Le Travers Sabine Circuit est une boucle démarrant de St Arnaud et incluse dans le parc national des Nelson Lakes. Entre bush et montagne et composé de nombreuses interconnexions, on peut même composer son propre circuit en incluant la vallée d’Urville, Robert Range ou en filant au sud vers Waiau Pass, considéré comme l’un des plus beaux cols de Nouvelle-Zélande. Il est possible d’en avoir pour 8/9 jours de trek !

Pour ma part, en ayant emporté 8 jours de nourriture sans trop savoir mon parcours, j’en ferai finalement 6. Outre le Travers Sabine Circuit, j’irai sur le side trip menant au Blue Lake, ainsi que je grimperai le Moss Pass pour terminer avec un side trip au Lake Constance. Enfin dernier point, une bonne partie du track emprunté fait partie de l’itinéraire du TeAraroaTrail (jusqu’au Blue Lake).

Jour 1: une petite mise en jambe

Il faut beau en ce début d’après midi, à mon arrivée en stop à Saint Arnaud, juste devant le lac Rotoiti. Comme ce sont les vacances en Nouvelle-Zélande, nombreux sont les locaux à s’être déplacés pour profiter du cadre des lieux. Je ne traîne donc pas trop et m’engage sur le track, qui part sur la rive gauche du lac.
Lac Rotoiti

Le sentier est d’une facilité déconcertante si bien que j’avale les 10 kilomètres en même pas 2h30.
Lac RotoitiChamp d'herbe sous les montagnes

Je profite largement des rayons du soleil car en principe, cela ne devrait pas durer. La météo est censée se dégrader dès le lendemain et pour finir de la neige est annoncé sur les hauteurs, pile le jour du passage du Travers Saddle, culminant à près de 1800m. On verra bien. Les gens sont très chaleureux dans la hutte, composée quasi exclusivement de kiwis. Je serai même ébahi par un couple septuagénaire (au moins) qui à la vue du monde, préfère planter la tente pour être tranquille !

Jour 2: quand ça pisse, ça fait pas semblant

Je connaissais déjà la pluie en Tasmanie et sur l’île du Nord, mais cette journée restera dans les annales en terme d’humidité. Déjà, j’aurai été plus inspiré de partir plus tôt au lieu de roupiller jusqu’à 8h. Bref, je quitte la hutte dans les derniers et les nuages sont très présents mais il ne pleut pas encore. Le track longe le Travers river dont la hauteur n’est pas inquiétante mais sa largeur peut avoir un impact en cas de traversée. Pas de soucis à se faire étant donné que le track est relativement fréquenté, des ponts sont entreposés aux passages les plus critiques. Et pour l’avoir constaté les jours suivants, après une forte pluie, le niveau de l’eau augmente d’une façon (très) impressionnante si bien que le track devient inondé. La rando devient même du canyoning et nombreuses seront les traversées de petits torrents ou filets d’eau. Inutile de rêver à garder les pieds au sec.
Travers RiverPont suspendu pour traverser la rivière

Tout au long de la journée, en dehors de la rivière et des montagnes bouchées, le bush se fera omniprésent et c’est l’occasion de découvrir un nouveau monde, auquel je ne suis pas habitué. Il n’y a rien à faire, je me sens oppressé dans la forêt et dès que l’horizon se bouche:
Le bushMousse dans le bushTorrent d'eau

Rapidement, la pluie se met à tomber et devient suffisamment forte pour que je range l’appareil photo dans le sac à dos. Mon objectif est de marcher au plus vite pour me rendre à la hutte Upper Travers. Je suis déjà bien humide lorsque j’entrevois la hutte mais la traversée d’un champ de tussocks complètement inondé achève d’augmenter le taux d’humidité autour de moi. Je dégouline de partout en entrant dans la hutte sous le regard bienveillant des mêmes compagnons de la veille qui eux, en partant plus tôt ont eu moins de pluie ! Une accalmie passagère permettra le soir d’apercevoir le Mont Travers ainsi que l’environnement autour, au dessus de la bushline:
Upper Travers HutNuages se levant à la nuit tombante

Jour 3: La rando-canyoning, c’est sportif !

