Commençons ce retour sur un trek pas banal par la conclusion de mon père lorsque je lui demande ses conseils à des seniors voulant s’engager dans des entreprises similaires:

70 ans, les articulations, les muscles, le moteur ont déjà des kilomètres mais si le cerveau dit il faut le faire, ça le fait. Première chose: la motivation, une prépa correcte, c’est à dire entrainement à la longue marche et pour le chargement, faire confiance au guide

La suite de cet article est en trois parties. Aller directement aux autres parties: Organiser un trek avec des personnages âgées et Détails pratiques A l’inverse de l’article, les photos sont linéaires, elles suivent le cheminement de notre trek.


Retour sur la traversée de l’île d’Hinnøya

Le « challenge » que j’avais proposé à mes parents et notre amie était quelque peu culotté: 55 km de trek avec un dénivelé positif total autour de 2000m sur des sentiers peu fréquentés en Norvège pendant 5 jours et la seule certitude de mon expérience pour mener à bien cette entreprise. Car bien qu’ils aient beaucoup marché dans leur vie, cela fait un bout de temps qu’ils avaient rangé au placard de telles ambitions !

Et ça l’a fait.

Non sans quelques difficultés.
Au départ de KanstadbotnAscension vers ToralfsbuLà bas, ce sont les Lofoten et VesterålenAscension vers ToralfsbuSvartvatnetSvartvatnet

A 70 ans, même si le physique est moins là, le mental est au dessus de tout.

En réalité, je m’inquiétais beaucoup de la teneur du terrain, s’il serait humide, rocailleux, enneigé et croulant sous l’eau. Je me souviens encore très bien des péripéties de mon trek sauvage sur l’île Senja et je ne voulais pas qu’ils vivent cette même surprise. Eh bien, ce fut raté !

Le soleil n’a été que peu souvent de la partie mais heureusement pas le brouillard. Les marécages étaient là, ils ont marché pieds humides tous les jours, ont pris soin de ne pas bêtement glisser sur les rochers, ont descendu très prudemment les pentes raides, ont affronté une après-midi de pluie glaciale et une terrible côte a même porté un coup fatal au mental. Allez c’est la dernière, c’est bientôt fini que je disai pour les motiver.

Et ils ont tenu. Même quand arrivés au dernier refuge, je me suis soudain rappelé que dans des échanges de mail, on m’avait indiqué que ce celui-ci nécessitait une autre clé. Et que quand je suis venu récupérer la clé standard en ayant bien détaillé le parcours, le centre DNT ne m’a rien dit !

Oups, meeeeerde que j’ai crié.

Descente vers ToralfsbuL'arrivée à ToralfsbuEn route vers HaakonsbuEn route vers HaakonsbuCairnUnivers minéral de la Norvège du Nord

Ce refuge était le seul dont le cadenas différait des autres refuges car il sert régulièrement pour les scolaires. Nous avons galéré à nous maintenir au chaud avec le froid humide envahissant:

Vite à l’abri dans une remise, on sort couvertures de survie, change de vêtements, allume le réchaud gaz à fond, sert des cafés et enfin des exercices musculaires avant de trouver la lumière: quelques coups de fil plus tard, un bénévole du DNT viendra à notre secours en amenant le précieux en quelques minutes ! En effet, il fut rapide car nous étions proches des routes ! Mais il était temps qu’il arrive, plus personne ne se voyait marcher après une très grosse journée.

Des warriors les anciens.

Il faut le dire, le trek ne proposait pas des journées régulières: 5h la première au départ de Kanstadbotn , 2h30 la seconde, 8h la troisième, 9h30 la quatrième et même pas 2h pour la dernière se terminant à Harstad. C’était la condition si on voulait profiter des huttes pour s’alléger et surtout pour le confort de chacun. La dessus aucun regret, ils étaient tous top avec une mention spéciale à à Haakonsbu, douillet abri pour 4 personnes ! Certainement que le troupeau de rennes venus dormir à 200m a son effet dans notre appréciation des lieux.

HeggedalsvatnanRandonneurs en marcheObservation des rennesUn beau troupeau de rennesUn beau troupeau de rennesEn route vers Bjornhaugen

Quant au trek en lui-même, ce fut évidemment de nouveau un plaisir d’évoluer dans ces paysages nordiques et sauvages. Durant ces 5 jours, nous n’avons coupé qu’une route et croisé même pas 10 personnes. Et j’aime cette sensation de solitude, de plénitude dans la nature avec cette variété si agréable entre une ambiance de hautes montagnes enneigées, l’humidité de vastes plaines, l’aération sur les crêtes avec vue sur la mer et immersion dans les forêts boréales. Pas de surprise sur la nature du terrain de mon côté, plus en revanche du côté de ma famille qui ne s’attendait pas à devoir affronter des marécages, des sous-bois envahissants et à rechercher épisodiquement le symbole T peint en rouge, sur des troncs d’arbre ou rochers, signifiant la voie à suivre.

Plus folklorique étaient les nombreux névés se maintenant dès 500m début juillet et des rivières débordant de leur cours initial rendant les petits ponts de pierre inutilisables. Toutefois, les traversées étaient sécurisées et je me suis déployé à aider tout de même, quitte à faire le bourrin (comment ça je suis tombé dans la rivière ???) nus pieds dans les chaussures.

Habitués aux Alpes, ma famille n’en revenait pas de constater les différences d’environnement et je me remémore très bien la tête de ma mère pas très rassurée à l’amorce des rivières et névés, une première. Mais qu’est ce qu’il a fait mon casse-cou de fils à m’emmener là.

