Une nuit où le sommeil ne vient pas.

A force de me retourner dans le lit, la tête se met à cogiter. De nombreuses images de ma vie défilent au hasard des pensées qui divaguent. Parfois elles se bloquent sur des rencontres marquantes ayant eu lieu, le plus souvent en voyage. Des punchlines me reviennent en mémoire, certaines étant la source de mes choix de vie. Il arrive qu’un sentiment exacerbé se propage dans mon esprit. Je me demande même où sont maintenant ces gens, s’ils sont vivants et ce qu’ils deviennent. Je voudrais les remercier pour les instants partagés, si forts et intenses qui me reviennent souvent, justement lors de ces nuits où le sommeil est long à venir. C’est toujours mieux que des pensées négatives, les voyages ont au moins cet avantage là.

Honorons les, ces gens qui vous marquent en voyage.

La famille d’accueil d’Attila, mon correspondant d’échange en Roumanie a contribué en un seul week-end par leur chaleur et bienveillance à exploser tous les clichés possibles sur ce pays si peu connu et pourtant, encore méprisé. Leurs regards trahissaient tout: la chaleur, la bienveillance et surtout l’honneur pour eux de me recevoir.

Alors que je venais de quitter le domicile familial pour la première fois de ma vie et que je me retrouvais en grosse galère de logement, Sine, une collègue de stage à Copenhague m’a hébergé de manière fortuite sans attente de retour et ce contre sa nature. Oui, on n’entre pas chez les danois comme ça.

Le voyage en Laponie a été marquant à plus d’un titre. Matti et Stina, un couple de mushers scelle mes débuts d’auto-stoppeur en me ramassant un matin en direction de l’inconnu après une désillusion, tandis que Siv-Lise, m’initie à l’hébergement chez l’habitant avec Couchsurfing. Elle me révèle sa leucémie, crevant littéralement le cœur. Quelques jours plus tard, sur invitation spontanée je dors chez une famille norvégienne m’ayant aussi ramassé en stop. Et là, Dag, le fils de famille prononce une sentence que je ne risquai pas d’oublier, tant elle prend encore sens maintenant:

J’étais comme toi. A barouder, à arpenter sentiers et routes. Tout est possible, retiens ça.

Tant de charges émotionnelles en si peu de temps ont largement contribué à vider mon capital énergie d’introverti. D’autres citations à la volée, encore. Celle de ce chauffeur routier, lors d’un dimanche poussiéreux au fin fond du New South Wales:

Tout est possible, tu n’as qu’une vie. Saisis la.

Signé Derrick, 73 ans, revenu d’un cancer du colon et qui bosse parce qu’il ne sait pas quoi faire d’autre. En plein bourbier à Goulburn, il m’a sauvé d’un pétage de plombs à la « y en a marre » digne du débutant en auto-stop. Quelques heures plus tôt, sur cette même route, j’avais presque les larmes aux yeux quand je voyais la voiture de ce couple s’éloigner au loin, alors que l’on venait de partager 2 heures de vie intenses. Ils sont partis en lâchant cette citation si brutale, si vive:

Have a good life !

Encore des bouleversements émotionnels.

Pourquoi tant d’attachement si soudainement alors que je m’efforçais jusqu’alors de me protéger ? Faire de l’auto-stop est terriblement révélateur des profondeurs de l’âme, tous les filtres s’en vont et le lâcher prise s’installe. Continuons avec les citations. Celle la est particulièrement révélateur de l’universalité de l’Homme, elle a fait éclater mon propre vernis culturel.

Mais tu sais, tout le monde se plaint. Même en Malaisie. On est universel.

Et VLAN. Le topo était le suivant: je me retrouve à discuter de « nous », français, râleurs, arrogants et tout ce que vous voulez et la répartie arrive de cette malaisienne, pleine de vérité avec le regard qui va bien.

En Nouvelle-Zélande, le phénomène Spiderman, déboula de nulle part sur la SH6 en direction du Fiordland un samedi matin de février. Sa bonne humeur, sa fantaisie et joie à la vue d’un français me laissait d’abord circonspect surtout face à sa proposition d’être son assistant payé au black pour la journée. Ma confiance en ce gars déluré l’a emporté, à juste titre, puisque la répartie suivante a été ultra convaincante:

Moi aussi j’ai peur de te laisser dans la bagnole avec toutes les affaires quand je vais retirer du cash.

Lâcher prise, confiance à l’instinct, entraide, universalité de l’Homme, gestion des émotions, tout y passe dans les voyages mais il reste encore une dernière chose à aborder: la peur de l’avenir.

J’ai passé 3 semaines en HelpX dans cette -awesome- région du Mackenzie District dans une famille où la devise était de vivre strictement au jour le jour. Comme ils le disaient si bien, il n’avaient pas une vie sécurisée mais préféraient vivre comme cela par choix, pour préserver leur liberté d’action, sans regarder le futur. Barbara avait la possibilité d’organiser sa journée comme elle voulait grâce à son travail en freelance, tandis que John, le mari, savait tout faire, à force de multiplier les petits boulots à droite à gauche. La preuve, il avait construit en grande partie leur maison à énergie passive. Comment ne pas prendre leur énergie, leur adaptabilité, leur mode de vie comme source d’inspiration ?

Au final, au travers des expériences personnelles relatées, je me demande toujours ce que je leur apportais en échange.

Que retiennent-ils de moi pour effacer la dette de ce que je retiens et apprends d’eux ?

VOUS, les gens qui m’ont marqué en voyage, même ceux que je n’ai pas évoqué dans cet article, vous contribuez à me laver le cerveau, à chambouler mes repères, à transmettre votre force et morale, à m’ouvrir l’esprit avec un écarteur et quelque part, à croire encore en les capacités individuelles de l’Homme à être bon.

Surtout continuez à faire de même avec d’autres voyageurs et ce partout dans le monde. Alors à la question de Pourquoi partir ? encore et encore », c’est aussi pour vous voir VOUS que je continue de voyager et de sortir de mon cadre ordinaire.

Famille d'accueilFamille d'accueil.Paul chasseur de toiles d'araignéeSue et Mika"Awesome" Audrey !Couchsurfeurs australiensAustralienKanaksMatti & Stina