Un beau jour de septembre 2011, OVH m’informa que journauxdevoyages.com m’appartenait et que l’offre d’hébergement était activé. En tête depuis plusieurs mois, ce projet de blog concordait avec une nouvelle passion dévorante: le voyage. Il fut ouvert quelques semaines plus tard pour des débuts hésitants avec un design anachronique et du contenu ne demandant qu’à s’épaissir. Deux versions du blog plus tard, la maturité arriva enfin avec quelque chose de visuel, minimaliste et laissant place aux textes et aux photos.

Qu’en est-il 5 ans plus tard ? En une série d’auto-questions, je tâche de résumer ces années de voyage, de blogging et de rencontres.


Le moment où tout bascule

Au retour des Pays Baltes, je n’arrive pas à reprendre mon quotidien facilement. Puis vient la question pourquoi je fais ça, quel sens cela a ?

Ma plus grande peur initiale

La solitude, la vraie.

Et maintenant ?

De finir ma vie avec un sentiment d’inachevé, de ne pas avoir profité à fond.

Le moment où je me demande ce que je fous là

Cela m’est arrivé plusieurs fois en voyage. Je dirais que l’arrivée avec les copains en Chine fut vraiment déconcertante. 6 heures de jetlag, un atterrissage à 6h du matin pour ensuite affronter la chaleur et pollution de Pékin, tout un programme !
Nuit tombante dans une hutong de Beijing

Ce qui a changé en cinq ans

Un goût pour la prise de risque réfléchie. L’audace de vivre. Le sentiment d’être déjà mort. Une plus grande force de caractère. Une liberté acquise difficilement réversible. Moins de rêves mais plus de projets concrets.

Le moment pétage de plombs

Un chauffeur de bus de la compagnie Tassielink a oublié de me prendre après lui avoir pourtant demander de m’attendre. Et il n’y avait pas 36000 bus passant au trou paumé qu’est Derwent Bridge. Je sortais du trek sur l’Overland Track avec les fringues en vrac, les pieds gorgés d’eau et j’attendais depuis plusieurs heures dans un restaurant hôtel. Bilan des courses, après que les congénères du bar m’aient calmé, je me suis résigné à louer une cabine miteuse de l’hôtel. Tandis que mon collègue de trek, qui lui n’avait rien demandé à personne a eu son bus, enfin un autre !

Le truc sympa qui soit arrivé

La création de la #Teamgivrés né d’un délire des fadas des régions nordiques. Des amitiés se sont scellées depuis. J’ai aussi participé à plusieurs Apérosvoyageurs ainsi que rencontré plusieurs blogueurs afin de lier le virtuel au réel. Très souvent un moment sympathique, mais aussi du tri à faire et des gens que j’aimerais rencontrer.

Oups…

Demander à un maori s’il sait conduire alors qu’il est en train de faire une crise d’épilepsie.

autostop_maoris

Le billet de blog le plus borderline

Incontestablement, une histoire d’auto-stop en Australie. Écrit quasiment en one-shot dans des conditions particulières avec une créativité débordante, c’est même pour moi le meilleur article du blog. J’ai pourtant eu peu de retours mais sa relecture me laisse toujours un sentiment intense.

Les rêves d’aujourd’hui

Plus vraiment de rêves de voyages comme avant, je les prends dorénavant comme des opportunités. Acquérir un maximum de compétences concrètes et de l’autonomie: construire ma propre maison en bois près des montagnes, devenir le plus autonome possible en terme d’alimentation et d’énergie. Proposer des légumes et petits fruits en laissant vivre le sol.

J’en ai marre, mon boulot m’emmerde, ma santé est défaillante, je m’inquiète pour un rien, tu me conseilles …

de voyager. Mais pas de fuir, attention ! Je cite Josef Schovanec, auteur de « Je suis à l’Est »

voyager devrait être pris en charge par la sécurité sociale

Le moment plein de puissance

Les crêtes du Stag Saddle.

