Commençons ce billet avec cette question:

Si je vous demande d’où remonte cette envie de voyage, ce goût de la découverte ? Comment-est ce venu ? Qui vous l’a transmis ?

Il est possible que votre réponse tourne autour de votre enfance sous l’impulsion de vos parents. Ou peut-être du fruit de vos correspondances avec un étranger, ou par le visionnage de séries et films tournés dans des lieux précis ?

Le voyage: une éducation

Il est vrai qu’il existe une multitude de cas, qu’il est difficile de dire que le goût du voyage provient de votre enfance mais une chose est sûre: cela facilite les choses.

Plus on commence tôt à éduquer un enfant dans une direction, plus il y a de chances qu’il la suive, même si tôt ou tard, il se mettra à suivre sa propre direction. Dans mon cas et ce n’est point une surprise, c’est bel et bien mes parents qui m’ont transmis cet amour de la découverte et de l’évasion. Comme mes frangin(e) j’ai été piqué dès le plus jeune âge.

Tous les étés, depuis notre point d’ancrage nantais, nous partions écumer les routes de France, en direction de la montagne. Randonnées à la journée, parfois sur deux jours avec nuit au refuge, balades en vélo, visites culturelles confidentielles, pique nique autour d’un point d’eau ou d’un torrent sauvage étaient nos activités en été. Nous campions dans une grande tente familiale ou réservions un gîte. En hiver selon les années, nous prenions au choix, la route vers les Pyrénées ou le Jura pour des balades à ski ou en raquettes.

Nous partions donc dans des régions aux atouts naturels incontestés et si possible pas trop fréquentés. Nous n’avons jamais été branchés restaurants, musées, séjour tout compris, ni même road-trip à la découverte des villes et les incursions en terres étrangères étaient rares. Alors que j’avais sillonné bon nombre de routes en France et affuté ma géographie, c’est à 18 ans que je suis vraiment sorti hors du pays.

Et vous, est-ce que la découverte et l’évasion faisaient partie de votre éducation ? Il n’y a pas besoin forcément d’aller bien loin, mais je parle bien de curiosité, de profiter de la nature, de découvrir des régions et d’expérimenter.

1992-05 - Promenade (3)-800

L’héritage familial

Je vous ait exposé des faits qui se sont passés dans mon enfance, mais quid exactement des ambitions de nos parents, et même grands parents ?

Du peu que j’en sais et compte tenu de l’époque, mes grands parents n’ont jamais bougé, excepté mon grand père en Allemagne.

Mon père, lui, a grandi avec le rêve de faire mécanicien sur les bateaux de la Marine. Comme cela, il aurait voyagé. Bien entendu, ça s’est passé différemment (sinon moindre seraient les chances que je sois là). Son continent de prédilection ? L’Afrique. Il y a été, à plusieurs reprises. Il a pu gravir le Kilimandjaro ainsi que certains sommets de l’Atlas marocain. Quant à ma mère, plus casanière mais qui se cache bien, ce n’est que récemment qu’elle a entrepris d’aller marcher sur le chemin de St Jacques de Compostelle avec une amie.

Ensemble, mes parents ont bien entrepris quelques périples mais jamais je n’ai réussi à les convaincre de les faire monter au Nord ! Au regard du passif de mes parents, je suis persuadé que mon ADN et celle de mes frangin(e)s est constitué de ça: de la découverte et de l’évasion.

Et vous, si vous regardez autour de vous, quels sont les envies et rêves de voyage de vos proches ? Peut-être que même si pendant votre enfance vous n’avez pas pu voir du pays, ça n’empêche pas que le goût du voyage vous ait été transmis et découvert sur le tard.

D’autres influences

Je me souviens particulièrement d’une projection d’un film consacré à la Mongolie. Mes parents m’y avaient emmené et je devais avoir 5/6 ans à tout casser. J’en étais ressorti tout émerveillé si bien que pendant les années suivantes, j’ai tanné toute ma famille:

Je veux vivre en Mongolie

Pour me faire lire, mes parents m’avaient abonné à des magazines pour enfant. Un beau jour, le titre du mois était consacré à la Laponie, aux rennes qui tiraient les traineaux, les samis et surtout la neige. Du rêve à l’état pur que c’était ce papier ! Bien des années plus tard, ça semble très cliché -mais je ne crois pas mentir si mon attirance pour les pays du Nord vient de là-  cela a abouti à mon voyage en Laponie.

