Je vois. Un retour aux sources.

Cette sentence m’est familière. Je l’ai entendue de multiples fois quand j’ai claqué ma dem’ pour partir en Océanie. Un responsable d’offres d’installation agricoles d’une chambre d’Agriculture la ressortie du placard à la vue de nos CV respectifs avec ma potentielle future associée.

Mécaniquement j’ai pensé de nouveau au voyage.

Mine de rien cela en est un. Peut-être que terre sableuse‚ matière organique‚ faux-semis‚ engrais vert et auxiliaire de culture ne vous dit rien ?

Balayant tous les préjugés du passé, le métier de paysan est en pleine mutation, il doit dorénavant développer des compétences multiples allant de l’agronomie, la biologie, la gestion financière, l’organisation, la mécanique et j’en passe encore. Parfait pour quelqu’un qui aime multiplier les casquettes.

En même temps des sentiments contradictoires sont apparus depuis.

Du rêve à la réalité

Je ne peux pas vous cacher que secrètement au fond de moi en venant vivre dans les Alpes, je m’imaginais exercer ce métier en me levant le matin avec le ciel orangé percé par les montagnes. Eh bien même si elles ne seront pas très loin, je ne verrais rien de tel non loin de l’est lyonnais si le projet venait à voir le jour, car on en est encore loin. Mais s’installer est si difficile qu’il serait dommage de faire la fine bouche.

Une autre difficulté et pas des moindres est celle de l’association en elle-même. Tout et absolument tout nous lierait, tel un véritable engagement humain ce qui est nouveau pour moi, l’égoïsme est ici aboli. C’est la facette communication du métier.

Ma vie personnelle et sociale en prendrait aussi un sacré coup. Et les voyages ?

Sans regret. Pour l’instant. Cela n’est plus obsessionnel, le voyageur que j’ai été le restera toujours dans un coin de mon âme. Si nécessaire, le hasard du destin saura m’aiguiller vers de nouveaux projets de voyage. Au détour d’une conversation, ma potentielle future associée me lâche, réaliste:

On ne maîtrise rien. Pourquoi se faire des soucis ?

C’est ce même hasard du destin qui a fait revoir à la baisse mes ambitions en me contraignant à les prendre une par une. Depuis une hospitalisation conséquente qui sonna comme la rupture brutale d’un mode de vie révolu et la fin d’une certaine innocence, le credo a été de ne plus rien attendre mais de faire avec prudence. La vie ne donne rien gratuitement c’est tout à chacun de se créer les opportunités. Quand on ne peut pas obtenir les choses que l’on désire alors pour sa survie, pour ne pas dépérir, changer son espoir devient salutaire.

Alors depuis, je tente de faire et de créer par moi-même pour enfin me rendre utile à mon modeste niveau aux autres. Ce projet, s’il se concrétise, c’est aussi ma manière de faire de la politique, pour ne plus ignorer les sujets qui à mes yeux sont devenus primordiaux: la nourriture et l’eau.

Expliquer que la réintroduction d’une biodiversité riche est fondamentale pour une agriculture biologique moins polluante, car malgré tout elle le reste. Ressasser que oui, le prix est justifié pour que l’on soit capable de se tirer un revenu, tant d’agriculteurs paient juste le fait de nourrir les gens et se contentent du RSA. Et enfin faire comprendre que les carottes ont beau être tordues, pas belles ou segmentées en deux ou trois, elles sont tout aussi bonnes que les « normales ».

Et nous vous souhaitons un agréable voyage

Là où je veux en venir dans ce billet, c’est que le blog est maintenant en roue libre. Peu importe si ce projet ou un autre va au bout, je n’ai plus le temps, ni la motivation, plus rien à dire et surtout bien d’autres occupations que d’écrire une quarantaine d’articles par an dans cette nouvelle vie en dehors des écrans. Un bilan rédigé l’année dernière était déjà un prémisse de cette fin que je me refusais encore de voir. Il reste toujours dans un bloc notes des idées d’articles à rédiger.

Avec ce blog, je n’ai jamais pensé « facilité et mollesse pour plaire au lecteur » mais plutôt « expérience à prendre ou à laisser ». J’ai sacrifié le plaisir de l’égo à la vue des statistiques d’audience pour l’écriture sans arrières pensées. Force est de constater que mon écriture brute de décoffrage et trahissant mon manque de culture littéraire a souvent laissé indifférent, malgré que j’y ait mis du coeur. Toujours.

Et c’est ça qui compte à mes yeux.

Il est possible qu’avec ce projet agricole, je tienne un blog pour amener un peu de communication et prolonger ce plaisir de l’écriture. Plus tourné vers des lecteurs et acheteurs locaux‚ plus technique que dans le ressenti‚ cela n’empêchera pas d’être intéressant à vos yeux !

Et nous vous souhaitons un agréable voyage

Désormais je dis au revoir à la posture du pigeon voyageur pour adopter celui de l’arbre qui s’enracine dans le sol, nécessaire pour l’éclosion d’un tel projet. Plutôt que de céder à la facilité du nomadisme, cette fuite en avant qui me pend au nez, je préfère essayer de construire quelque chose et tout en cherchant le challenge. Sinon mon cerveau entre ses deux pôles est en perdition, il lui faut toujours autre chose.

Le vrai voyage en somme, celui de l’intérieur. Je serai heureux de ma vie à la fin de mes jours si je peux évoquer les milles et unes vies vécues.

Et plus tard ? Qui sait ?

Vous êtes prêts ?

Et nous vous souhaitons un agréable voyage

PS: Un grand merci à A, Ca, Ch, D, F et T. Sans eux je ne serai probablement pas là.

mont_grelle