Vous avez lu mes différents billets sur mon grand voyage de 6 mois en Océanie et vous voilà rendu avec la bonne idée de vouloir faire pareil. Oui mais, l’expérience du voyage en solitaire vous rebute ? Vous ne savez pas comment vous organiser et par où commencer ? Peur de vous perdre dès la première grande ville ? Ou tout simplement, peur de l’inconnu ?

Les problèmes du voyage en solitaire ne s’appliquent pas qu’à la gente féminine, cela concerne aussi la gente masculine avec quelques spécificités bien entendu !

Par thématique, je vais apporter mon retour d’expérience de voyageur solitaire. Ceci n’est que le fruit de ma propre expérience, donc notez que je ne saurai vous conseiller quoi faire, mais plutôt d’éclairer votre propre voie.

L’idée de voyage au long cours

Ne croyez pas que je suis venu au monde avec ce « rêve » de faire le tour du monde ou quoique cela soit. Bien que j’aimais partir en vacances (très souvent en montagne) je n’avais pas voyagé jusqu’à mes 20 ans.

Progressivement j’y ait pris goût jusqu’au jour où je découvre qu’il est possible de voyager plus que quelques semaines. Dès lors, l’idée d’un long voyage ne cesse de me ronger l’esprit durant plus d’une année.

Je me suis longtemps dit « si je ne le fais pas, il ne se passera rien ».

C’est ensuite mon intuition qui me guidera jusqu’à la prise de décision finale malgré la peur de « lâcher » le confort établi. Ensuite, il a fallu convaincre mes parents que cette décision m’appartenait, qu’ils devaient la respecter et que tout se passerait bien malgré leur incompréhension « légitime » au départ. Après coup, ils en sont plutôt fiers ^^.

C’est ça le message que je veux faire passer: écoutez votre intuition sur vos envies, faites abstraction de vos doutes et laissez murir le projet.

La relation avec le travail

Malgré que j’avais entamé des discussions sur le sujet, mon employeur de l’époque n’a pas voulu m’accorder de congé sans solde. Je ne pouvais prétendre au congé sabbatique, par manque d’années de travail. Le milieu de mon travail étant ce qu’il était, il me semblait difficile d’y rester 6 ans avant de faire ce projet. Je me voyais très mal le reporter ad vitam eternam et j’ai donc choisi de démissionner, sachant que je retrouverai aisément un travail au retour (2 propositions dans les 2 mois suivant le retour dans les faits).

La seule nuance que j’apporterai aurait été de négocier une rupture conventionnelle sans les indemnités pour ainsi garder les droits au chômage. En démissionnant, c’est un risque j’ai pris. Maintenant avec le retour, je n’ai plus les mêmes aspirations et je n’accepte plus de la même façon les contraintes qu’auparavant. On verra ce que réserve l’avenir de ce côté là.

Avant de partir, faites le point sur vos envies d’évolution professionnel. Beaucoup de voyageurs rentrent en n’ayant plus les mêmes aspirations. Avec ce voyage, ça peut être le bon moment pour changer de cap.

Le financement du voyage

Là, pas de secret. J’ai voulu être totalement indépendant et ai tout financé de moi-même avec mes économies. Seuls quelques coups de pouce m’ont été apportés (voir ici). Mon éducation m’a amené à avoir un train de vie économe et à me contenter de peu (pourquoi acheter 5 paires de chaussures quand une peut suffire ?) pour ainsi plus d’argent de côté. Malgré que le budget pouvait être conséquent (10k€ tout compris pour la Laponie et l’Océanie) vis à vis de pays d’Asie du Sud Est ou d’Amérique latine, je me suis servi des réseaux et techniques permettant -entre autre- de moins entamer le budget. Ceux qui ne peuvent pas beaucoup économiser y trouveront leur compte:

  • l’hébergement chez l’habitant avec Couchsurfing;
  • le volontariat avec HelpX;
  • déplacement en auto-stop;
  • nombreux treks permettant de camper et d’utiliser des huttes.

Les moyens cités, outre leur économie sont une excellente incitation à l’ouverture, à un voyage plus expérimental. Aussi, en vue de vos économies, vous pouvez faire le point de vos besoins réels (je viens de donner un exemple avec les chaussures mais qui ne concerne que moi) et ainsi dégager des postes de dépense superflus en vu du voyage.

affaires avant voyage

L’appréhension au départ

Oh oui, que d’appréhension au départ. J’ai eu le cœur serré lorsque je me suis rendu compte que je lâchais mon job. De plus, je vidais mon appartement la veille de mon départ ! Avec le stress, la fatigue est venue se rajouter, si bien que le début du voyage a été très laborieux !

Ce n’est qu’après quelques jours de voyage que toute la liberté a pu prendre place sur l’inquiétude.

Donc, à retenir: éviter de déménager la veille de votre départ, ça risque de vous fatiguer inutilement !

