Tôt ce matin là, à Sani Top à la frontière entre le Lesotho et l’Afrique du Sud à 2873m, un miracle est survenu.

Alors que l’accueil la veille s’était fait sous un thick mist ne laissant présager rien d’optimiste pour la suite, voici que ce matin le lever de soleil et le ciel absolument bleu me transportent en Mongolie, un rêve de gosse. Cependant, nous sommes toujours face à une grosse interrogation vis à vis de notre projet initial de trek partant d’ici et nous menant vers le parc national Sehlabathebe.

Oui ou non, y aura t-il de l’eau sur le parcours ?

L’enquête très matinale au Sani Mountain Lodge nous emmène vers un guide de randonnée. Il avance avec confiance qu’il y a de l’eau, notamment dans les rivières Pitsaneng, Legooa et Thamathu et que deux jours suffisent pour cette traversée, ce qui nous laisse interloqués. Nous estimons pourtant qu’il faut 4 jours minimum avec tous les impondérables du hors piste.

Mitigés, nous décidons de profiter du beau temps pour rester une nuit de plus et afin de vérifier la présence de l’eau, nous partons grimper le sommet du pays: le Thabana-Ntlenyana. A 3482m, la « magnifique petite montagne noire » est une longue randonnée, possible sans le recours à un guide, cependant il est conseillé d’être expérimenté en navigation, en observation de la météo et physiquement en forme.

L’isolement est réellement de mise une fois Sani Top derrière nous.

Randonneur devant l'immensité de la steppe du plateau à 2800mLa steppe

Malgré que la carte indique un sentier, en réalité ce sont plutôt les traces des pas de moutons qui indiquent la voie à suivre. Compte tenu de l’immense espace désertique, la navigation est assez simple et c’est un véritable plaisir de marcher tel des pionniers. A plus de 2800m, le vent est fort ce matin, je marche même avec un pull et crains que cela soit déjà l’amorce d’un changement de temps. En étant partis tard nous n’avons pas beaucoup de marge de manœuvre mais pour l’instant le ciel bleu prédomine encore et écrase le vert de la steppe souvent bien sèche. A l’amorce de la montée vers un col à 3200m, il n’y a plus de traces, nous filons tout droit dans la pente à travers pâturages, rivières asséchées et la caillasse.
Randonneur hors piste entamant une montée
Les animaux nous regardent bizarrement avant que sur une alerte donnée par un chien au loin, des bergers habitant dans des huttes en pierre sur le flanc de la montagne à notre gauche viennent à notre rencontre.

Vous savez monter à cheval ? Prenez les nôtres pour votre ascension.

Étonnés, nous refusons leur proposition pleine de gentillesse tout en engageant la conversation. Par la suite, les rencontres furtives avec les bergers se succèdent. Arrivés à un tout petit plateau à 3200m, suite à un point cartographique, le sommet en vue est encore à environ 1h30 de marche alors que nous marchons depuis 4h.

Petit plateau avec Thabana-Ntlenyana en vue

Thomas, plus prudent que moi, observe l’évolution des nuages qui commencent sérieusement à s’amonceler aux escarpements du Drakensberg. Le pique-nique est rapide et la décision de faire demi-tour semble évidente: en 15 minutes, Sani Top au loin est de nouveau dans le brouillard !
Nuages de brouillard arrivant de l'Afrique du Sud
La descente est expéditive mais les bergers rencontrés sont maintenant très nombreux ! Ils n’étaient pas là ce matin et ils sont partout.

Faire une rando au Lesotho, c’est la tournée des bergers assurée !

Leurs chiens menaçants nous obligent à des détours pénibles, heureusement il n’y a aucun obstacle technique. La fin est laborieuse, Thomas semble encore en forme tandis que des débuts d’ampoule apparaissent à mes pieds sans cesse maltraités aujourd’hui sur un terrain jamais stable. Mon corps est physiquement vidé, je n’ai plus d’eau et il est juste grand temps de rentrer sous le brouillard grandissant !

Le bilan de notre enquête: il y a de l’eau dans quelques rivières, mais est-elle vraiment exploitable ?

Pour en savoir plus sur cette randonnée

Sani Top au loin et les pics du plateau derrièreUn peu d'eau au début de la randonnée dans les patüragesBerger posant avec son cheval basutoUn âne dans la steppeHutte de bergers basutosTerre asséchéeRandonneurs se dirigeant au fond de la valléeBergers basutosContrastes des couleurs du solRandonneur assis admirant le paysageBergers basutosNuages de brouillard arrivant de l'Afrique du SudNuages de brouillard arrivant de l'Afrique du Sud

En savoir plus sur cette randonnée

Officiellement il est indiqué qu’il faut 9 à 11h de marche pour cette randonnée. Ça c’est pour les sportifs qui ne s’arrêtent jamais en route. Aller et retour, la « balade » est de 32 km pour un dénivelé de 800m, comprenez donc le challenge de la faire en qu’une seule journée ?

Plusieurs options pour grimper le toit de l’Afrique australe:

  • la bourrine: one shot en 1 journée avec départ dès le lever du jour pour rentrer le plus tôt possible avant les orages et brouillards de l’après-midi. Très sportif. Ne pas hésiter à faire demi-tour si changement de temps
  • la raisonnable: prendre votre matériel de camping avec vous. Partir avec plus de souplesse sur le timing et possibilité d’explorer les alentours. Franchir le sommet avant que les orages ne surviennent. Sinon, plantez la tente. Le lendemain, vous rentrez tranquille
  • en hiver le temps est plus stable mais plus froid avec probablement de la neige. Une vidéo à voir quoiqu’il en soit.

Il est aussi possible de partir depuis Kotisephola Pass, sur la route entre Sani Top et Mokhotlong, à priori la randonnée serait raccourcie à 7-8h A/R. Ceux pour qui les randonnées longues effraient un peu pourront se rapporter au Hodson’s Peak (Masobasoba en sesoto) proche de Sani Top et dominant tout l’escarpement du Drakensberg avec un panorama impressionnant. Enfin, si vous voulez vous amuser pour 12 jours d’exploration le long du Drakensberg, partez sur le Grand Drakensberg Traverse !

En ce qui concerne la cartographie, vous pouvez utiliser celles éditées par Ezemvelo/ KZ-N Wildlife, notamment la n°6 du Drakensberg Park au 1/50000ème. Quelques informations par ici.Vous pouvez très bien aussi utiliser les cartes du Lands, Surveys, and Physical Planning disponibles à Maseru en plein centre-ville. Elles datent des années 80 mais au 1/50000ème, elles sont précises et de bonne qualité.

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