Un week-end improvisé, vous connaissez ?

Celui organisé à la presque dernière minute rassemblant 3 amis de longue date venus de divers coins de la France et même au delà de la frontière. 1 venant de Paris, 1 autre venant de Fribourg en Suisse et moi, remontant de Savoie. Le genre de week-end où un pote essaie d’abord de convaincre un premier pote de le rejoindre, avant que le 3ème vienne mettre son nez dedans, histoire de se changer les idées lors d’un moment creux dans sa vie.

Et voilà qu’on se retrouve tout 3 un samedi matin, à la fraîche, au parking du supermarché de Mouthe, régulièrement cité comme le village le plus froid de France dans le Doubs, à proximité de la Suisse. En effet, ce matin les températures sont fraiches pour un début septembre: il fait 6°C. Bien entendu comme je n’avais absolument pas été préparé à ce week-end, mon équipement est au minimum et c’est en short que je « subis » ce sérieux coup de froid après les dernières grosses chaleurs de la fin août. C’est tout au plus avec mes chaussures de rando usées, une polaire, un kway, un tee shirt, un buff et quelques bricoles prêtées que je charge mon sac à dos de bouffe achetée au supermarché. Un gavage me direz-vous: comté, sauciflard et pain à foison, pinard, chips, biscuits, fruits secs, chocolat importé de Suisse et j’en passe !

Allez c’est parti, le copain a tout organisé, nous partons rejoindre la Suisse à pied avant de revenir en France pour un dodo dans un refuge 5 étoiles comme je pourrais le dire.

Mouthe, la petite Sibérie

Cela devrait faire plaisir aux copains de la #Teamgivrés, en effet c’est ici que la température la plus froide de la France métropolitaine a été recensée en 1985, avec -41,2°C. De quoi en calmer certains et donner un sérieux coup de Laponie aux vallons et forêts. Pour bien connaître le coin en hiver, la ressemblance pourrait être frappante en plein hiver sous tempête. Je vous en glisse quelques exemples ci-dessous, malheureusement pas très démonstratifs. La neige n’était pas fraîche et les températures printanières:
Skieurs au Glacier à MorbierFerme jurassienne

Que dire de Mouthe pour compléter ? Que c’est un village de 1000 habitants principalement concentrés le long de la route entre Chaux-Neuve et Labergement Sainte Marie. L’exode rural est clairement palpable: pour les plus chanceux à Pontarlier (Ponta pour les intimes), 30 kms de là, ou Besançon (Bezac pour les intimes) ou clairement plus loin. Il n’y a pas vraiment de travail dans ce coin de France au climat rude ou le gel est régulier passé Octobre. L’hiver permet d’attirer les touristes venus faire du ski de fond, l’activité loisir principale de la région, ou encore de descendre les quelques pentes en ski alpin. Enfin, la source du Doubs constitue une bonne promenade dominicale.

Mais n’attendez rien d’un dimanche de septembre: tout est fermé, y compris le moindre bar. Voir ces doux paysages en été me réjouit et cela donne un tout autre aspect sans la neige.

Mouthe et au premier plan la stationChute d'eau à la source du Doubs

Rien à déclarer

Voilà, si vous avez  une valise pleine de billets à faire passer en Suisse, faites signe ! En effet, lors de notre parcours, nous avons joué avec la frontière suisse, si ce n’est parfois même en la piétinant quelques instants sans y croiser personne ! Et une fois rendue en Suisse, la Police française ne peut plus rien !

Des changements à signaler ?

Pas vraiment dans le paysage, essentiellement forestier dans la partie ou nous étions, mais dans le balisage, clairement. Mais c’est surtout par la présence d’un muret continu, de panneaux d’indication, de tourniquets, grilles, de bornes frontières et d’anciens postes frontières abandonnées que la frontière se fait distinguer. Ah les joies de l’administration, heureusement que l’espace Schengen est passé par là. Cependant, quelle est l’utilité réelle des frontières quand les franchir est plus ou moins facile en fonction du pays de provenance.
Frontière franco-suisseBalisage suisseTourniquet de passage de frontièreBorne frontalière côté suisseBorne frontalière côté françaisBorne frontalière