Continuons avec la « culture ». Que dire de certains films à commencer par le Seigneur des Anneaux ayant très bien vendu la Nouvelle-Zélande, du dessin animé Bugs Bunny avec Taz, le diable de Tasmanie, des groupes de musique islandais tels que Sigur Rós, Björk, Mùm, Gus Gus et de certains livres d’aventure.

Les langues n’ont guère aiguisé ma curiosité. C’est à peine si je me préoccupais de l’anglais alors que l’espagnol a été jeté à l’abandon. Un séjour à Londres au collège, un autre à Madrid refusé et un dernier en Angleterre également refusé au lycée. Pas la peine de dire que mes parents étaient dépités ! La « claque » ne vint que lors d’un échange scolaire avec une école roumaine non loin de Brasov. Depuis l’obsession de découvrir le monde ne me quitte plus.

Et vous, si vous faites le point sur des possibles influences, est-ce que vous en trouvez ? Musiques, films, séries, livres, conférences, discussions, échanges avec un correspondant ?

Des expériences marquantes et jeunes

Je me souviens, à 5 ans de la visite de la grotte de l’Aven Armand, situé dans un cadre exceptionnel au bord des Causses en Lozère.

A 7 ans, c’est une pause pique-nique venteuse qui donnait vue sur la mer de Glace dans le massif du Mont Blanc qui me reste en mémoire.

A 11 ans, l’ascension du refuge de Tête Rousse à 3096m a forgé le moment clé d’une amitié naissante et durable.

A 13 ans, c’est un séjour hivernal dantesque rempli de neige dans le Jura qui nous aura marqué. Au même âge, lors d’une randonnée orageuse dans le plateau du Vercors, la foudre frappe à quelques mètres de moi au pied du Grand Veymont (renommé Démon pour la circonstance).

A 14 ans, un épanchement de synovie me bloque deux semaines au camping de Luchon et saborde la tentative du pic d’Aneto en famille. Deux semaines pourries à jouer au Monopoly sous la tente avec les copains.

A 15 ans, je découvre la Vallée des Merveilles, ses gravures protohistoriques et dors en refuge pour la première fois.

Enfin, le clou du clou est atteint à 17 ans, lors d’un raid hors piste en mode « chamois » au lever du soleil près du Dôme des Sonnailles dans la Vanoise, entre hommes !

Au delà de tout côté sensationnel, ces expériences marquantes m’incitent à continuer dans cette voie, afin de « remplir la mémoire ».

Et vous, quels sont vos souvenirs marquants jusqu’à vos 18 ans ? Je suis sur que vous trouverez des souvenirs marquants qui vous inciteront par exemple à revenir sur place.

Les influences et les expériences façonnent le voyageur

Toutes ces influences et expériences ont façonné ma façon de voyager. Admettons que je n’avais pas eu ces influences, aurais-je fait tous ces voyages ? Et même si j’avais été influencé à voyager, si je n’avais pas expérimenté, ni tenté autre chose, est-ce que je tendrai vers cette même façon de voyager ?

Parce qu’on a mis assez tôt sur des skis et exposé au froid à la neige, je suis attiré par les destinations nordiques.

Parce que j’ai été confronté à la montagne, aux efforts que cela nécessite et à ses récompenses que je suis davantage attiré par la randonnée.

Parce que j’ai été habitué à des destinations confidentielles que j’aime me perdre dans des endroits dont on ne soupçonne pas leur existence.

Parce qu’on allait jamais vraiment en ville et que j’ai vécu en campagne, j’évite de rester longtemps dans les villes.

Parce que progressivement on m’a habitué à expérimenter durant ma jeunesse, que j’aime aller vers l’inconnu et tenter des choses.

Et je suis sur que vous trouverez des influences ET des expériences qui orientent votre façon de voyager.

Pour finir, essayez d’imaginer ce que vivent les deux enfants de la photo ci-dessous lorsque leurs parents les emmènent faire du bushwalking en week-end ? Et que ces mêmes parents ont fait confiance à un type au bord de la route ayant tendu le pouce pour se rendre au même endroit ? Australiens