En Nouvelle-Zélande, j’avais eu l’opportunité de faire du canoë le long de la rivière Whanganui sur un parcours modulable entre 3 à 5 jours. Puis au fil des pérégrinations, j’ai jeté l’éponge sans en oublier l’idée. Nombreuses sont les rivières françaises permettant une virée de plusieurs jours au travers d’un écosystème qu’il n’est pas forcément aisé de découvrir autrement, pour ne pas les citer le Tarn, la Dordogne et enfin l’Ardèche, cible de mon choix.

Enfin, le déplacement non motorisé reste au centre de ce que je cherche à développer dans le voyage. Puisque je ne souhaitais pas faire la descente des gorges de l’Ardèche seul, Ju, tout aussi féru de grand air s’est joint à moi.
Gorges de l'Ardèche en canoéGorges de l'Ardèche vu de la route touristique

Les Gorges de l’Ardèche, un aimant à touristes

On pensait bien faire en venant pagayer un beau week-end de Septembre pour éviter la foule des grands jours. Mais nous, ours trentenaires avons sous estimé l’effet week-end et la chaleur (très) remarquable encore mi Septembre. Ce n’est pas grave, une rivière laisse largement plus de place pour circuler qu’un sentier de randonnée, rares sont les moments où des bouchons se forment aux rapides. Ce n’est rendu qu’au bivouac que nous réalisons le monde présent sur place.

Notre culture plein air forgée par nos différents voyages respectifs prend alors un choc.

Alors que nous nous contentons de siroter de bonnes bières autour d’un cassoulet dans un coin n’incitant que peu les autres campeurs à venir s’y aventurer nous observons, attristés les scènes comme j’ai déjà connu ailleurs. BBQ, pack de bières et bouteilles de spiritueux qui trainent, clopes et bedos en pagaille, sonneries de téléphone à gogo et hurlements. Nous n’avons nullement l’impression d’être en bivouac au cœur de la nature mais dans un banal camping avec toutes commodités.

Pont d'ArcCathédrale calcaire

Et encore c’est sans compter les nombreuses plages avec le lot de baigneurs pas forcément attentifs à leur environnement. La traversée du fameux Pont d’Arc en est symptomatique avec des badauds sautant dans l’eau depuis des rochers sans prêter garde.

Il serait opportun que le système éducatif enseigne une culture du plein air avec des principes élémentaires de base pour évoluer dans et respecter la nature. Je plains les gardes de la réserve qui tentent bien que mal de garder à flot ce camping des déchets laissés.

Arrivée au bivouac de GournierGorges de l'Ardèche en canoé

Parce que les sangliers, eux n’attendent que ça pour envahir la réserve naturelle durant la nuit à la recherche de restes de nourriture trainant par mégarde. Pour la petite anecdote, ils m’ont sorti du sommeil alors qu’ils passaient à quelques mètres de nos tentes. Un peu inquiet, j’ai allumé mon appareil auditif pour mieux analyser ce qu’il se passait et je ne pus entendre que des reniflements. Nous avions bien caché la nourriture dans les bidons fournis par les compagnies de location de canoë mais ce ne fut pas le cas de tous…

Ont-ils eu droit à une visite surprise dans leur campement ?

Finalement au fil de nos discussions, nos agendas auraient permis de faire cette descente en canoë en semaine pour nous éviter cette foule des grands jours.

Naviguer sur une rivière, l’envers du décor

En naviguant sur une rivière, je ne m’attendais pas à découvrir un tout autre environnement.

Approcher les rochers au plus près, accoster sur une petite plage déserte, sentir les différences de courant, aborder les rapides de multiples façons, admirer la couleur pure de l’eau, compter les poissons sautant près de nos embarcations. Pour finir, j’avais l’impression d’être à l’intérieur de quelque chose dont j’avais l’habitude d’aborder à l’extérieur soit à pied (les sentiers n’étaient jamais loin à vue de nez) soit par la route (tout en haut des falaises). Certainement l’effet gorges.

Roches calcairesGorges de l'Ardèche en canoé

Dans les rares moments où nous étions seuls sur des centaines de mètres à la ronde, un tel calme régnait et l’eau facilitant la propagation de sons, tout un univers s’est offert à nous. Finalement ce n’est pas étonnant que la partie centrale des gorges de l’Ardèche soit classée en réserve naturelle avec une activité humaine limitée aux deux bivouacs possibles.

Techniquement, l’Ardèche est une rivière accessible aux débutants en été tandis que les connaisseurs viendront plutôt au printemps: moins de monde et le niveau de l’eau étant plus haut, cela accélère le courant pour une descente plus sportive. Personnellement pour ne rien vous cacher, les sports d’eau ne m’ont jamais attiré auparavant. Autant vous dire que mon niveau technique était proche du néant à part les gestes de base appris lors d’autres sorties, la négociation de rapides a donc été une autre paire de manches. Je n’ai point chaviré mais il m’est arrivé à de multiples fois de me retrouver à l’envers et impuissant face au courant pour inverser la vapeur.

Gorges de l'Ardèche en canoéGorges de l'Ardèche en canoé

Après conseil, j’ai fini par pagayer très fort des deux côtés, de filer le plus droit possible et le moins possible sur les cailloux. Ces derniers sont une des caractéristiques du faible niveau de la rivière à cette époque de l’année, il s’agit pour vous de bien les éviter sous peine de devoir souvent sortir du canoë.

Le mot de la fin: C’est que pour bien maîtriser le canoë, y faut des bons biscotos.

Détails pratiques

Plusieurs parcours sont proposés pour la descente des gorges de l’Ardèche allant de 7 km à 37 km, notre prestataire proposait 31 km en esquivant des glissières où le niveau d’eau était trop bas (environ 6 km) et n’ayant que peu d’intérêt. Le parcours commence à Vallon-Pont d’Arc pour finir à St Martin d’Ardèche et devient franchement intéressant à partir du Pont d’Arc.

 

Comme vous pouvez le voir sur le parcours présenté, deux lieux de bivouac payants sont mis à disposition. Mais comme indiqué plus haut, cela n’a rien d’un bivouac mais d’un vrai camping avec sanitaires, douches et poubelles. Un vrai choc culturel pour ceux, habitués à une immersion totale en nature.

Enfin dans la prestation de location est compris le canoë, le gilet, la pagaie, un bidon étanche ainsi que le transport au lieu de départ et depuis le lieu d’arrivée (et de là vous pouvez faire le trajet du retour en voiture le long de la route touristique). Nombreux sont les prestataires aux offres similaires mais si vous voulez avoir les coordonnées du notre, je peux vous les transmettre en privé.