Une vue awesome sur tout le lac Tekapo, le parc national du Mont Cook et même un petit bout du lac Pukaki. Un truc de DINGUE sur 100 kms à la ronde. Vraiment, il faut le vivre pour comprendre.

Cretes du lac Tekapo vers le Mont Cook

Cliquez pour avoir le panorama plus large

La rencontre aussi éphémère que marquante, tellement que je me demande si elle a bien eu lieu

Un couple australiens dont le mari était photographe, d’ailleurs j’en parle souvent sur le blog tellement ils m’ont marqué. On s’est connu pendant 2 heures mais j’ai eu l’impression que c’était mes potes de 20 ans. Et tout d’un coup ils n’étaient plus là. Et puis cette phrase dont je ne me remettrais jamais Have a good life.

Le billet de blog le plus long à écrire

Avec près de 70 versions, il s’agit du billet dans lequel je parle de ma reconversion actuelle. Beaucoup d’énergie a été mis dans son écriture car il permettait de tourner la page d’une période difficile. Mais je reste fier de sa tournure et des réactions qu’il a suscité.

Il ne fallait pas

Prendre ce billet d’avion à la dernière minute pour finalement perdre une amitié forte et même bien plus que cela.

Le moment « Allo Houston, on a un problème » mais qui finit super bien

Tout est résumé dans ce billet: Comment un début de voyage peut tourner à la catastrophe ?

La rencontre qui a duré plus que prévu

Il s’agit de Veronica et Bill, deux étudiants à Hobart qui m’ont accueilli en Couchsurfing. Comme le courant passait très bien, je suis revenu plusieurs fois les voir. J’ai manqué à plusieurs reprises de croiser Veronica lorsqu’elle est venue en Europe étudier.
Couchsurfeurs australiens

Le moment ou j’ai pleuré de toutes mes larmes en public alors que ça m’arrive jamais

Un mardi. Deux mardi finalement et dans un avion. Le premier fut au retour de Nouvelle-Zélande et le second, je préfère ne pas en parler ici.

Le plan portnawak

Partir avec l’idée de boire une bière dans un pub et se retrouver dans une maison de retraites de Gairloch. Car c’était le seul endroit où il y avait des gens et de la lumière !

Un endroit à l’atmosphère lourde, pesante, presque glauque

Mostar. J’ai du mal à en parler avec justesse tant l’écart est immense entre la vieille ville, jolie, mercantile mais « cache misère » et l’arrière plan, en lente reconstruction après la guerre.

L’e-mail que j’ai relu sept fois avec les doigts avant d’être sur d’avoir bien lu

Quand Terres d’Aventure m’a sollicité pour écrire un édito sur la Norvège. Cela m’a incité à écrire pour d’autres supports et je continue de temps en temps.

La séparation entre sourires et larmes

Gladys, mon hôte Helpx sur la Kapiti Coast me ramène à la gare et je la voie cheminant entre sourires et larmes en me remerciant pour ce que j’ai apporté. Mon retour fut tout aussi chaleureux et c’est avec la banane que je la quitta du regard.

famille_kapiti_coast

Si je dois retenir qu’un seul café/restaurant

Il s’agit du café 104 à Rovaniemi. D’ordinaire je ne cherche pas à manger dans des restaurants « bons plans » mais ce soir là avec quelques compères givrés, manger de la viande de renne, des gaufres avec des cloudberries le tout sous des fous rires, ça me suffisait amplement.

Le moment « flippe »

A Hienghène, alors que je faisais du stop pour quelques kilomètres, des jeunes kanaks me prennent. Une fois dans la voiture, la réalité me frappe: ils sont sous l’emprise du shit et de l’alcool. Un des jeunes s’empare du sujet du colonialisme et finit par s’énerver tout seul contre les « blancs » de la métropole. A l’arrivée il décide de me prendre à part pour en finir avec ce sujet et expulse sa colère en m’intimidant tandis que ma sempiternelle réponse « je n’y suis pour rien » ne trouve pas d’écho. Il me laissera aller au camping jouxtant sa propriété, tout en me précisant qu’il est tenu par sa copine. Qui est blanche.

