Je dois avouer que marcher en Finlande n’était pas vraiment mon choix initial. La Norvège ou l’Ecosse m’attirent énormément mais pour diverses raisons j’ai mis de côté, tandis que je ne me sens pas encore prêt pour affronter les conditions rugueuses de l’Islande à ma façon, c’est à dire hors des sentiers (que quelqu’un me suive dans le délire et on y GO). Alors lorsque William de Retour du Monde s’est mis à faire du lobbying sur le parc national Urho Kekkonen, j’ai considéré très sérieusement cette possibilité jusqu’à ce que cela devienne très concret en montant à Rovaniemi. En cherchant des informations sur Internet, je suis tombé sur ce genre d’informations qui n’a fait que renforcer l’attrait pour ce parc:

Pas de balisage, la carte et boussole sont nécessaires. Il faut s’aider des repères visuels comme les rivières et collines. La Russie est proche, les animaux sont à profusion et le terrain, varié.

Paré pour 5 jours de marche avec la nourriture appropriée, c’est depuis Kiilopää, une des portes d’entrée du parc national que je m’engage. La carte est achetée au dernier moment à l’accueil du parc et l’hôtesse m’esquisse un semblant de parcours qui, comme d’habitude cédera à l’improvisation au jour le jour.
Entrée du parc national

Pour arriver à la première hutte, 14 kilomètres sont à parcourir sur un sentier balisé, facile et très large. Pour être très honnête, cela gâche complètement le sentiment d’immersion, mais j’attribue cela au fait que cette piste est très utilisée en hiver à en voir le balisage entreposé. Les paysages sont ouverts à cheval entre des maquis et la toundra. La sérénité des lieux s’empare très rapidement moi. Pas un bruit aux alentours, un sentiment d’immensité en regardant aux alentours et quelques rennes font même leur apparition sur les tunturis (des collines) en hauteur.

Pas de doute, me voilà de retour dans le Grand Nord.

Balisage (plus utile en hiver)Large sentier du débutRandonneur en action

Après les hauteurs, je finis par quitter le sentier balisé pour prendre celui menant vers Suomunruoktu. Plus de balisage flagrant mais comme le sentier est suffisamment emprunté, il est difficile de le perdre de vue.

A la vue de la première rivière à traverser, je saute de joie !

Les moustiques finissent aussi par se montrer présents dans la taïga et ne me quitteront pas jusqu’à l’arrivée au refuge sous un ciel partiellement ensoleillé.

RivièreBelle soirée à venir

La seconde journée s’annonce maussade avec une bruine, changeant l’ambiance. Au revoir cuissard et tee-shirt, j’enfile la combinaison surpantalon+guêtres en bas et la veste en haut. Les températures baissent très vite dès lors que le soleil disparaît. Je prends la direction de Tuiskukuru en choisissant de longer les rivières Suomujoki et Vintiläoja plutôt que de remonter en hauteur, histoire d’apporter un peu de variété. J’espère y trouver un sentier (indiqué sur la carte) plus technique et joueur.

Quel chemin prendre ?Randonneur en action Le pari est gagné ! Le sentier est nettement moins couru que les autres et je dois parfois chercher ma trace. Tout ce que j’aime. Le terrain prend des formes vallonnées à flanc de gorge ce qui rend la matinée très agréable en dépit des nombreuses averses de pluie dont la dernière puissante finira par me refroidir sérieusement. Lors d’une petite traversée de rivière pas profonde, je glisse sur une roche et me rattrape tant bien que mal, craignant pour le contenu de mon sac à dos et mon appareil photo en bandoulière sous sac plastique.

Rien de cassé. Quant au porte cartes, immergé dans l’eau, pas de doute, il est imperméable !

Petites falaisesForêts parfois encaissésRivièreMarcher pieds dans l'eau L’après-midi est nettement moins agité, puisque des éclaircies font leur apparition entre quelques gouttes d’eau. J’évolue entre tunturis et la taïga toujours en suivant la carte pour éviter de prendre un mauvais sentier. La journée se termine à Luirojärvi, un lac. C’est clairement un des highlights du parc national et y venir quand le soleil met du sien en se couchant lentement un soir de mi-août laisse une trace mémorable. La magnétique Russie n’est plus très loin, elle m’appelle. TunturiCoucher de soleil sur lac LuirojärviCoucher de soleil sur LuirojärhviCoucher de soleil sur lac LuirojärviCoucher de soleil sur lac LuirojärviCoucher de soleil sur lac Luirojärvi

Avec les 3 autres allemands profitant de la chaleur de la hutte, nous admirons ces couleurs du ciel pendant de courts instants. Une nouvelle fois, les moustiques sont omniprésents. Impossible d’y échapper. En revanche, leurs attaques sont moins douloureuses pour la peau. Au bout d’une demie heure, le bouton disparaît au contraire des moustiques hexagonaux, je ne sens rien jusqu’à ce qu’un gros et pénible bouton apparaisse.

