Depuis un petit bike trip de deux jours tellement agréable sur la méconnue île Vormsi (et ici) en Estonie, j’attendais qu’un jour une occasion se présente pour réitérer cela. Conscient du manque d’expérience, plus trop connaisseur en réparation, pas préparé physiquement, ni mentalement, je voulais surtout le faire dans des conditions s’y prêtant bien: circulation sur site propre au maximum et pas de dénivelé conséquent.

En résumé, quelque chose de cool pour en tirer un souvenir positif.

L’archipel de Turku avec ses 40000 îles incluant des traversées par ferry, des villages mignons tout plein s’y prêtait bien sur le papier. On verra par la suite que ce n’est pas tout à fait le cas mais qu’il y aussi des moyens de rendre la randonnée à vélo très agréable.

Allez, je vous donne le top départ ?

10h00 chez le loueur de vélo.

J’attends impatiemment que la tenancière arrive pour récupérer le vélo réservé la veille. Pour la petite histoire et parce qu’il est indispensable que je vous la raconte, elle voulait me louer un vélo 1 vitesse !!!

Euh, vous auriez pas autre chose là ? Je vais porter des affaires, grimper des côtes.

Finalement, elle me tend un autre vélo, de 21 vitesses et issu de la marque locale Tunturi. Au premier regard, il semble léger, simple mais robuste et fluide. Je passerai encore un bon quart d’heure à optimiser le chargement entre mon sac à dos à tendre sur le porte bagages et la répartition des affaires dans les sacs latéraux. Le vélo chargé, le poids se fait sentir sur les cotés alors que je regarde la pente raide à descendre immédiatement.

Si tu te casses la gueule car ça tire trop d’un côté, t’auras l’air con !

Finalement, l’appréhension est de courte durée et je peux tranquillement pédaler en direction de Naantali. En effet, un parcours dans le sens anti-horaire me permet en cas de besoin au retour, de prendre un bus acceptant les vélos. Je rejoins rapidement les faubourgs de Turku, heureusement sur site propre ce qui rend la sortie de ville plus sereine même si pédaler au milieu de deux routes passantes n’est pas des plus agréables.

Cependant, la densité des pistes cyclables est telle que je me perds facilement ou du moins, navigue à vue faute de mieux.
Panneaux directionnelsPiste cyclable entre deux routes

Après l’excitation logique des débuts et de nombreux arrêts inutiles, mon selfie inédit en est la preuve, je finis par arriver à Naantali décrit comme charmant.

Lors de la Midsommar au solstice d’été à la St Jean, bon nombre de finlandais se regroupent à Naantali sur les falaises surplombant la côte pour faire la fête et observer le soleil s’étirant d’ouest en est (en réalité, il se couche quand même). Nous sommes début août, point de Midsommar, la pleine saison est terminée, mais subsiste ici et là encore des touristes qui repoussent encore leur retour (ndlr: les écoliers finlandais reprenaient la semaine d’après).