N’étant pas familier des lieux, je me suis arrangé avec Greg, un tramper très expérimenté pour l’accompagner dans la montée du Travers Saddle (1787m) si la météo le permet. Ce matin, la météo est bouchée et c’est seulement tardivement que Greg sentira le coup. Un américain nous suivra de près. Dès le début le décor est posé: l’humidité est aussi présente qu’hier dans le sol. Les pieds sont mouillés en même pas 10 secondes ! Il nous faudra une bonne heure pour arriver au col sous les nuages (le chemin est à composer soit-même entre les marqueurs) et juste à l’amorce de la descente, une éclaircie apparaît pour nous récompenser.
Montée du Travers SaddleDescente du Travers SaddleDescente du Travers SaddleDescente du Travers Saddle

La descente se fait très rapidement car nous sommes tout deux « very fit ». C’est assez plaisant de trouver pour une fois un partenaire le temps de quelques heures puisque l’on se séparera dans la vallée. Greg continue sur le circuit classique tandis que je prends le side trip vers Blue Lake. Quoiqu’il en soit, le track est devenu un pissoir géant avec de nombreux petits filets d’eau et champs de boue à traverser.

Une vraie aventure dans la jungle !

Étant donné qu’il pleut toujours par averses après les fortes pluies d’hier, de nombreuses cascades se sont formées pour finalement se jeter dans la Sabine River gonflée à bloc !
Sabine riverMontagnes et bushCascades d'eau

Je finis par arriver exténué à Blue Lake Hut après 8h de marche dans des conditions humides. Malgré le poêle réchauffant la hutte, l’ambiance est tout de même humide. Pour ne rien arranger une famille de trampers assez bruyante est installée là. Alors que j’éparpille mes affaires pour les sécher, je constate avec amusement l’eau accumulée dans mes chaussures, indication de l’humidité !
Chaussures gorgées d'eau

Jour 4: Aujourd’hui, c’est fun!

La veille, je m’étais dit: s’il fait beau, je grimpe le Moss Pass et revient passer une seconde nuit dans la hutte. A mon réveil ce matin, grand ciel bleu. Parfait ! C’est complètement reboosté que je m’engage sur la route vers le Moss Pass. En gros, il s’agit de faire sa propre trace et de suivre les marqueurs. Cela peut être parfois glissant et il est recommandé d’anticiper le terrain à venir. Tout au long de la montée, j’aurai le loisir d’examiner de près des raoulia eximia, une plante ressemblant à un mouton !
Beau temps au petit matinMontagnes du parc national des Nelson LakesSabine valleyRaoulia eximia

L’arrivée au col se fait par un pierrier terminal assez engagé. La prudence est de mise mais le passage ne dure qu’une centaine de mètres. Les vues offertes au Moss Pass (1785m) sont une véritable récompense pour le randonneur, d’autant que des résidus de neige, tombés récemment trainent à côté.
Randonneur admirant les montagnesMontagnes fraichement et légèment enneigés

La descente du pierrier se fera avec une petite appréhension car ce n’est pas tout à fait la même chose que la montée. En prenant mon temps, en me laissant glisser raisonnablement, pieds de travers et cul presque au sol, je viens à bout de ce pierrier.
Descente technique sur pierrier

La descente se fera tranquillement jusqu’à la hutte et après un bon gueuleton avec les moyens du bord ainsi qu’une sieste, je repars pour 1h de balade vers le lake Constance, considéré comme un des décors les plus alpins de Nouvelle Zélande, en aval du fameux Waiau Pass.
Lac Constance

Ainsi se termine une belle petite journée de balade dans la Blue Lake Hut. Sauf que, je ne vous ait point parler du Blue Lake. Etant régulièrement cité comme le lac d’eau le plus pur du pays, il attire de nombreux visiteurs. Il est vrai que ses couleurs sont assez fascinantes. Voici le lac pris depuis plusieurs points de vue:

Montagnes enneigés et Blue LakeBlue LakeBlue Lake

Jour 5: du bush, du bush, du bush

Aujourd’hui, c’est journée bush. Autant dire, mon « objectif » est de tracer au plus vite vers Sabine Hut afin de faire trempette dans le lac Rotoroa. Le beau temps semble enfin s’installer, cela dit, le track reste encore humide avec toujours des filets d’eau et champs de boue à traverser. Je commence à mieux voir les subtilités des forêts parfois remplies de mousse.
Sabine valley au lever du matinTrack dans forêt humide

Puisque le bush me semble peu varié ou peut être n’ai je pas l’œil assez affuté pour remarquer d’infimes détails, c’est ainsi qu’il y a un néant photographique jusqu’au lac Rotoroa qui jouxte la hutte Sabine. Quand je raconte mon « épopée » au ranger, elle semble complètement affolée de ma « performance » en me répondant:

ohhhh you are veeeery feuut (oui, j’exagère l’accent kiwi pour dire « fit »)

Le lac est parfait pour opérer un rafraichissement du corps. Personne à gauche, ni à droite, ni une, ni deux, je me jette à poil le temps de me débarrasser de ma crasse, avant d’être envahi par les sandflies ! Satanés sandflies qui boufferont complètement mes chevilles, car je ne les aurait pas recouvertes par la suite.

Lac RotoroaLac RotoroaLac Rotoroa

Jour 6: Retour à la civilisation

Il me restait suffisamment de bouffe pour que je puisse marcher encore 2 jours. Il était possible que je bascule sur le Robert Ridge avant de rentrer à St Arnaud mais cela incluait une ascension longue et difficile. Et puis surtout, je commençais à être fatigué. 6 jours de marche en pleine nature c’est déjà bien. Alors je me suis écouté et ait suivi l’appel du bush, presque malgré moi ^^

Mais bon, je vous jure. Sans cesse devoir regarder ou bien mettre ses pieds, faire attention aux racines d’arbre, aller à droite, puis à gauche avant de repiquer à droite, parfois traverser une rivière, un petit torrent ou un champ de boue. Puis surtout, n’avoir aucune vue, malgré 1h, 2 voire 3h de marche.

Ceci est le BUSH !
Le bushLe bushTrack dans le bush

Alors quand vous arrivez à un dégagement en dehors du bush ou encore à la Speargrass Hut, vous êtes HEUREUX. Même les australiens marchant au même rythme me le confirme !
Track en dehors du bushSpeargrass Hut

Encore 2h30 d’effort malgré une fatigue évidente, j’arrive au parking à proximité du Mont Robert distant de quelques kilomètres de Saint Arnaud. Une famille se chargera gentiment de me ramener downtown.

Les informations à savoir

Le circuit en lui-même est 80kms et peut être parcouru en 4/5 jours. Après l’intérêt qu’il présente, outre sa variété de paysages, ce sont les nombreuses connexions et sides-trips possibles permettant de constituer des parcours à la carte jusqu’à 8/9 jours de trek si on pousse jusqu’à la vallée d’Urville. Les informations peuvent être consultées sur le site du DOC ou par PDF. Par exemple, en plus du circuit aller au Blue Lake ainsi que monter au Lake Angelus sont des options recommandées.

Malgré que la région Nelson soit une des plus ensoleillées du pays, il s’agit d’une zone bien montagneuse et la pluie y tombe jusqu’à 2m d’eau par an. Donc, comme partout ailleurs en montagne, il est nécessaire de bien se renseigner sur la météo. Un des avantages du track est que vous n’avez pas trop à vous soucier du niveau de l’eau, puisque des ponts sont entreposés lors des traversées des principales rivières.

Le track n’est pas une Great Walk mais les huttes sont du même standard: très confortables et grandes. Enfin tout est relatif. Par contre, le track n’est pas de qualité Great Walk: on est vraiment sur du tramping track avec parfois de la technicité demandée, notamment en zone montagneuse. Ce n’est donc pas réservé à tout le monde, surtout si les conditions météo sont humides. Toutefois, le marquage est bon, et il n’est pas nécessaire d’avoir un bon sens de l’orientation.

Enfin, comme le track démarre à Saint Arnaud, il s’agit ni plus ni moins d’un des tracks les plus faciles d’accès que j’ai effectué !