Versailles, je m’en vais.

Sans concessions, ni sentiments mielleux et avec plein de clichés nourris par des versaillais eux-mêmes, je te livre mon ressenti à l’orée de mon départ. Du brut et du doux d’un futur ex-habitant.

Le haut de la rue de la Paroisse au coucher de soleil

Je me rappelle début avril 2009 du bouseux provincial que j’étais, débarquant à la grande ville avec tout ses espoirs et ambitions (effondrés depuis hum..) dans la vie active qui s’annonçait. Ce n’est qu’un an plus tard que je m’installe dans une ville voisine de Versailles.

A cette période je ne mesurais pas encore la chance de vivre de ce côté-ci de la banlieue parisienne, qui pour le dire clairement est riche, bourgeoise, tranquille et parfois même puante de mauvais esprit. Il n’y a qu’à voir l’œuvre représentant le « Vagin de la Reine » dégradée possiblement par des milieux extrémistes dans les jardins du château. Plus concrètement, voir des enfants défilés, drapeau français à la main avec une pancarte « une famille: un papa et une maman » m’avait en ce jour de fin mai 2013 carrément interpellé. Manquait plus que Nadine Morano soit derrière pour resserrer la ceinture du petit en bermuda !

A défaut de pouvoir les citer, je ne compte plus les légendaires punchlines prononcées par des personnes âgées bourgeoises parfois dépassées par les évènements dans les commerces. Ces mêmes commerçants qui oublient d’adapter leur discours rempli de vocabulaire diplomatique quand un bouseux provincial au vocabulaire franchouillard débarque dans leur magasin.

Batîment typique de Versailles avec des fausses briquesAvenue de Saint Cloud avec sa piste cyclablePassage de la GeôleHopital civil Richaud réhabilité

En dehors des personnes âgées en grande majorité, l’habitant du centre ville de Versailles est essentiellement bourgeois. Beau visage, allure élégante avec des vêtements haut de gamme (allez, versons dans le cliché du pantalon rouge bordeaux et de la chemisette bleu ciel), des enfants tout mignons tout plein et bien élevés, un bel appartement et une belle et neuve voiture. Allez du côté de Saint Antoine avec ses belles maisons, ou de l’historique quartier Saint Louis et vous y verrez défiler les familles en « de  » en commençant par le père suivi de la mère et des 5 enfants (oh mon dieu, je verse en plein cliché). Eh oui, la confession catholique y règne et l’enfant versaillais modèle a passé tous les échelons du scoutisme avant de foncer au lycée privé Saint Jean.

Vous cherchez des tours ? Ne vous inquiétez pas, elles sont présentes, mais rien de folichon à côté du 93. Forcément à la périphérie de la ville pour les rendre moins visible. Les quartiers de Jussieu, Montreuil, Grand Siècle voire même Satory rassemblent une population diversifiée pour laquelle le coeur historique de la ville est un autre monde. Le quartier des Chantiers et de Porchefontaine plus proches du centre-ville brassent une population plus hétérogène à l’opposé du centre-ville historique et c’est un toujours un monde d’écart. A part les jeunes trainant au centre, difficile de recenser autre chose que du 100% bourgeois demi sel en centre-ville !

Pourtant, malgré ce cadre conservateur, où l’obsession de l’argent règne encore dans les familles, Versailles a vu passé des artistes, pour ne citer quelques initiateurs de la « French Touch ». Michel Gondry, Denis Podalydès et nombre de comédiens/musiciens.

Affiche de film se déroulant à Versailles, réalisé par un versaillaisBars et bistros en plein centre de VersaillesDiscussions au marchéLe réputé lycée Hoche

Mais vous voyez, ce ne sont que des exemples, cela n’enlève rien à la chance que j’ai eu d’habiter cette ville. A la question de savoir où j’habitais, Versailles suffisait comme réponse alors que « banlieue parisienne » nécessite souvent des précisions pour balayer le côté légèrement péjoratif de la chose.

Un peu rebelle en version classe, Versailles est une ville avec une identité propre, chose rare en Ile de France. Versailles est l’antithèse même de Paris. Paris c’est le gigantisme, le stress permanent, une foule toujours compacte, si peu de verdure. Versailles, c’est raisonnable, une tranquillité temporaire, une foule répartie sur les rues larges et de la verdure jamais très loin. Une ville qui respire et laisse ses habitants respirer. Une ville suffisamment grande pour envisager de sortir en bar, restaurant, cinéma et même théâtre sans se déplacer sur Paris. Les versaillais évitent Paris et les parisiens se foutent de la gueule des versaillais en lâchant un facile « Ah mais Versailles, c’est la province ». Vivez à Versailles et faites l’essai d’inviter des amis. Hormis ceux qui vivent déjà en dehors de Paris, dur de les faire venir tellement ça leur semble le bout du monde.