Outre le joli port de Naantali peuplé de « baraques à glaces » tellement les finlandais en mangent, c’est surtout la vieille ville qui attire le touriste. Nombreux sont les détails à observer auprès des vieilles maisons en bois, comme personnellement je les aime.
Moi à véloQuais de NaantaliVieux NaantaliVieux NaantaliVieux Naantali Je reprends la route après le déjeuner et il n’y a plus de site propre m’obligeant à rouler à côté des voitures passant régulièrement. Pour la tranquillité, c’est raté. Étant donné qu’il n’y a qu’une route principale pour aller plus au sud, je ne peux que la suivre, sauf à y faire des petits détours, comme cela sera le coup vers Haapala. J’espérais y attraper un éventuel ferry au hasard mais la liaison indiquée sur une de mes cartes n’existe plus ! Dommage car, cela s’annonçait emballant, j’aurai débarqué sur une toute petite île, loin des grands axes. C’est effectivement l’inconvénient de pédaler seulement 3 jours: difficile de faire autre chose que les grands axes. A part faire des courses, voir l’église de Rymättylä et quelques maisons singulières, peu de choses justifient un arrêt: en effet la mer n’est que peu visible cet après-midi. Campagne finlandaiseEglise de RymättyläArrivée à une certaine heure avancée de l’après-midi, je finis par chercher un campement pas trop loin d’habitations (en espérant des coins dégagés). Le minuscule hameau de Röölä (dire quelque chose comme Rrrrreeuuullaaaa) s’y prête très bien. Les habitants ne sont pas très réceptifs à ma demande de planter ma tente au loin dans leur grand jardin en dépit de mon sourire et de mon éternel accent à couper au couteau. Je finis par tenter le camping sauvage ce que j’ai rarement fait. Près de la côte, c’est mission impossible, les rochers sont trop présents même si recouverts. C’est donc franchement en dehors du hameau que je trouve une place dans la forêt près de la route. Discret mais un peu visible sera mon campement, je n’aurai cependant aucune inquiétude pour laisser mes affaires sur place, sauf le plus important (APN + papiers) lors de mes déplacements. Port de RööläCamping sauvageLe lendemain s’annonce sous un ciel aussi bleu que la veille. Ce qui ne va pas arranger mes gros coups de soleil aux cuisses. On m’avait dit avant de venir:

L’été est pourri, il fait frais et pas beau

Alors que je me retrouve à pédaler sou 25°C sous un soleil éclatant. Pour tenter d’arranger le coup avant d’acheter un produit, je verse le reste de lait sur mes cuisses. Cette journée à cheval sur plusieurs îles, rejointes par ferry ou par pont, est nettement plus maritime que la veille. Malgré une mise en route assez longue suite aux efforts d’hier je prends plaisir à pédaler même dans les minuscules et raides côtes et la circulation devient réduite ce qui est agréable. Petit ferryMaison en bois avec bateau donnant sur la merBateauBatîment de pêcheComble du cycliste ? Se retrouver sur une route en terre. Ambiance très locale assurée ! Vélo randonneur en action Un des petits secrets bien gardés de l’archipel ? Ce side-trip qui consiste à grimper une colline donnant vue sur l’archipel. Une cabane à proximité permet même de s’y abriter. Si vous prenez le ferry depuis Hanka vers Nagu, vous ne pouvez pas louper sur votre droite le chemin qui monte. Hut en haut de la colline près de AlakyläMontée vers colline près de Alakylä

Parlons en de cette liaison maritime entre Hanka et Nagu.

Elle dure 1 heure et s’arrête aussi à une autre île majoritairement occupée l’été. Et c’est lors de cette liaison que je comprends mieux l’existence de l’archipel de Turku et même de toutes les îles au sud de la Finlande. La période glaciaire a façonné le sol en granit et lorsque la glace a disparu, le sol s’est élevé de manière aléatoire et cela continue même aujourd’hui encore. C’est pour cette raison qu’il y a tant de côtes minuscules et raides sur la terre ferme !

En attendant, le ferry est une bonne occasion pour se reposer et déguster une glace !

A bord d'un ferryArchipel de TurkuMaison en bois avec embarcadèreA bord d'un ferryA bord d'un ferry

Le débarquement à Nagu est un peu brutal. Nombre de touristes sont encore là, une odeur de station balnéaire huppée parvient à mes narines. La surprise va plus loin lorsque je prends des informations, le chargé à l’office de tourisme fait des recherches sur Internet en suédois ! Il se justifie:

Ici, tout le monde parle suédois

En me promenant tranquillement dans le village, l’odeur de la Suède reste très présente. Ne serait-ce que par les maisons en bois rouge de Falun et dernier signe, très indicateur de la présence suédoise, les noms de famille inscrites sur les tombes auprès de la magnifique église en pierre:

