Derrière ce nom peu évocateur se cache un « sentier » de randonnée néo-zélandais parmi tant d’autres. Sa spécificité est d’être emprunté par le fameux TeAraroaTrail qui parcoure tout le pays du Nord au Sud.

Alors lorsque j’étais bien tranquille, logé chez une famille à Burkes Pass en HelpX non loin du Two Thumbs Range, John le père de famille me convainc finalement de me lancer sur un dernier trek.

C’est véritablement une « micro-aventure« , seul le balisage sous forme de piquet orange est de secours. Entre deux piquets, c’est débrouille-toi et trace ta propre route !

Jour 1: Une randonnée engagée: peurs et appréhensions.

Ciel bleu et aucun nuage à l’horizon: ça annonce une belle et chaude journée .. Bof bof. Mais quand il faut y aller, faut y aller. Un dernier coup d’oeil dans les alentours du magnifique site qu’est Mesopotamia et c’est parti tout droit sur la piste pour l’instant encore carrossable.

Randonneur au début du Two Thumbs Track

Rapidement la piste disparaît jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sentier du tout. C’est du off track tout court dans le maquis. Il faut juste bien repérer les plots oranges. Ce qui n’est pas évident au début. A noter que les premiers signes de l’automne se manifestent.

Début du Two Thumbs TrackBush Stream

Puis par la suite, je longe la rivière en la traversant 13 fois exactement, j’ai compté. Cela ne se fera pas sans anxiété. Je sais que je me lance dans une randonnée engagée, la moindre erreur peut se payer cash. La première traversée de rivière se fera très prudemment puis les suivantes se feront nettement plus facilement, la peur se dissipant. L’eau parvient toutefois jusqu’à la taille, mais ma technique de traversée (avec les bâtons face au courant de l’eau chaussures aux pieds) est bonne. Finalement après en avoir fini avec la gorge, je monte sur les hauteurs pour rejoindre une hutte. En regardant en arrière, je mesure le chemin parcouru depuis Mesopotamia et la rivière Rangitata.

Bush Stream depuis Mesopotamia (à traverser 11 fois)

Une fois passée la hutte, il s’agit de monter un col à près de 1500m. La montée sous la chaleur est pénible mais la récompense m’attend en haut. Il n’y a là que de la nature brute et pas un chat à l’horizon ! L’ensemble est assez désertique, assez terne. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus spectaculaire mais rajoutez un peu de neige et ça doit donner quelque chose d’assez idyllique.

Randonneur contemplant le désert

La descente de ce col laisse place à une technique pour descendre rapidement: du rock surfing. Il s’agit comme au ski de se laisser glisser tout en jouant avec ses pieds. Un vrai plaisir jouissif après la longue montée:
Session de rock surfing à venir !

La suite laisse place à du « off track » le plus brut qu’il soit. Il n’y a plus aucune trace. Je gambade dans les tussocks tout en gardant dans un coin de l’oeil le prochain piquet orange. Ça n’a pas l’air mais ce n’est pas si facile que ça. Les tussocks sèchent facilement et deviennent glissantes, d’ailleurs ça ne manquera pas, je me laisserai glisser plusieurs fois, tout en contrôle (ou presque ^^).
Tussocks arides !

J’arrive finalement assez tôt à Stone Hut et je serai le seul à profiter de l’ambiance rustique du refuge, ce soir là. Ce n’est pas un mal, la solitude dans la nature est ici plaisante et pleinement vécue.
Intérieur de Stone Hut avec guest book !Intérieur de Stone Hut

Jour 2: Une récompense attend toujours le randonneur

Étant en altitude autour de 1200m et sans le contact du soleil encore caché, la première traversée de rivière à la sortie de la hutte est plutôt…très fraiche ^^

Après plusieurs traversées, je retrouve avec plaisir le soleil (pas pour longtemps ^^) et les tussocks. Le plaisir de profiter de cette liberté la plus totale m’envahit. Peur au début, réjouissance par la suite, c’est assez souvent comme ça que j’appréhende les grands espaces.
Session de tussock jumping !Track suivant la rivièreArrivée sur Royal Hut

La petite parenthèse du jour: Royal Hut est nommé ainsi car le Prince Charles et la Princesse Anne ont visité cette hutte lorsqu’ils étaient enfants. La famille royale, des trampers ? Hum, à méditer.