Dans l’éternel débat Paris-province, Versailles est pile entre les deux. Une douce ville typique de province mais imprégnée de l’atmosphère bouillonnante de Paris. Un compromis pour ceux qui cherchent l’un sans trop rogner sur l’autre, peu importe le sens. Les deux sont joignables rapidement et ce grâce à 5 gares (dont 2 de « banlieue ». oui, oui) irriguées par maintes lignes de train.

Boutiques d'art du passage de la GeôleGare de Versailles Rive DroiteBatîment typique de Versailles avec des fausses briquesLe chien qui fume, à la place Notre Dame

Plus que cela, quand vous annoncez à tous les gens de la planète que vous vivez à Versailles, ça envoi du pâté et on vous fait des yeux doux. Versailles, des siècles après dispose toujours d’une classe et d’un puissant rayonnement à l’international. Louez un appartement en colocation avec un ami et sous-louez sa piaule en AirBnB pendant ses vacances en juillet. Soyez certain que cela sera rempli. Malgré tout, la plupart des touristes viennent majoritairement à la journée en prenant le RER C et en profitent pour laisser leurs merdes matinales dans les trains. Les voir emprunter le corridor classique gare-château-jardin-gare me donnait l’envie de leur dire: « Suivez moi et venez voir la ville, qu’elle est belle. Vous ne serez pas déçus ».

Parfois je repérais des touristes légèrement égarés en centre-ville qui semblaient-ils faisaient l’effort de visiter une partie de la ville. Ah, la fameuse boulangerie Darras. Très bon choix. Les boutiques chicos de la rue de la Paroisse ? Admettons, chacun fait ce qu’il veut. Le marché de la place Notre-Dame, un dimanche matin ? Pas mal pour l’ambiance. Un tour à vélo dans la ville ? Au top. En segway ? JE LE DÉTRUIS DE SUITE. Vivre à Versailles, c’est aussi passer de l’autre côté de la barrière et observer les touristes en tant qu’habitant, moi qui d’ordinaire le suit. Et ça m’amusait franchement d’observer l’arrivage massif de touristes venus en train, cherchant par où aller avant de se faire alpaguer par un guide. Par contre le piège absolu auquel je me faisais avoir régulièrement, était de prendre le même train qu’eux au retour ET de ne pas avoir de ticket. Longue file d’attente assuré, sauf s’ils avaient tous décidé de rester uniquement sur le distributeur vert et personne sur les deux autres distributeurs, pour le coup bleus !

Touriste sortant de la gare Versailles Château Rive GauchePassage Saint LouisUn endroit secret: le jardin des RecolletsL'entrée du château depuis l'avenue de Paris

Belle ? Versailles ? Oui. Son histoire lui a laissé un goût de majesté, de splendeur et de mégalomanie. Des avenues très longues et larges laissant la place à des allées piétonnes, des arbres et des pistes cyclables. Le vélo, ici est roi, dommage que le Vélib n’y soit pas encore parvenu. Allez vous perdre dans les petits passages autour de la place du marché Notre Dame et des carrés de St Louis, deux croisements majeurs du centre ville historique en forme de carré et qui symbolisaient les sujets de sa majesté. Déambulez dans les rues et observez les façades d’immeubles classées. Allez au pif des endroits clés pour une balade dominicale pour un goût de province aux parisiens cherchant à s’évader pas trop loin: la cathédrale Saint Louis, le potager du Roi, un restaurant/bar dans la rue de Satory, la salle du jeu de Paume, une pièce au théâtre Montansier, les Écuries Royales, le musée Lambinet, le lycée Hoche. Terminez avec la pièce d’eau des Suisses et l’énorme grand parc de Versailles, parfaits pour pique-niquer, faire de la barque ou une randonnée à pied/vélo au plat.

Vous verrez, il y a même des surprises: personne ne s’attend à voir des moutons et chèvres si près du château que les smartphones sont régulièrement de sortie pour immortaliser ce moment. Et ce, à seulement 12 mins de train de la capitale ! Et puis pour le sportif, dont forcément le bon versaillais bourgeois ne manquera pas d’être, courir près de l’eau, avec la vue du soleil couchant et un coup d’oeil au château, cela ajoute de la classe. Ailleurs, cela sera dans les bois de Satory ou dans la forêt des Fausses Reposes toutes deux escarpées que vous irez marcher ou courir. Ces terrains d’entraînement durant plusieurs années précédent des trails ou courses, même durant la nuit à la lumière de ma frontale me permettaient de me sentir un peu dans la nature jamais loin des villes.

Pas vraiment l’image que l’on se fait de la région parisienne ? Comprenez-vous mieux ce que j’appelle ma « chance » ?

Place Notre DameCharcuterie dans un passage couvertLes carrés Saint LouisCathédrale Saint Louis

Versailles, tu vas me manquer. C’est sur, de temps en temps, à toi je penserai.

Merci à une amie, versaillaise d’origine pour avoir relaté quelques éléments inconnus à mes yeux.