Jessica, une allemande en solo convainc de changer mes plans et de la suivre en direction de Sarvioja au nord toute et moyennant un peu de hors piste. De toute façon, les nuages bas rendent l’ascension du mont Sokosti (mon plan initial) pas réaliste en cette matinée. Pour le moment, la trace est clairement visible mais les traversées de rivières et quelques marécages/tourbières se succèdent.

Le wilderness de la LaponieRandonneuse dans parc national Urho KekkonenArbre déracinéTourbièreLe soleil finit par revenir et fait exploser la palette de couleurs du wilderness.

Après 2 jours, je m’y sens dedans. Je vis le wilderness. Je suis le wilderness.

Nos nombreuses pauses permettent de remarquer nombre détails comme par exemple la source d’un ruisseau avec l’eau provenant directement de la terre. Il ne manque que les animaux sauvages, très discrets. Même les rennes préfèrent gambader près des routes, où va le monde ? Seule une trace subsiste, probablement pour nous narguer. Le wilderness de la LaponieArbre coupé en deuxLe wilderness de la LaponieLe wilderness de la LaponieProbable trace de renne Nous arrivons progressivement sur la partie hors piste dans laquelle nous regardons nos cartes respectives pour déterminer la meilleure stratégie.

Un coup à gauche, un coup à droite pour franchir la rivière, un coup, on évite la minuscule barre rocheuse.

En quelques mots, c’est un sentiment jouissif de l’homme libre au milieu des éléments naturels. Il en est peut-être aussi de même pour la discrète Jessica. A force de chercher en vain l’indépendance et la liberté en étant enfermé dans le béton, l’Homme des bois qui sommeillait se sent revivre. Comme après une longue période d’abstinence, l’effusion de stimulis naturels le revigore. Ces passages hors piste nous permettent d’aborder un flanc rocailleux d’un tunturi procurant une vue sur l’immensité de la Laponie. On se rajoute donc une légère difficulté avec quelques désescalades de rochers avant d’aborder une rivière sur des dalles en direction du nord dans l’objectif de récupérer un sentier marqué au sol. Randonneuse en marcheLe wilderness de la LaponieLe wilderness de la LaponieRandonneuse contemplant la Laponie

Une fois le sentier récupéré il ne nous reste plus qu’à atteindre Sarvioja. On grimpe un tunturi pour s’élever une énième fois de la taïga avant de récupérer la rivière Sarvijoki. Une eau pure, le soleil aidant, ce sont les reflets qui nous accompagnent jusqu’à la hutte.

Une belle fin de journée.

RivièreRivièreSentier le long de la rivière

Jessica n’est même pas levé quand je décolle le lendemain. Elle a prévu un side-trip vers un site spectaculaire: Paratiisikuru, une vallée très étroite où un micro-climat plus chaud règne, favorisant l’émergence de plantes et d’animaux. Très tentant de mon côté mais il me reste 2 jours à marcher, ce n’est donc pas jouable.

Je m’engage alors vers Lankojärvi. Deux possibilités: soit la plus directe mais comprenant une partie hors piste très humide à la lecture de la carte, soit la plus longue sur sentier mais longeant plus la rivière Suomujoki. Après moultes hésitations, je choisis la seconde option. Retour sur mes pas donc en cette matinée avant de filer au nord.

RivièreRuisseauSentier dans taïgaRandonneur Qui dit Laponie dit aussi, baies, champignons en masse. En l’occurrence nombreuses étaient les myrtilles, un peu moins les cowberries et crowberries et plus difficiles à trouver les cloudberries (des orangées). Un finlandais expert de la vie sauvage m’a indiqué texto:

Les baies non comestibles sont très difficiles à trouver. Pas d’inquiétude à avoir

Quant aux champignons en non connaisseur, je n’y ait pas touché.BaiesBaiesChampignons

Enfin en observant bien les arbres, les signes précurseurs de l’automne pouvaient déjà apparaître. Rappelons le, nous sommes au 68° parallèle.

Prémice de l'automne

Sur les coups de midi, je récupère la rivière Suomujoki avant de la longer vers le sud toute l’après midi, d’abord sur la rive droite avant de filer sur la rive gauche. D’un côté comme de l’autre, le sentier est très aléatoire: d’un parfait état il peut devenir spongieux, invisible, cassant ou traversant multiples cours d’eaux sans oublier les fameux marécages. A plusieurs reprises je perds le track. En effet c’était paumatoire de se repérer dans des changements de direction brusques.

Pas de panique, le flair du randonneur habitué me remet toujours dans la bonne direction. Pas mécontent d’arriver le soir à la hutte après 9h30 de marche !