Partir seul

Malgré l’approbation de mes amis vis à vis du projet, personne n’était disponible ou plutôt assez fou pour me suivre. Mais surtout, j’avais envie de faire les choses à ma façon et longtemps. Et ça c’était très important pour moi. Je suis d’un caractère très indépendant donc être seul et faire les choses seul ne me pose aucun soucis. Ensuite pour ce qui est des relations aux autres, je pars du principe que les gens sont de confiance et qu’en cas de « danger » le clignotant rouge s’allumera quelque part au fond de moi. Cela revient à dire de s’écouter, de suivre son instinct. De même, les gens que vous croisez peuvent eux aussi avoir peur. Il m’est même arrivé d’entendre:

J’ai autant de raisons que toi de ne pas avoir confiance. Tu pourrais bien prendre ma voiture.

Je n’avais pas d’appréhension sur ma débrouillardise en route, puisque j’avais déjà expérimenté 3 semaines de voyage en solitaire. Au pire du pire, j’avais ma tente pour dormir n’importe où. Néanmoins avoir ce tempérament n’exclut pas le besoin de contact social, au contraire même ce n’est pas incompatible.

Partir seul pour un voyage de quelques semaines est une bonne étape pour se roder avant de partir plus longtemps. Et enfin, suivre son instinct !

AutostoppeurL’organisation sur la route

Habitué à voyager, je pars dorénavant sans guide pour constituer moi-même les découvertes. Cela ne veut pas dire que j’évite les endroits touristiques mais que c’est le hasard qui m’y porte ^^. Finalement, Internet et les fameux blogs de voyage (quand ils sont bons) constituent un très bon palliatif aux guides en amont.

Il n’y a donc pas vraiment d’organisation. Sauf pour une chose: le logement quand c’est en grande ville.

C’est assez pénible de débarquer sans aucune adresse et devoir faire plusieurs aller-retours avant de trouver une place… C’est pour cela que je note souvent l’adresse d’un backpacker ou alors je réserve en ligne pour être tranquille. Les demandes de Couchsurfing commençaient environ 1 semaine avant, tandis que les demandes de Helpx plutôt 2 semaines à 1 mois avant. Et encore, certaines offres sont déjà réservées depuis des mois…

En dehors du logement en grande ville, pas d’organisation, tout au feeling. Je me déplaçais en auto-stop et étais donc sans contraintes horaires. Une question ? Direction l’office de tourisme ! Ayez du recul cependant, les réponses données peuvent être (très) orientées comme à Dunedin ou l’on me conseillait un tour grassement payé pour observer les pingouins de la Péninsule d’Otago sinon c’était unlikely de les voir. Alors que la vérité est tout autre.

Que retenir de tout cela ? Au début d’un long voyage, vous aurez peut être tendance à tout organiser pour garder un « semblant » de contrôle mais là aussi dans les faits, il y a des chances que vous finissiez par vous laisser porter, et ce avec plaisir !

La solitude sur la route

Quand on voyage seul, on est maître de ce qui peut arriver. On peut choisir d’aller au contact de voyageurs dans un backpacker ou de locaux dans les rues mais à l’inverse on peut tout autant vivre/subir un certain dénuement quand on est perdu dans une ville dont on ne parle pas la langue du pays.

Voyager dans des pays anglophones simplifie la donne puisque la langue parlée est globalement commune à celle des voyageurs.

Cela dit, pour avoir passé de nombreuses soirées dans des backpackers, j’ai trouvé que la communication n’était pas si facile à établir, notamment quand le sigle Wifi était affiché à l’entrée: les voyageurs étaient plus préoccupés à leur smartphone qu’à autre chose (moi inclus). D’où une certaine solitude subie. Du coup, sans vergogne je me retournais plus facilement vers les campings.

A l’inverse, je partais régulièrement sur les sentiers de Tasmanie ou de Nouvelle-Zélande, des endroits à priori peu propices à des grandes assemblées générales. Et bien pourtant, dans la mince chaleur des huttes, nombreuses furent les discussions avec souvent des locaux. Et là, pas de smartphone.

Enfin, il n’empêche que lors de certains treks j’ai pu profiter d’une solitude totale, celle qui est voulue, paisible et dont la nature affine vos sens. Là, je me sentais tout sauf seul !

En gros, comprenez bien que la solitude sur la route, c’est vous qui la choisissez en fonction de vos aspirations, envies. Si vous la subissez, changez et allez vers les autres !

PommesLes coups durs

Ne croyez pas qu’un voyage au long cours soit de tout repos. 2 mois environ après mon départ, je commençais déjà à faiblir moralement, par à coups, jusqu’à ce qu’un gros coup de mou renda impératif le fait de me poser en HelpX. Et c’est là qu’intervient la magie d’Internet avec Facebook, Skype et les emails pour se re-familiariser avec ses proches, ainsi qu’un vrai lit qu’on ne quitte pas au bout de 2 jours et des gens que l’on peut prendre le temps de connaître.

