Cet article n’était pas prévu. Comme tous ceux qui sortent spontanément depuis ma retraite blogo-istique. Je trouve que cela me sied mieux.

Cette virée dans le Vercors n’était pas prévue. Comme souvent depuis que je vis au jour le jour avec cette incapacité à me projeter dans le temps. Je trouve que cela me sied mieux.

Cette idée m’est venue alors que j’étais dans les champs. Au calme, le travail est propice à la réflexion et parfois des décisions spontanées et saines viennent alors. J’avais envie de bivouaquer seul et de renouer avec la sauvagerie de la réserve des hauts plateaux du Vercors. En vrai, les véritables grands espaces me manquent.

Poto, note que je compte camper vers le sommet de Montaveilla là ou j’ai pas pu aller cet Hiver

est mon signalement pré-départ. Que je n’ai bien entendu pas respecté du tout.

plaine_queyrie

plateau_vercors_mont_aiguille

Il faut le dire, après quelques semaines de travail en plein air, je carbure avec une énergie folle vers le pas des Bachassons premier point de passage depuis le départ d’un grand parking près de la Batie, hameau caché dans le Trièves. D’être de retour dans le plus grand espace sauvage métropolitain me donne des ailes. A ma droite la face sud du Grand Veymont et à ma gauche la plaine de Queyrie, cette même plaine qui nous aveuglait de blancheur l’Hiver dernier avec un ami.

Enfin, caché, le mythique et mystique Mont Aiguille auquel je ne manque jamais de me prosterner à sa vue tellement ce sommet isolé, seulement accessible par des grandes voies en escalade me fascine, me transporte, m’envoute pour ne citer que quelques superlatifs qui ne manquent pas.

Les bouquetins et marmottes sont là pour vous accueillir

m’annonce un randonneur.

Nous serons nombreux ce jour là à converger vers le sommet du plateau, le Grand Veymont auquel je choisis spontanément de me rendre. J’ai beau avoir besoin d’un vrai isolement, d’une solitude totale jamais retrouvé depuis un passage dans le Two Thumbs Track en Nouvelle-Zélande pour libérer quelques nœuds de mon âme, de ces souvenirs d’enfance qui restent intemporels, je me fais finalement une raison. La nature se resserre et nous devons la partager. Alors je profite pour papoter un peu à droite à gauche en raison de ma posture de randonneur aguerri donnant confiance lorsque quelques conseils sont distillés.

La grimpette du Grand Veymont ne revêt pas de difficulté particulière, le sentier est tapissé tellement il est fréquenté. Du haut de ses 2341m, je profite de cette petite victoire personnelle car après trois tentatives avortées je parviens enfin à me hisser à son sommet, surnommé le « Démon » dans ma famille. Il faut le dire, à quelques 13 balais à peine, pendant une viré orageuse un éclair m’avait frôlé d’une dizaine de mètres lors de notre repli sur le plateau.

Durant la pause déjeuner, de jeunes bouquetins pas farouches s’approchent à quelques mètres de moi, me faisant espérer tirer de beaux portraits avec mon 45mm en format 4/3 récemment acquis.

Le reste de la journée n’est que pure balade bucolique sur les hauts plateaux en boucle autour de son sommet. Je finis par planter la tente au pied du Grand et Petit Veymont non loin de la cabane des Aiguillettes, un cadre idyllique et champêtre avec cette herbe verdoyante. Bien entendu je ne suis pas le seul à avoir cette même idée « brillante », la présence d’une source (ici) à proximité aide beaucoup à ce choix, le reste du plateau en est relativement dépourvu. Avec les autres campeurs, une quinzaine de tentes, nous prenons soin d’être à distance des uns et des autres, un peu comme si nous étions tous des bouquetins en quête d’espace personnel.

Après l’installation du campement, je peux enfin m’adonner au plaisir de la lecture, de la méditation en plein air et de la contemplation. Comble du bonheur et signe de la discrétion de mon emplacement, un troupeau de bouquetins passe non loin gambadant à la recherche d’une meilleure herbe.

Alors que les conditions étaient à priori réunies pour un super coucher de soleil sur le Dévoluy et le ô magnifique Mont Aiguille visibles à proximité du campement, un choix qui ne relève pas du hasard, des bancs de nuages se sont levés pour cacher progressivement le soleil. J’ai pris cela comme un signe qu’il était temps de se reposer. Inutile de se lever aux aurores pour admirer et tenter de photographier le lever de soleil, les nuages étant toujours aussi épais.

Tant pis, il ne me restait qu’à rentrer tranquillement par le même chemin en y faisant un petit détour par … le sommet de Montaveilla, l’objectif initial que je n’ai finalement pas occulté.

Histoire d’admirer cet arbre isolé, vaillant et résistant au milieu de la plaine de Queyrie.