Pour commencer le billet, voici une banale scène que l’on a vécu plusieurs fois lorsqu’on devait changer de taxi collectif.

Imaginez vous à la place d’une boule blanche d’un billard prête à être tirée dans 15 boules placées pile en face de vous.

Le taxi collectif arrive à destination, vous lâche (ou tire dans la boule blanche) et vous voilà immédiatement dans la meute des rabatteurs qui sont prêts à tout pour vous embarquer dans leur taxi collectif (soit les fameuses 15 boules qui partent dans tous les sens).

Hors de votre dos, votre sac est arraché, on vous crie dessus sans que cela soit compréhensible et dès lors que vous criez la destination, bien évidemment deux concurrents se jettent sur vous.

Au début vous êtes perdus mais avec l’expérience de quelques semaines de voyage, vous devenez rusés: vous vérifiez que le taxi collectif soit à peu près plein sinon il faudra attendre qu’il se remplisse. Vous sondez les tarifs à l’avance avant même le trajet pour être certain de ne pas vous faire arnaquer, éventuellement vous le négociez, vous vérifiez qu’on vous déposera au lieu précis, pas un quelque chose comme not so far et enfin vous vous démerdez pour ne surtout pas vous asseoir près de la porte latérale. Y être collé signifie devoir descendre et remonter à chaque passager qui descend ou monte lors du trajet !

L’arrière n’est pas idéal non plus, pile sur les suspensions, vous êtes secoués et true story, les sacs plastiques pour laisser sortir les entrailles de votre corps peuvent même être de mise (pas les nôtres, hein).

Basuto dans taxi

Se déplacer au Lesotho n’est pas des plus aisés, sur la carte les possibilités sont multiples mais la réalité est toute autre. Les axes principaux sont pourtant de bonne qualité, souvent récemment goudronnés, ainsi nous avons pu conduire une simple voiture de location depuis le poste frontière de Maputsoe vers Maseru sans aucun soucis. Ce sont surtout les routes du centre du pays qui restent encore en mauvais état, seulement passables par des 4×4 ou des taxis collectifs mais les travaux de voirie continuent, notamment l’accès au site de Semonkong sera goudronné d’ici peu (ou l’est déjà).

Rajoutez une route caillassée et c’est une véritable expertise qui est demandée. Imaginez une route minuscule en mauvais état reliant deux minuscules villages partant de 2400m pour atteindre un col de 2900m pour ensuite plonger drastiquement à 1600m et enfin remonter sur le plateau à 2200m. Et là il ne faut pas avoir des problèmes gastriques, avoir trouvé une position correcte dans le taxi collectif et surtout qu’il ne soit pas trop chargé. Encore heureux que les cours d’eau étaient à sec, cela a facilité le travail du chauffeur.

Taxi sur une route difficile

Enfin, arrivé à Sehong Hong le terminus après 3h de voyage pour 70km, à la question du prochain taxi collectif pour Thaba-Tseka, la réponse laisse pantois:

There is no taxi. May be tomorrow. May be. I don’t know.

Et là, le réflexe de base revient. Se servir de mon doigt préféré: le pouce. Les rares voitures passant dans le coin sont souvent liées à l’Administration. Elles se baladent et prennent des gens en stop pour se faire du cash.

Pratique courante dans les zones reculées.

C’est ainsi que l’on finira assis à l’arrière d’un pick-up à se manger de la poussière et à se bousiller les articulations car impossible de s’asseoir correctement. Plus tard, après une pause causette dans un village, cela sera confortablement à l’intérieur d’un pick-up que nous arriverons à destination et je serai même gêné d’être à l’abri lors d’un orage tandis que des basutos étaient à l’arrière du pick-up. Une autre fois, ce sont des rangers qui nous ont fièrement emmenés, debout, cheveux au vent et enfin la plus folle et même dangereuse à mon sens, fut celle de ce court lift agrippée à l’arrière d’un 4×4 avec une barre de toit pour les mains et le pare-choc pour les pieds. J’en ai perdu mes lunettes de soleil d’ailleurs.

Des rangers nous ayant pris en stop

Vous voulez la crème de la crème ? Le genre de situations qui reprogramme un pan entier de votre cerveau ?

L’attente longue et usante durant 3h que le taxi daigne de se remplir !

A chaque nouvel arrivant, l’espoir revient et le décompte s’amenuise. Puis finalement, la discussion avec les locaux, interloqués de nous voir là finit par s’établir. On rigole, on papote, les questions classiques reviennent et même certains ne savent pas où se situe la France ! Une reprogrammation du cerveau que vous disais-je. Mais les moments de rigolade ne sont qu’un interlude aux questions plus épineuses sur nos situations d’occidentaux.

Surtout pas un mot d’argent me dis-je dans la tête tout en jetant un regard à mon camarade accompagné de gestes discrets mais significatifs.

Ils se veulent insistants, nous ne répondons pas, tournons autour du pot en prétextant que nous ne savons pas le prix de nos billets d’avion. Ils insistent toujours, une lourdeur se fait sentir et finalement une dernière personne viendra remplir le taxi, nous délivrant enfin de cet état statique subi.

Enfin à Maseru, figurez-vous que l’on s’est fait escorté puis transporté par un flic après que l’on ait subi un -gros- imprévu avec notre loueur de voitures ?

En effet, alors que nous nous apprêtons à rendre la voiture à l’aéroport désert, personne. Par 37°C on prend cher. On comprend rien du tout. Un flic arrive et nous explique qu’il faut rendre la voiture au centre-ville. Et voilà comment la magie du cash se met en place pour arriver à bon port.

Le transport au Lesotho ? Tout est possible. Comme une partie de billard.

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Poussière dans le rétroviseurSerrés dans un taxiPick-upBasuto dans taxiCockpit du taxiBasuto dans taxiDépart de taxi à la fraîcheRoute splendideA l'intérieur d'un taxi