Royal Hut

Après une petite pause, il s’agit maintenant de monter vers le Stag Saddle, culminant à 1925m. Autant vous dire, c’est physique en tirant « tout droit » dans les tussocks. Avec la chaleur, c’est même très physique. De nombreuses pauses seront nécessaires. Grimper un col sur un sentier est déjà difficile, mais sans sentier clair, c’est une autre paire de manches !
En route vers Stag SaddleVallée désertique en dessous du Stag Saddle

Mais tout accès à un col offre forcément une récompense. Il s’agit de rejoindre facilement les crêtes du Stag Saddle pour admirer toute la chaîne du Mont Cook National Park jusqu’au Lake Tekapo. Mais pour cela, il faut faire un peu d’orientation pour ainsi profiter des vues tout simplement splendides !
Carte du randonneurRandonneur contemplant le massif du Mont CookRandonneur contemplant le lac Tekapo

Cretes du lac Tekapo vers le Mont Cook

Cliquez pour avoir le panorama plus large

La suite est une partie de plaisir sur les crêtes jusqu’à ce que j’ai un doute sur l’orientation à suivre. Je décide donc de quitter les crêtes pour récupérer le « tracé » avec le balisage orange. Sauf que là ce n’est plus une partie de plaisir du tout. Entre traversées de rivières, tussocks agressifs et autres plantes pointues sans compter des marécages et sol s’affaissant sous les pieds, je galère littérallement pour arriver à Camp Stream hut.
Arrivée sur Camp Stream Hut

Camp Stream Hut est une hutte rustique. Avec une âme et de nombreux objets laissés par les précédents visiteurs, classiquement des randonneurs ou des chasseurs:
Camp Stream Hut

N’ayant presque vu personne depuis plus de deux jours (ce qui est rare sur les sentiers en Nouvelle-Zélande) je profite du coucher de soleil et du ciel étoilé avant d’aller me coucher:
Coucher de soleil Camp Stream HutCiel étoilé depuis Camp Stream Hut

Jour 3: Ca aurait pu me couter cher…

Ce matin tout allait bien, je quittais Camp Stream Hut pour revenir à la civilisation après ces 72 heures dans une quasi liberté totale. Mais cela aurait pu me couter cher.
Camp Stream HutVallée

En effet, alors que je suivais tranquillement et avec la joie du retour le marquage orange, je le perds. Je ne m’affole pas sur le coup, car il arrive parfois que les piquets orange soient très espacés et d’ordinaire, je me fie à mon instinct pour le retrouver. Un wallabie se montre même à mon grand étonnement.

Je longe donc la rivière comme souvent en Nouvelle-Zélande. Sauf qu’en avançant aucun signe du marquage et le terrain se dégrade réellement. Je finis par tourner en rond et tente (bêtement avec du recul) de forcer le passage en traversant les rivières et en sautant entre les arbustes ou encore de suivre divers marques au sol me faisant monter alternativement à droite ou à gauche depuis la vallée,  rien aux alentours ne ressemble à des piquets oranges. Après une heure et demie je prends la décision de revenir en arrière jusqu’à au dernier piquet orange. En faite, le « sentier » montait brusquement à gauche et laissait de côté la rivière.

Et voilà une erreur, et de une.
Vallée avec lac Tekapo au fond

En gros sur cette photo, vous voyez la vallée ou j’essayais d’avancer coute que coute alors que ça passait difficilement, sous peine de détruire son short et tee-shirt avec les arbustes coupants.

Mais ce n’est point fini.

Alors que je rejoins la partie la plus facile, mon pied rippe bêtement (encore !) et je me foule la cheville gauche. Encore. Mes chevilles sont fragiles, c’est pas pour rien que je randonne toujours en chaussures montantes. Alors du coup, je marche sans m’arrêter, près de 13kms durant. Soit 2h30 pour rejoindre la route.
Steppe du Mackenzie Country

Finalement la foulure ne semble pas trop importante et le rythme de marche rapide permet de rejoindre la route et la civilisation par la même occasion sans de problèmes. Il est possible de continuer 16kms durant pour rejoindre Lake Tekapo. Mais je choisirai une autre option: le stop pour rentrer à Burkes Pass.

Les infos sur cette randonnée

Comme cette randonnée est traversée par le TeAraroaTrail, les informations sont très complètes allant du descriptif aux cartes. Ca se trouve ici.

Elle fait 55kms et se parcourt raisonnablement en 3 jours. L’accès à Mesopotamia en stop est possible mais il faut compter sur la chance.

GPS pas obligatoire, mais il est nécessaire d’avoir boussole et carte sur soi. Le portail New Zealand Topo Map permet de pouvoir éditer ses propres cartes.

Le parcours sur les crêtes du Stag saddle est vivement recommandé pour profiter des vues du Mont Cook au Lake Tekapo. Le « tracé » est aisément identifiable pour cette portion. Ailleurs, c’est très souvent du « off track ».

Les huttes sont gratuites de par leur confort rustique, il est possible de camper aussi librement. L’eau n’est pas un problème, les tussocks et autres plantes coupantes le sont ^^