Vieille hutteRivière SuomujokiRivière SuomujokiArbre déracinéPont sur rivièreTourbière Le début de la dernière journée est mitigé, ce qui ne permet pas de profiter au mieux du lac Rautulampi, très prisé pour des excursions à la journée depuis Kilopää. La fin est proche. Je décide de n’en faire qu’à ma tête et de couper au plus court possible par les tuntunris et la toundra. Le hors piste n’est pas risqué. Ayant mal regardé la carte, je m’embarque légèrement en dehors des tunturis. Pour rattraper le bon flanc, pas d’autre choix que de traverser un large marécage, à la sauvage ce qui ne manque pas de surprendre TOUS les animaux et oiseaux qui se tenaient tranquilles. Désolé, j’ai fait ce que j’ai pu, la flemme de revenir en arrière. Dès lors que la toundra est atteinte, rien d’autre que les immensités ne sont visibles. C’est fort. Malheureusement, les rennes sont aux abonnés absents.Lac RautulampiRandonneurs descendant vers le lac RautulampiArbre isolé dans la toundra de LaponieToundra de la Laponie Arrive à un moment ou il s’agit de prendre direction plein Est pour aller au plus court vers Kilopää. Peu importe les obstacles, ils sont tous franchissables, ce n’est que de la toundra ou de la légère broussaille. En passant un tunturi, j’en aperçois un autre au loin et tente de faire ma position. Je finis par comprendre que Kilopää n’est plus très loin puisque le mont éponyme se dresse en face! Le retour se fera tranquillement en évitant soigneusement les caillebotis casse pattes, plutôt réservés aux touristes non équipés, ni habitués.Randonneur dans parc national Urho KekkonenToundra de la LaponieRandonneur regardant le mont KiilopääCairns au mont KiilopääSentier en caillebotis depuis Kiilopää

Quelques informations pratiques

Contrairement à ce qui est indiqué au début, je ne pense pas que le parc national Urho Kekkonen soit réservé aux randonneurs expérimentés. Les sentiers tracés sont majoritaires malgré un balisage effectivement absent. Il faut savoir bien lire une carte, avoir quelques points de repère mais à aucun moment, des techniques avancées de navigation à la boussole comme la triangularisation ne sont nécessaires.

Après, libre à chacun de foncer tout droit dans la taïga ou de longer à vos risques et périls les rivières sans sentier tracé. Par conséquent, je n’ai pas trouvé difficile ce parc national, au contraire même, j’aurai voulu moins de sentier bien tracé. En revanche, l’immersion et l’ambiance étaient bels et bien présents.

La fréquentation est assez forte en pleine saison, mais si vous venez après la rentrée scolaire, aux alentours du 10 août, vous serez tranquilles dans le parc. Quelques personnes croisées et toujours de la place en refuge étaient le lot quotidien.

Si j’avais un conseil, il serait le suivant:

Prévoir 6 jours de marche en incluant Luirojärvi, le mont Sokosti, Sarvioja, Paratiisikuru et la rivière Suomujoki pour finir.

Une sortie du parc est possible au nord mais la route est un peu loin.

La carte que j’ai utilisée couvre entièrement le parc Koilliskaira Ulkoilukartta 1:100000. Vous la trouverez à Kiilopää ou éventuellement en librairie à Rovaniemi.

koilliskaira2011ulkoilukartta_iso

L’accès à Kiilopää se fait en bus depuis Rovaniemi (3h30) ou alors depuis Inari. Si vous venez de Rovaniemi, demandez à descendre à Kakslauttanen et il vous restera plus que 6 km à faire en stop. Il n’y a que très peu de bus passant à Kiilopää, en marge de la route principale.

La nourriture a été achetée dans un supermarché de Rovaniemi mais le choix était assez restreint en nourriture sèche. J’ai du compenser l’absence de lait en poudre par plus de crackers/pain sec et du chocolat même pas noir. Le reste de muesli que j’avais a été mangé avec de l’eau. Peu ragoutant, je ne recommencerai pas. Les fruits secs étaient très chers. J’ai entendu dire que bon nombre de trekkeurs/randonneurs allaient se fournir au PRISMA, toujours à Rovaniemi mais un peu excentré du centre-ville. Ce même magasin vend aussi des cartouches de gaz, sachant qu’on en trouve aussi à Kilopää mais à un prix exorbitant (14€ les 225g de gaz). Je n’en ai personnellement pas eu besoin car des plaques de gaz étaient entreposés dans les huttes.

Inutile de notifier que l’eau n’est pas un problème dans cette région humide tant il y a de rivières avec une eau limpide. J’en portais en général 1L sur moi.

Enfin, pour ceux qui sont intéressés par ma démarche, je fournis ma liste de matériel utilisé lors de ce trek. liste_finlande1 liste_finlande2