On n’est pas à un paradoxe près.

La rencontre coup de poing

Siv-Lise, une couchsurfeuse norvégienne qui m’annonce quelques heures après avoir fait connaissance qu’elle est atteinte de leucémie. C’était il y a 3 ans. J’ai failli la revoir lors de mon récent passage à Tromsø. Toujours malade mais battante.

L’endroit où je me suis senti d’office chez moi

Sans hésiter: Burkes Pass. Dès que je suis arrivé dans ce petit hameau pour un volontariat à 20 kms de Lake Tekapo, je savais déjà que je serai le plus heureux des hommes pendant quelques semaines.

L’endroit où mes pieds n’ont pas décollé

Burkes Pass, bis.

Coucher de soleil à Burkes Pass

La dépense coup de folie

Une place dans un petit avion pour atterrir sur Martins Bay en partant de Milford Sound. 165$ claqués en 15 minutes de vol mais cela valait le coup.

Le moment de grâce

Où comment, à Hong Kong arriver à avancer de 24h un billet d’avion au dernier moment, sans frais, juste pour être à une soirée avec les copains de la #Teamgivrés.

Le moment #ohwait

Quand avec mon pote Toma on s’est pris en photo pour ensuite regarder nos faces défaites. En effet, nous avions eu une dure journée de marche dans le Drakensberg. Lourde chaleur, erreur d’itinéraire et fatigue accumulée ont eu raison de notre physique.

Le moment où j’ai eu le sentiment d’être un papy de 80 ans

Une colline à gravir dans une réserve à Hanghzhou par 36°C et presque 100% d’humidité. J’ai vidé ma bouteille d’eau d’épuisement pour escalader péniblement une par une les marches d’escaliers.

La nuit la plus givrée

Les températures avaient du descendre en dessous de 0°C cette nuit là alors que nous campions sur l’île d’Olkhon. L’eau avait partiellement gelé dans les bouteilles et il faisait bon de s’emmitoufler dans le sac de couchage. J’ai aussi eu -4°C en campant en Mai dans les montagnes près de chez moi.
Eau commençant à geler au petit matin

La plus longue durée sans voir d’êtres humains en pleine nature et sans modernité

48h. Une expérience à vivre.

Le plus grand bain de foule

Shanghai, au Bund, un samedi soir. Un truc inimaginable tant que l’on ne l’a pas vécu. De manière générale, le bruit de la foule me fatiguait tellement que j’ai fini par éteindre mon appareil. Pour information, d’ordinaire les piles durent 8 jours. En Chine, cela n’en excédait pas 5 !

Le moment « on lâche rien »

Comme une aiguille dans une botte de foin, chercher mon filtre polarisant perdu dans le parc national Golden State en Afrique du Sud. Après réflexion, j’ai fini par quadriller l’endroit où il pouvait être et je l’ai retrouvé après des dizaines de minutes de recherche. Je vous dis pas mon immense joie à sa vue.

Ce que j’ai appris de mes voyages

L’Homme est universel.

Le bilan en une phrase

Le voyage a changé ma vie, en bien et en mal.

OK, bon un autre bilan en une phrase

Tout est VRAIMENT possible.


Comment envisager la suite concrètement maintenant ? Honnêtement qui sait ?

Je n’ai plus envie de poursuivre la course à l’audience dont les pauvres 2400 VU mensuels ne pèsent pas le poids face à un nombre exponentiel de blogs voyage. Exister devient difficile, il n’y a plus de place pour tout le monde, tandis que le formatage des blogs a fini de rogner la liberté de créativité. Je refuse catégoriquement cela en laissant le blog continuer à suivre sa voie sans standardisation.

Quitte un jour, à ne plus diffuser les articles sur Twitter, le dernier réseau social sur lequel je promeus encore le blog. Aussi paradoxal soit-il, le blog n’a jamais aussi bien marché depuis que j’ai réduit sa promotion.

Qui aime le blog, le suive.