L’idée pourrait paraître saugrenue à certains: faire Grenoble – Chambéry « on rentre à la maison » à pied en passant par la Chartreuse et ses hauts plateaux. Mais quand je dis de Grenoble à Chambéry, c’est vraiment porte à porte !

L’itinéraire ne laisse pas trop de souplesse et reste somme tout classique en suivant les hautes routes des versants Est du massif, côté Grésivaudan donc. La chaleur est au rendez-vous en cette fin de mois de Mai et vient mettre son grain de sel pour cette traversée plutôt sportive. Jugez en plutôt: au programme 76km de marche pour près de 4700m de dénivelé en 3 à 4 jours de marche. Je me vois d’avance râler, soupirer et grommeler dans les cols face à mon impuissance à bien tolérer la chaleur tout en m’efforçant d’épargner le pote Matthieu de ce genre de sentences:

il fait trop chaud, j’y vais pas. On rentre

Et c’est là où est toute la différence par rapport à mes randonnées solitaires d’antan. Parce que je suis accompagné, je me surpasse en recevant de l’énergie de l’autre mais aussi pour ne pas le décevoir. Mon égoïsme d’antan s’efface petit à petit avec le temps.

10h, jeudi 25 Mai, Grenoble.

Grenoble depuis la Bastille

Le covoitureur nous dépose au pied de la Bastille et la chaleur s’accapare de notre corps directement ce qui ne manque pas d’entamer le moral. Devant nous, ce sont 1700m de dénivelé qui nous attendent avant un bivouac libérateur sur le flanc Est de Chamechaude (2082m), le sommet de la Chartreuse. Ne me demandez pas le total d’eau englouti, il est astronomique au point qu’un manque nous contraint à puiser dans un petit torrent en pariant sur sa bonne qualité. En effet, en partant de la vallée, la première journée ne pouvait être qu’une succession de montées parfois raides, heureusement en sous bois la plupart du temps. Heureusement depuis la Bastille et le Fort St Eynard les différentes vues sur Grenoble, la plaine de Voiron, la vallée du Grésivaudan offrent des belles récompenses.

Randonneur admirant Grenoble au loinFlore au dessus de la vallée du GrésivaudanPromontoir près du Fort St Eynard dominant la vallée du Grésivaudan

La seconde et la troisième journée, hors de la civilisation et toujours au delà de 1300m avec souvent en vue des villages au loin sont similaires avant que la dernière, se déroule principalement en descente expédiée en une poignée d’heures pour profiter pleinement du Dimanche. L’agencement des étapes s’est faite en fonction des possibilités d’approvisionnement en eau, le problème numéro 1 du randonneur en Chartreuse. Du fait des formations calcaires, l’eau ne reste pas en surface et a tendance à s’écouler. Y venir fin Mai est une bonne période tandis que je prédis des difficultés à ceux qui tenteraient l’expérience en Septembre après l’été. Il est judicieux de repérer sur les cartes topographiques les emplacements de citernes, fontaines et sources et même de demander aux autres randonneurs.

Bivouac au petit matin au pied de ChamechaudeChamechaude côté Est, toujoursChamois passant furtivementSur les crêtes en direction du col de BellefondCabane de l'AlpettazCoucher de soleil depuis l'Alpettaz

Le parcours passe à proximité de prestigieux sommets du massif de la Chartreuse, comme la Dent de Crolles (2062m) définitivement plus impressionnant depuis la vallée du Grésivaudan qu’au sommet. L’accès depuis le col du Coq se fait par deux chemins possibles: le premier que l’on m’a présenté comme dangereux à travers les rochers parfois glissants et raides (pas de l’Oeille) et le second à travers des trous calcaires si fins (trou du Glaz) qu’ils nécessitent d’utiliser des cordes pour passer le sac à dos si d’aventure il est trop gros. Finalement, les deux passages se valent, celui par le trou du Glaz est juste plus long.

Vers le trou du GlazLe Trou du GlazRandonneur qui regarde aux jumellesLa Dent de CrollesSur les crêtes de la Dent de Crolles

Un autre sommet emblématique est celui mythique, du Mont Granier (1933m). Bien connu des chambériens, les accès sont multiples mais tous ont leur part technique avec au minimum des échelles et mains courantes à utiliser dans des portions un peu aériennes. Depuis le col de l’Alpette, le mont Granier se mérite, avant d’y accéder il faut contourner toute une longue barrière rocheuse parmi de nombreux lapiaz, encore. Et au sommet, encore une fois une belle récompense pour peu que les nuages ne s’y attardent pas.

Depuis le Mont GranierDepuis le Mont GranierLa descente du col de l'AlpetteLes granges de Joigny

Malgré que les panoramas aient été quelque peu bouchés sur ces deux sommets prestigieux, ce sont surtout les plateaux qui retiennent mon attention: le vallon de Marcieu et l’Alpette sont un régal de marche donnant un semblant de grand espace désertique. Mais ce mot n’a de sens que pour le paysage, durant ces journées de marche durant un WE de grand pont, nombreux sont les randonneurs ayant eu la même idée de la quête du retour à la nature, en plus de fuir la chaleur. Cela fait déjà quelques années que j’ai abandonné de trouver des endroits en France ou il soit possible de marcher sans rencontrer grand monde.

Le vallon de MarcieuDescente du col de Bellefond vers le vallon de MarcieuDans le vallon de Marcieu, sorte de Mongolie

10h45, dimanche 28 Mai, Chambéry
Le bassin chambérien

Un peu plus de 3 jours ont été nécessaires à cette traversée de la Chartreuse, qui malgré sa faible altitude n’est pas des plus aisés à marcher. En sous-bois, ce sont souvent des blocs de pierre calcaires ou des racines d’arbres qui gênent le passage et il faut toujours regarder ou poser les pieds. En zone de plateau montagneux, les lapiaz sont nombreux et obligent à la vigilance. Quand aux montées et descentes, tantôt courtes et nerveuses ou longues et épuisantes elle ne nous laissent pas de marbre avec cette impression de monter pour arriver en vallée et de descendre pour arriver au sommet.

Comprenez ce que vous voulez mais en tout cas nos jambes eux l’ont bien senti ! En résumé, marcher en Chartreuse ne ressemble en rien aux randonnées bien plus alpines et plus faciles mais plus hautes.