La tiédeur des refuges et gîtes

Que cela soit pour une bon café entre deux averses de crachin ou pour passer une nuit 5 étoiles (grand espace, douche, électricité, literie fournie, etc…), les refuges et gîtes offrent un bon moyen de rencontrer des gens et d’admirer leur décoration, souvent typique. Certains gites sont tenus épisodiquement par des « volontaires » qui peuvent se loger, manger en contre partie de faire le service. Tous les établissements croisés avaient une belle apparence et donnaient vraiment d’y rester, y compris les refuges suisses, pas tellement plus onéreux que celui, français, ou nous sommes restés. Quand le pote qui avait tout organisé indiqua qu’on serait accompagné de 13 personnes, j’annonçais en bon franchouillard:

Vous allez voir, ce soir, ça va pas louper, on aura le droit au groupe de retraités venu du coin!

Vous savez quoi ? Bingo !

Loin de rester dans leur coin, alors qu’on savourait une fondue préparée par nos soins avec un bon blanc comme il faut (je vous l’avais dit, 5 étoiles), nos voisins du jour se mettent à partager un peu de leur victuailles et vlà ti pas qu’on finit par partager une plaquette de chocolat suisse haut de gamme entière ! Quel sacrilège ! Et on continue un peu avec le reste de pinard et de vodka que l’on a. Inutile de vous préciser dans quel état nous avons fini en témoigne la photo floue, mal cadrée et prise par un de mes congénères. Mais l’âge aide à devenir plus raisonnable, malgré un appel du pied pour une tarte aux mures et une « prune » comme dirait l’autre. Ce fut aussi l’occasion de parfaire sa connaissance de la région et de l’accent prononcé du Haut-Doubs (ne jamais dire Doubs par ici ^^). Un exemple: on ne dit « mais non » platement, mais un franc et long « meeuuuhh nonn » !

Une soirée au refuge du Gros Morond, sur les pentes de la station de Métabief au pied du Mont d’Or ? Je vous recommande !
Refuge suisseGîte/barCire de bougiesCloche dans gîte/barCloches dans gîte/barRefuge suisseRefuge du Gros MorondSoirée un peu festive

Les vaches montbéliardes mais pas que

Il est de réputation que les vaches montbéliardes produisent d’excellents fromages aux doux noms de Comté, Morbier, Mont d’or parmi d’autres moins locaux. Ces fromages et vaches font la fierté de la région Franche-Comté et y venir randonner dans ces hautes terres en été sans les rencontrer relèverait d’une gageure tant les sentiers traversent des pâturages privées . En troupeau massif, elles nous ont même obligés à contourner le chemin, sous le regard noir d’une vache, peut-être meneuse malgré elle ?

Enfin, en arrivant un plateau, non loin de Mouthe, nous avons croisé des chevaux tout aussi en liberté. Tellement bien que le fermier au fort accent suisse a du s’y reprendre à plusieurs fois pour les recenser au complet.
Ferme comtoise au loinVacheVaches bloquant le passageCheval

Et les paysages dans tout cela ?

Le massif du Jura présente un relief doux, jamais abrupt alternant entre forêts et espaces découverts. Seuls les alentours des sommets (comme ceux du Mont d’Or et du Morond) permettent de profiter de vues parfois très lointaines jusqu’au lac de Neufchatel dans un premier temps, et carrément sur la chaîne des Alpes avec le Mont-Blanc si le beau temps est de la partie. Mais comme vous pouvez le voir, on a plutôt profité de nuages bas et même de crachin pour bien entendu finir avec le retour du soleil !

Parfois l’ambiance désolée était telle que je me sentais un peu à l’écart de la civilisation. Mais en France, c’est une gageure, le mot « sauvage » n’a plus la même signification après avoir connu d’autres contrées bien plus sauvages.
Randonneurs en action Randonneurs dans la forêtCrêtes du Mont d'OrCrêtes du Mont d'OrCrêtes du Mont d'OrSur les crêtes du Mont d'OrDescente sur le GRDescente sur le GR

Au final, une randonnée à la frontière suisse entre potes pour se détendre, c’est l’assurance d’un bon bol d’air entre gastronomie, paysages doux et dodo dans un refuge 5 étoiles !