Même à 70 ans, on peut encore vivre des aventures !
De la mousse au solEn route vers BjornhaugenUne forêt boréaleUne forêt boréaleKongsvikdalenKongsvikdalen

Pourtant ce trek n’a bien failli pas se faire. Mon père a des douleurs articulaires aux genoux venant aléatoirement en fonction de l’effort qu’il fait. C’était un point sensible au début du voyage et les balades/randonnées effectuées les jours précédents nous ont effectivement laissé dans l’expectative. Je n’arrivais pas à voir comment cela allait se passer avec en plus un portage, même minimisé. La veille du départ nous étions sur le point de complètement changer de plan car chacun était déjà fatigué et stressé par les changements, sans compter le jour sans fin qui raccourcissait le sommeil. Finalement nous nous en sommes tenus au plan initial et la première journée, principalement en montée a vu mon père aller mieux. Il « planait » carrément sur ce qui était son terrain de jeu favori il y a encore quelques années, la caillasse.

Même si les jours suivants furent plus difficiles il a finalement répété à plusieurs reprises que cela valait le coup d’être venu !

Et vous savez quoi ? Ils en redemandent !

Organiser un trek avec des personnages âgées

Déjà pour que tout le monde le vive bien, cela ne s’organise pas à l’improviste. On ne marche pas à 70 ans comme à 30 ans (encore que en Savoie, je me demande ^^). J’ai donc privilégié le côté ludique. 10km par jour sur un terrain norvégien me semble bien. Cela veut dire 5h de marche avec un portage, ça suffit largement si on veut garder des forces pour les journées suivantes.

J’ai essayé au maximum de m’adapter à leurs besoins et impératifs. Chacun a marché à son rythme avec ses pauses, a mangé ce qu’il voulait, des pauses photos au bon vouloir sauf quand le temps pressait et j’ai chargé au maximum mon sac pour alléger les autres. Mais il est des choses où l’expérience d’un « guide » est nécessaire: l’optimisation de l’alimentation, le suivi du tracé à la carte/boussole et important, l’heure de réveil le matin !

Il m’a semblé important aussi à ce qu’on reste en groupe et pas trop détaché, cela joue facilement sur le moral d’être derrière sauf à me mettre volontairement en dernier. Par contre je me suis permis de les engueuler lorsque les traversées de rivière ne se sont pas faites comme je leur avais indiqué: chacun a fait a son bon vouloir au final, peut-être par stress !

Autant il y a eu des moments de tension pendant le reste du voyage familial, le trek a été sans orage, une preuve supplémentaire que marcher et la nature détendent. Mais les tensions sont à prendre en compte, il faut savoir les percevoir et dialoguer pour dissiper. Le dernier point et non des moindres est d’avoir été avec des personnes habituées et aimant marcher et c’est cela aussi qui a contribué à que cela se passe bien. Un bon entrainement à la marche et une résistance affutée sont clairement des atouts.

Une forêt boréaleDes moutons curieuxMontée vers FinnslettheiaFinnslettheiaRandonneurs admirant LangvatnetLes fjords au fond

Détails pratiques

Comment ai-je eu l’idée de ce trek ? En farfouillant sur le net à la recherche de traces de parcours correspondant à mes critères:

  • accessible en bus mais aussi au public (au final, comme tout parcours peu fréquenté en Norvège, l’environnement peut rendre cela difficile surtout si les marécages sont inconnus)
  • bien au Nord de la Norvège, que cela soit Nordland ou Troms
  • 4/5 jours au maximum avec des huttes sur le parcours

Au final, j’étais parvenu à identifier ce parcours: Fire flotte dager på Hinnøya en ajoutant un petit détour vers une autre hutte (Grønnkollhytta, la fameuse hutte avec la clé différente) pour éviter d’avoir à rentrer sur Harstad le soir. Il est indiqué qu’il se réalise en 4 jours mais honnêtement en 3 jours et en tente, c’est plié. Vous pouvez accéder au départ du en bus et demandez bien à descendre précisément à Kanstadbotn. Le chauffeur risque de vous regarder bizarrement mais si vous indiquez que vous allez en montagne, il comprendra mieux. Il faudra tout de même chercher le point d’entrée avec les cartes topographiques d’excellentes qualité sont trouvables sur Internet Vesterålen – Hinnøya Nord et Sud.

Quant à la fin du trek, c’est tout simplement en ville qu’il se déroule. Pratique non ?

Je passe les détails sur l’eau, il y en a partout, et tout pareil avec la nourriture en magasin. Une bouteille de 0,5L sur vous suffit. La Norvège, c’est le paradis de la randonnée, tout est fait pour, y compris en hutte. Vous n’avez quasiment rien à amener à part vos vêtements, un petit drap de couchage et la nourriture. C’est vraiment le luxe ultime de profiter de la chaleur d’une hutte alors qu’à 200m des rennes gambadent ! J’ai en stock un prochain article qui parlera de ces fameuses huttes !

Côté équipement, j’ai conservé la formule habituelle avec des ajustements validés pour les pays nordiques: collant noir relativement bas, chaussures de trail qui agissent comme une éponge et enfin les éternelles guêtres. Ma famille était sceptique au début avant de se rendre compte de leur utilité, c’est vous dire ! J’ai donc en théorie encore allégé mon équipement, le sur-pantalon n’a jamais été porté même pendant les belles averses de pluie. Le collant ressuie très bien la pluie, je n’ai pas eu de sensations d’humidité ni de froid. Par contre, une fois arrivée, il est impératif de se changer.