Etre tout le temps sur la route demande une sacrée force morale car on est tout le temps hors repères, dans l’inconnu et l’instantanée. Cela demande aussi une sacrée condition physique car il faut souvent porter son sac à dos, si ce n’est faire des activités sportives et gérer les « contraintes » des lieux de vie type backpackers ou campings.

Tout cela est usant, vraiment.

Et quand un petit grain de sable vient perturber notre belle mécanique alors qu’on devrait être relax, eh bien ça peut vite partir en sucettes.

Au final donc, ne pas négligez des pauses si on est tout le temps sur la route… Quelques jours par ci et là. Un rythme soutenu deviendra vite infernal et vous lèverez le pied, c’est certain. Surtout et avant tout, écoutez-vous, c’est votre petite voix qui vous commande !

Si je devais refaire un projet de long voyage, j’irai plus lentement en mode mixte nomade-sédentaire. Pour cela, le système Helpx ou Wwoofing est très bien et pour ceux qui le peuvent, en étant nomade digital.

Les trucs et astuces qui me sont propres

  • Je suis parti avec 2 cartes bancaires différentes et de banques différentes en cas de problèmes, et les banques avaient été prévenus
  • Au cas où l’appareil auditif tombait en panne, j’avais un appareil auditif de rechange (l’ancien à vrai dire)
  • Rasage tous les 10 jours avec salon d’alep: à la dure ! Quant à la tête, j’essayais de trouver quelqu’un ayant une tondeuse, avant de souvent finalement me rabattre vers les barbers qui le faisaient pour 10$. Shave the bush qu’ils disaient
  • En lien avec un rasage régulier, ça fait « propre » quand il s’agit de faire de l’auto-stop. J’enlevais systématiquement lunettes et autres bluffs. Même si les coups de soleil venaient ! Selon les cas, je mixais en auto-stop actif au feeling et passif sur le bord d’une route, souvent en sortie de ville et/ou avant/après un turn-off
  • Ma famille proche était systématiquement au courant de mes déplacements sur plusieurs jours et en plus, un back-up sur place (qui se reconnaîtra peut-être) assurait mes arrières quand je partais pour un trek de plusieurs jours
  • Je n’ai pas de conseil particulier pour une trousse de « secours » notamment quand on est seul (c’est nettement plus compliqué), mais sinon inspirez vous de ceci sur Randonnée Léger même si elle est à mon sens trop complète. L’huile de tea tree est un passe-partout impressionnant à en juger la liste des bienfaits. Enfin le rouleau de PQ c’est super, mais surtout pensez à le mettre dans un ziplock. En cas de pluie, votre PQ reste au sec ! Pratique.
  • Mes papiers ainsi que tous les détails relatifs au voyage avaient été numérisés et hébergés sur un site facilement accessible. Cela sert en cas de perte/vol de passeport par exemple
  • J’avais dans mes contacts mail liés à ma santé: mon audioprothésiste ainsi que mon allergologue. D’ailleurs, sur place, les allergies au pollen étaient vraiment handicapantes par moment et j’ai fini par trouver l’antihistaminique adéquat en libre achat. Sinon, l’huile d’estragon est le mieux qui se fait en solution naturelle.
  • Cela ne me dérangeait pas de laisser mon sac et mes affaires en vrac dans un dortoir d’un backpacker. Mais quand je partais, c’était jamais sans ce petit sac léger et pliable qui contenait TOUT ce qu’il ne fallait SURTOUT pas voler ! En gros, mes papiers, mon appareil photo et mes cartes SD. Le reste, servez-vous, ce n’est que du consommable !

Embarquement avion Hobart

Le retour

Je me rappelle très bien des instants précédent l’embarquement dans l’avion du retour à Auckland. Je vois un poster de Queenstown avec les montagnes de l’Otago en arrière plan. Les images en accéléré des souvenirs les plus marquants alors défilent dans ma tête jusqu’au début du projet. Je commence à mesurer l’impact que ce voyage aura pour le reste de ma vie. Quelques larmes s’échappent de mes yeux embaumés. Difficile de me retenir.

Ce projet « fou » qui aura fait sortir ma vie sur des rails alternatifs le temps de quelques mois symbolise une pierre importante de mon existence. Personne ne m’a ordonné quoique cela soit, aucun système n’est venu me dire quoi faire. Vous pouvez lire mon ressenti à chaud ainsi que mon ressenti à froid, 1 an plus tard.

Au delà de cette parenthèse philosophique, que dire sur le retour ? A chaque voyageur, un retour différent. Il y a trop de paramètres pour en donner des généralités mais ce qui est certain, c’est qu’il faille tout reconstruire à 0: sociabilité, logement, travail. L’article suivant peut aider à mieux gérer le choc du retour.

 

Voilà pour ce retour d’expérience qui j’espère convaincra potentiellement des voyageurs et voyageuses à se lancer en solo !