasCabane de Chamailloux

Si vous connaissez par cœur un massif en été, il en est tout autre en Hiver. La neige lorsqu’elle se dépose en profite aussi pour remodeler toute la topographie des lieux. Se localiser avec exactitude sur une carte topographique est difficile, paumatoire est si je puis dire le terme adéquat. Nombreuses sont les fois où nous avons suivi des traces de raquettes ou de skis semblant aller dans la direction désirée pour se rendre compte quelques minutes plus tard que non, nous n’allions pas dans le bon sens.

Bien souvent, faire sa propre trace est le meilleur choix pour laisser le sentiment de liberté s’emparer de vous. C’est vraiment quelque chose de fort, puissant, agréable et paradoxalement aussi contraignant à vivre. C’est ça, à mon sens, qui fait que l’expérience est géniale. Celle de se remettre aux éléments, de se sentir vulnérable, de faire confiance à l’instinct.

Randonneur en raquettesRandonneur en raquettesLes grands espaces du Vercors avec le Dévoluy et les Ecrins au fondLes grands espaces du Vercors avec la Montagnette à gauchePanorama Hauts Plateaux du Vercors

Et ça, je peux vous assurer que vous vous sentez pleinement vivant.

Même lorsque des ampoules apparaissent sous les pouces des pieds, que ces mêmes pieds font mal dans les chaussures à force d’être ballotés et enfin que la réverbération de la neige vous étouffe, vous brule alors qu’il ne fait même pas 10°C. Dieu que j’étais content le dimanche après-midi d’être de retour à la voiture après quelques heures pénibles de marche.

Mais pourtant, j’en redemande. Comprenez bien que l’expérience, au delà de ses difficultés a été formatrice. Que puis-je faire d’autre que je ne sais pas faire ?

Roulé à la neigePanorama depuis la Tête Chevalière vers le Grand Veymont et le Mont AiguilleTente sur la neigePanorama Hauts Plateaux du Vercors au coucher du soleil

Le bivouac a été source de leçons, par exemple j’avais oublié d’emporter un sac plastique pour protéger mes chaussures du gel. Nous avons été quitte à les réchauffer avec le réchaud à gaz. Il fallait penser à poser la tente sur de la neige tassée et si possible le faire plus tard possible lorsque la neige a refroidi et y laisser le moins de poids possible avant un vrai gel afin de garder un maximum de surface plane. Enfin, mon sac de couchage censé être très performant dans le froid a été décevant, à -5°C et une atmosphère humide dans la tente, dormir habillé m’était nécessaire. Une visite dans un sèche-linge s’avère nécessaire pour le regonfler.

Panorama Hauts Plateaux du Vercors au coucher du soleil
Petit feu de bois (en dehors de la réserve)Petit feu de bois (en dehors de la réserve)Le réchaud à gaz utile au petit matin

Pendant deux jours l’intellect a été mis de côté, l’instinct et le physique ont été primordiaux. Marcher, porter le sac, s’hydrater, supporter la « réverbération étouffante », chercher du bois, bouillir de la neige, planter la tente, s’orienter, observer, s’émerveiller, sauter de joie, ressentir, creuser un abri neige, faire un feu, manger ont été nos actions basiques voire presque bestiales.

M’aventurer dans la nature sauvage, c’est laisser renaître l’animal qui règne au fond de moi.

Mais aussi plus le temps passe, plus je me prends à aimer partager ce qui est un changement majeur. Auparavant, je voulais être tout seul, le plus loin possible comme pour expulser une rage contenue, comme pour me sentir vivant dans une vie trop sécurisante. Toute allusion à un type retrouvé mort au fin fond de l’Alaska en 1991 est fortuite. En parlant de ces expériences autour de moi, je vois désormais des yeux intrigués. Des gens pas forcément familiers à ces milieux mais qui ont envie, eux aussi de vivre des expériences nouvelles. Il est temps maintenant de mettre de côté cet égoïsme, alors un jour peut-être de lancer à un groupe de potes: Bon on prend les tentes, on va camper.

Les tentes pour dormirLever de soleil sur les hauts plateaux du VercorsLever de soleil sur les hauts plateaux du VercorsLever de soleil sur les hauts plateaux du Vercors

A mon sens, c’est aussi cela le fondement de la vie: vivre de nouvelles expériences. Celle là en appelle assurément d’autres.

Détails pratiques

Quelques éléments logistiques indispensables à mon sens lorsqu’on affronte des conditions hivernales:

  • Disposer d’un GPS est vraiment important, c’est un élément de sécurité primordial. On peut s’en passer à condition de bien connaître le massif. Mais qu’est ce qu’il se passe si vous êtes pris dans des chutes de neige et que vous devez absolument rentrer ? Inutile aussi de se passer de carte topographique et de boussole
  • Le sac de couchage doit impérativement être de très bonne qualité. Peu importe la technologie, ne pas lésiner sur le fabricant, quelques exemples: Triple Zero, Valandré, Cumulus. En duvet et d’un poids d’un kilo environ, vous devriez être tranquille
  • Ne pas négliger les vêtements chauds pour constituer des couches d’oignon autour de votre corps. Il faisait doux ce WE là, nous étions large mais la marge de sécurité est toujours indispensable. Ainsi le soir, soleil couché j’étais très bien avec 4 couches de vêtements: tee-shirt merinos, tee shirt simple, polaire D4 et doudoune synthétique. Le coupe-vent était tout simplement rangé. Et il faisait moins de 0°C à la tombée de la nuit. Enfin avoir plusieurs jeux de chaussettes. Si elles prennent l’humidité, faire un feu pour les sécher. Il faut TOUJOURS avoir une paire sèche
  • Un sac plastique n’est pas de trop pour protéger les chaussures du gel, c’est l’erreur que j’ai faite. J’ai été quitte à les réchauffer au réchaud à gaz. Enfin je peux faire le parallèle avec les bouteilles d’eau et la nourriture, à ranger impérativement dans votre sac à dos
  • Emporter deux bouteilles de gaz de 230g est aussi un gage de sécurité. Car bouillir de la neige en quantité prend beaucoup de temps mais aussi car « on sait jamais« . Mettre les deux bouteilles dans votre sac de couchage durant la nuit permet aussi de les préserver du froid durant la nuit et de mieux fonctionner au petit matin
  • Pour votre campement, choisissez si possible une exposition Est pour que le soleil au matin rayonne au plus tôt. Le réveil sera moins difficile. Tassez la neige avant de mettre la tente. Oubliez les piquets, si la tente n’est pas autoportante vous devez trouver une solution pour la faire tenir, soit par des pierres soit par un tas de neige qui durcira durant la nuit. Attention lorsque vous enlevez le tout au matin à ne pas défaire trop rapidement sous peine de déchirer quelque chose surtout si la tente est bien gelée. Mettez une couverture de survie épaisse pour isoler la neige de la tente et ayez un matelas de bonne qualité avec une isolation thermique de R>3. Éventuellement ajoutez des vêtements en dessous
  • Tout le matériel électronique doit lui aussi être rangé dans un sac le protégeant du froid du type dry-bag