Cher être aimé(e),

après deux jours de marche dans les montagnes désertiques sans croiser personne, je suis arrivé dans cette petite cabane rustique pour y passer la nuit. J’ai bien envie d’y rester. Ce n’est pas un célèbre bus mais tout au long de ce voyage, je cherchais un endroit monastique pour une courte retraite spirituelle. Il semble que cette cabane prisée des chasseurs et très bien fournie en divers ustensiles soit le lieu idéal. Le premier village est à au moins 40 bornes. Pourquoi une retraite spirituelle, loin de tout, dans la nature ?

Pour plein de raisons.

Pour vider ma tête des parasites de mon existence, de mon conditionnement. Pour nourrir mon introspection, mieux me connaître et par conséquent mieux aborder les autres. Pour prendre du repos tout simplement. Pour lire un bouquin que l’on m’avait conseillé. Pour qualifier le silence comme un bruit à part entière. Pour éventuellement surprendre un animal gambadant dans le coin sans se douter de ma présence. Pour écouter, observer la journée, du lever de soleil, son zénith jusqu’à son coucher. Pour faire des photos sympa, en utilisant des troncs d’arbre pour faire office de trépied.  Pour le simple fait d’apprécier de manger des choses simples. Pour le fait d’aller chercher de l’eau dans la rivière 100 mètres en contre-bas lorsque j’ai soif. Cette même rivière que j’utiliserai pour me laver.

Toutes ces petites choses de l’existence concrète que l’on oublie trop facilement dans notre quotidien qui s’intellectualise, se sédentarise et se virtualise de plus en plus. Loin de toute abstraction, cette retraite prend la forme d’un voyage sous circuit alternatif.

Mon être aimé(e), réfléchis un seul instant.

Te souviens tu de la dernière fois ou tu as levé la tête pour observer les couleurs du ciel au coucher de soleil ? De même avec une balade en forêt, bien verte ? Ou encore, à écouter vraiment le bruit des oiseaux ? As tu tout simplement déjà campé en pleine nature ? Peut-être aimes tu les endroits naturels mais jamais trop loin de ta voiture ? Ok, mais n’as tu jamais ressenti ce besoin d’aller plus loin comme si ce n’était pas assez ? D’approfondir, de voir au delà du « lookout » ? Et que par peur et appréhension, tu n’y vas pas. Bah oui, imagine, et si tu te cassais une jambe ? Et si un insecte venait sucer ton sang ? Et si tout simplement il se mettait à pleuvoir ?

La nature est plus qu’étroitement liée à l’Homme mais notre mode de vie occidental avec son conditionnement de base nous en éloigne petit à petit. Nous avons fini par prendre peur de la nature et préférons le confort de tout ce qui ressemble à des boîtes, caisses, cases, tours et de couleurs tournant vers une nuance de gris. Gris, comme la matière, celle qu’on utilise pour désigner le cerveau qui n’a jamais autant pris de place que maintenant, je le répète encore.

Pourtant, la nature sera bien la dernière chose qui te décevra. Tu pourras subir des maladies, perdre des êtres chers, être ruiné  mais toujours et éternellement, la nature t’offrira la beauté du relief en montagne, le contraste issu du mouvement des nuages et la sérénité des reflets d’un lac. Oui, toujours.

Jamais, la nature te décevra. Jamais.

Alors, mon être aimé(e), je t’invite à faire comme moi. Quand le besoin se fait ressentir, prend ton sac à dos et viens te ressourcer dans une cabane en pleine nature ne serait-ce que quelques jours. Loin de toute civilisation pour y être au plus près. Et tu te sentiras revivre. Libre mais aussi exposé aux aléas les plus naturels qu’il soit, tu te découvriras de nouvelles ressources, une paix intérieure et une sérénité qui te sera très bénéfique à ton retour à la civilisation.

Tu n’as pas besoin d’être un grand solitaire pour le faire. Même accompagné de quelques amis, l’expérience se révèlera encore plus bénéfique puisqu’agrémentée du plaisir du partage.

Mais ne tarde pas trop car je vois ce qu’il se passe sur notre planète. Cela m’attriste de le constater mais la nature se rétrécit petit à petit. Il devient de plus en plus difficile de rester libre dans la nature. Pourtant elle essaiera toujours de ne pas nous décevoir mais rien ne garantit qu’elle n’y arrivera encore très longtemps.

Pauvre mère nature…

Voilà pourquoi je voulais faire cette courte retraite spirituelle dans ce désert montagneux. Complètement seul. Car je n’étais pas sur de pouvoir revivre cela par la suite.

Et j’ai totalement kiffé.

Intérieur de Stone Hut avec guest book !