J’aurais pu appeler cet article, « 4 ans plus tard, l’autopsie du voyageur » comme je l’avais fait pour 1 an plus tard, l’autopsie du voyageur. 4 ans plus tard parce que 2014 est définitivement l’an 0 répondant à un célèbre adage de Confucius.

Pour ne pas trop insister sur un effet de répétition, j’ai préféré ce titre assez évocateur.

Explications en texte.

Du voyageur sans arrêt en quête de mouvement, je suis comme devenu un vieux briscard à la vie rangée. Il y a quelques années en arrière, rêvant de grandes virées à coup de Google Maps, je n’imaginais pas une seule seconde que cette obsession puisse se tempérer.

Il paraît qu’il ne faut jamais dire jamais.

Chambéry c’est petit, tout le monde se connaît

Depuis plus de deux ans et demi j’habite dorénavant Chambéry, la préfecture de Savoie.

De mes jours, quand je me ballade dans les rues, au marché, à la salle d’escalade, à la Biocoop du coin, au bar de mes petites habitudes, je finis indéniablement par croiser des connaissances toujours prompts à taper le bout de gras pour se tenir informé.

Cette proximité, cette convivialité, c’est ce qui me plaît ici.

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Bien loin de l’anonymat parisien me condamnant à une solitude subie. Chambéry et sa grande soeur Grenoble (je n’inclus pas la bourgeoise Annecy) sont deux villes fers de lance de modes de vie alternatives. Un copain ayant fait le chemin inverse du mien résumait bien la ville comme celle parfaite pour les hippies. Il est vrai que les deux villes recensent nombre d’associations « alternatives » comme des ateliers vélo coopératifs, des supermarchés coopératifs, des bars coopératifs, des ateliers d’échange de compétences, des jardins partagés et j’en passe. Ici, à Chambéry, il suffit de tourner la girouette dans le bon sens pour croire à la possibilité d’un monde meilleur depuis le bas.

Cette bienveillance, cet autre état d’esprit, cela fait du bien.

Chambéry aussi est une base excellente pour les amateurs d’activités de plein air. De ces gens qui préfèrent passer du temps dehors, pour se dépenser, pour contempler, pour cueillir et ramasser donnant plus de simplicité et d’humilité face à la vie. Disons le clairement, le matérialisme ici est plus facilement mis de côté. Se trimballer en chaussures de trail et en veste outdoor ne choque personne pour vous citer un exemple.

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Le voyageur ne meurt jamais, il sommeille

Mais. Il y a un mais.

Avec le temps, j’ai fini par comprendre que j’étais le genre de personne incapable de rester sur ses acquis par peur de rendre impossible des choses. Carl Jung mentionne bien que les expériences de synchronicité improbables, que l’on pourrait résumer par des « déclics » apparaissent plus fréquemment aux personnes ayant une vie non dictée par des habitudes. Comprendre par là que se remettre en question c’est ouvrir la porte à toute une ribambelle de possibilités.

Avec succès j’ai bien quitté Paris, des amis, entrepris une formation agricole dans un milieu où je ne connaissais strictement rien et ce dans une ville nouvelle.

Se contenter du fruit de cette douce et belle transition est pourtant une belle option. Je vois les montagnes des Bauges depuis ma chambre, mange du bon fromage, me fais plaisir à cuisiner, en hiver je skie, en été je marche ou me baigne, participe à un projet associatif et médite en groupe.

Tartiflette

Malgré tout, autour de moi, force est de constater que les choses sont impermanentes: chercher un travail de saisonnier régulièrement oblige à vivre le jour le jour ce qui est à double tranchant: les projets sont difficiles à mettre en place tandis que l’adaptation est continue. Mon cercle de relations amicales est voué au changement perpétuel, les pots de départ s’enchainent sans promesse de lendemains. Un an en arrière et mes fréquentations ne sont plus les mêmes que maintenant et celles dans quelques mois seront encore différentes.

Cela me rappelle étrangement la route où l’on passe des instants fugaces avec d’autres voyageurs sans attente du lendemain. Alors que pourtant j’ai mis le clignotant à droite.

Éternelle solitude

Ce petit jeu me fatigue et fait revenir au galop le sentiment de solitude. Plus que jamais passé la trentaine, j’ai pourtant besoin d’une stabilité émotionnelle. Puisque l’impermanence tend le bout de son nez, mécaniquement songer à partir dans un pays hispanique pour apprendre l’espagnol, attendre une hypothétique tirage au sort pour le PVT Canada ou envisager de participer à des projets participatifs en éco-construction deviennent des réflexes.

Ces pensées sont mises d’un côté d’une balance imaginaire, tandis que de l’autre côté, il y a ma vie ici à Chambéry qui me plaît. Enfin pour stabiliser la balance vient la citation d’une couchsurfeuse néo-calédonienne, déjà mise en avant:

Cela fait 5 ans que je vis ici et je n’ai plus besoin de bouger. Le WE, on prend la tente vers une plage et ça me suffit, mon bonheur est là.

Le voyageur à l’arrêt n’a plus besoin de bouger quand il a trouvé ce qu’il lui fallait à son bonheur.

Est-ce mon cas ?

Mystère.

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