EDIT du 05/02/2016: ma demande de formation a été acceptée pour un démarrage fin février.

Souvenez-vous de cet article autopsie du voyageur, 1 an après son retour dans lequel j’apparaissais encore déboussolé. Comme vous l’aviez lu, un paradigme nouveau était né, tandis que parallèlement à mon retour de voyage, une sentence lancinante me revenait souvent en tête:

Aligner ses convictions aux actes.

A force de vivre dans le gris de Paris, l’abstrait a remplacé le concret qui m’était proposé dans ma jeunesse en campagne nantaise. Moi, petit-fils de paysans. Les différents volontariats HelpX en famille, à faire des travaux manuels ainsi que les vagabondages dans les espaces naturels ont scellé un déclic important.

Mais alors quelles sont mes convictions ?

Je ne me reconnais pas dans ce que propose la société actuelle, stagnante et toujours poussée vers une sur-consommation inutile. Mon intuition ne cesse pas de me dire qu’un lent changement sociétal majeur est en cours. Malgré que cela gêne mon entourage, je me contrefous de tout aspect matérialiste autre que purement pratique. J’ai besoin d’apprendre, de bouger et d’expérimenter alors que le confort de notre vie moderne me semble étouffant et sclérose petit à petit les muscles de notre corps humain.

Ces affirmations vous paraissent peut-être catégoriques mais elles symbolisent ce que je ressens. Alors à la réception d’une lettre d’un centre de formation agricole pour adultes, émettant un avis favorable à mon admission sous réserve du financement de la région Rhône-Alpes, j’ai accouché ce papier.

Après cette hypothétique formation commençant en février 2016, des stages en ferme et des saisons en wanderer, je veux à terme, contribuer à ma modeste échelle en proposant des produits bio en gros ou transformés, tout en favorisant une vente directe avec les clients. Les fruits et petits fruits tiennent le haut du pavé dans l’idée de mon projet. Mais des sources contradictoires m’indiquent que les idées de projet peuvent vite bien changer dans le domaine de l’agriculture qui, finalement est très large. Si ce n’est l’abandon du projet parce qu’il ne marche pas (la formation reste encore hypothétique).

Redonner ses lettres de noblesse à la terre, enfin, en vaut la chandelle malgré les contraintes. J’entendais l’autre jour, un autre porteur de projet clamer haut et fort « cette décision est politique ». Pour moi, pour l’avenir, cette décision l’est pleinement. Sinon qui d’autre le ferait ?

Pour mieux comprendre ce retournement de situation d’un ancien auditeur en IT qui brassait du vent à longueur de journée, un flashback s’impose.

En mai 2014, deux mois après mon retour, je ressortais le costume-cravate du placard pour entamer un nouveau job dans une certaine haute sphère de l’Ouest parisien. Quelques jours plus tard, les désillusions s’enchainent et l’armure commence à se fissurer. Je me prends en pleine figure la réalité de toutes les différences qui me séparent de mon entreprise avec notamment la trahison d’une de mes valeurs: le respect. Et quelques temps plus tard, survient un violent uppercut: le diagnostic d’une maladie chronique, invisible mais très emmerdante au quotidien si mal gérée. Ces perspectives véritablement vécues comme une nouvelle injustice après avoir ramé toute mon enfance pour suivre une scolarité normale ont tout remis en cause. Les démons qui sommeillaient en moi depuis fort longtemps ont pris le pas, je me croyais fort et c’est à terre que ces démons m’ont déposé. Le voyage avait déjà secoué toutes mes valeurs personnelles, était-ce le moment pour une reconversion ? Dès le diagnostic à l’hosto, écorché vif, j’annonce à mes -précieux- proches:

je me casse de Paris et trouve un job au grand air

Bien évidemment personne ne m’a vraiment cru ! Sauf que tout le monde oublie que je mets un point d’honneur à joindre les actes aux paroles.

Il a fallu plusieurs mois pour stabiliser mon état de santé, tandis qu’il n’était pas possible de continuer la collaboration avec mon entreprise. J’ai tenté, tant bien que mal de trouver un job en dehors de Paris mais le domaine ne s’y prête pas. Mon CV auparavant si bien huilé n’inspire plus autant confiance tandis que je dois gérer, non seulement la surdité et cette nouvelle maladie pas vraiment compatible avec le stress. En parallèle, l’idée de la reconversion reste là et le cheminement vers la décision a été moins parasitée et moins angoissante, grâce à l’expérience du grand voyage. Radical est le changement mais les circonstances imposent quelque peu une adaptation de mon mode de vie: alimentation saine, beaucoup d’activité physique et l’éloignement d’un certain stress.

On a le droit de trouver mon projet audacieux, inconscient, courageux, culotté, risqué comme j’ai pu l’entendre. J’en pense le contraire. C’est simple, la vie ne tient qu’à un fil. La vie peut tout vous prendre en un claquement de doigts après tant d’années de construction. Nous ne sommes que des poussières dans l’univers, forçant à rester humble. Qui sait ce qu’il peut arriver ? Pourquoi avoir peur de l’avenir quand on ne maîtrise rien et que l’on sent funambule sur un fil étroit ?

Cela n’exclut pas de se renseigner, de tâter le terrain sur la faisabilité du projet, de rencontrer les associations et institutions pour en discuter, ce que je fais depuis Mai dernier pour mon projet. Si cela ne doit pas marcher, au moins, j’aurai été au bout de cette démarche.

J’admire Lucie, qui gère avec grande force ses différents problèmes de santé et dont rien ne l’arrête. C’est un modèle à suivre ! Un clin d’oeil à Steph’, sourde comme moi et qui mérite beaucoup de bien. Tant qu’il n’y a pas mort d’homme, c’est qu’il y a de la vie et tant que la santé est à peu près là, c’est que ça va !

Avec ce projet, j’espère à terme, accéder à un nouveau stade d’indépendance et de réappropriation. Je crois même anticiper une lente fin du salariat et d’emprise de l’État dans les décennies à venir, sans prédire ce qui le remplacera. Vous avez le droit de me traiter de « visionnaire » foireux ^^. Quoiqu’il en soit, cela ne se fait pas sans contraintes.

D’ailleurs, la liberté, ce n’est pas l’absence de contraintes, c’est plutôt les choisir. En faisant ce choix, je me sens plus libre vis à vis de mes convictions.

Au final, un retour de grand voyage, un besoin de grand air, un boulot moisi, une maladie chronique qui chamboule le tout pour aboutir à un projet de reconversion, c’est tout de même drôle comment la vie vous guide dans les choix ! Laissez faire, suivez votre instinct, ne luttez pas contre les éléments, la vie fera les choix pour vous, tout seul.
Tel un ressort qui après avoir plié, rebondit encore plus haut, c’est plus fort que jamais mais patché de rustines jamais à l’abri de céder, que j’ouvre un nouveau chapitre de ma vie ainsi qu’exaucer un nouveau rêve en m’installant enfin non loin des montagnes.

Du voyage à la reconversion, un voyage d’un autre genre.
Baies