-son pour les suédois et -nen pour les finlandais

Maison de campagneEglise de NaguEglise de NaguNe voulant pas rester via la route principale ramenant vers Turku, dès que possible je bifurque vers Dalkarby ou j’ai pour objectif de camper autour. Après quelques refus, je finis par trouver place dans le jardin d’une agréable famille suédophone. Le concept du « J’irai camper chez vous » n’en est pas à sa première tentative mais cette expérience m’en a fait apprendre bien plus que je n’imaginais au point de me coucher bien plus tard que prévu ! A suivre dans un prochain article. Pont reliant deux îlesTente dans jardin d'une famille finlandaise

Pour le dernier jour, je me sens en pleine forme. Cependant je dois subir mes coups de soleil douloureux aux cuisses alors que je n’ai rien ailleurs. Signe annonciateur des choses qui s’enchainent bien, j’attrape le dernier ferry de ma virée juste à temps.

Maison abandonnéeSur les petites routes de campagne de l'archipelA bord d'un ferry

De retour sur la Finlande continentale, une piste cyclable mixte suit la très fréquentée route. C’est à la fois un bien et un mal. Car cette piste est sinueuse, parfois casse gueule si des cyclistes arrivent en face mais c’est tout de même bien plus agréable que d’être frôlé par les voitures.

Vélo randonneurLa prochaine étape est Pargas, ville à dominante nettement plus finlandaise que le reste de l’archipel.

La terre est finlandaise, les îles sont suédoises.

Un pique nique sous un ciel voilé ne rafraichit guère mes cuisses. Malgré le charme évident de la vieille ville et de l’église de Pargas, je ne m’y attarde pas. La météo est en train de tourner à la pluie. Comme tout un chacun le ferait, cela serait pas mal d’être rentré à Turku au sec. D’autant que je n’ai aucune protection pour les sacoches de vélo contre la pluie.  Vieille ville de PargasVieille ville de PargasEglise de PargasEglise de Pargas

Le reste de l’après-midi sera une course contre la montre pour être rentré à temps. D’ailleurs, le ciel ne fait que lâcher quelques gouttes par ci et là en guise de préliminaire mais les nuages ne sont guère rassurants, vu la vitesse à laquelle cela peut changer. Les locaux, eux habitués, ne voient pas de différence, ils sont en tee-shirt. Point. Les retrouvailles avec les faubourgs de Turku sont fastidieux, les directions parfois confuses (la piste passe un tunnel alors qu’on peut aussi tout droit) et enfin leur fameux système de descente/montée à l’approche d’un tunnel même si on ne le franchit pas est inutile et exaspérant.

C’est ainsi que le vélo Tunturi 21 vitesses loué durant 3 jours retrouva sa place dans le parc à vélo, avant surement un prochain locataire. Quant à moi, moins habitué à marcher qu’à pédaler après ces 3 jours, je marche en pas de canard quelques instants avant de passer à la suite de mon voyage.

Quelques informations pratiques

J’ai loué le vélo chez Carfield Bicycle Rental. Rien à redire, 40€ pour 3 jours avec sacoches non imperméables et trousse à outils, c’est fair comme on pourrait dire. Plein de vélos possibles, ne pas hésiter à être un peu exigeant. Ils vous fourniront pléthores de carte possibles pour l’archipel de Turku et d’Åland si vous y allez.

3 jours de balade sur l’archipel de Turku c’est court, je l’admet. Comme indiqué, cela oblige à rester sur les grands axes. Faire quelque chose comme 4 à 6 jours est pas mal. Plus et vous pouvez vous permettre d’aller sur Åland.

Les cartes indiquent où trouver des magasins correctement achalandés, aucune inquiétude là dessus. Même chose avec les hébergements, mais si vous faites du camping sauvage, vous trouverez toujours une place partout, en dehors de la côte trop rocheuse.

Aucune différence dans le contenu de mon sac vis à vis d’un trek, excepté une chose importante: des tendeurs.