Souvenez-vous, l’année dernière j’expérimentais pour la seconde fois un voyage en itinérance à vélo, sur l’archipel de Turku. L’expérience s’était avérée concluante et j’avais envie de remettre ça, histoire d’apporter de la variété à mes sorties randonnées, ski et raquettes. Il faut aussi le dire, le périple en famille de Mme Oreille sur la Via Rhona, m’avait donné de bien belles idées.

Alors puisque le vélo est l’un des moyens de transport de ma nouvelle vie, j’en ai profité pour parcourir une partie de la ViaRhona, un itinéraire cyclable qui comme son nom l’indique suit le cours du Rhône depuis Genève jusqu’à ses embouchures de la mer Méditerranée.

cyclotouriste_via_rhonaPanneaux indicatifs de la Via RhonaFeu tricolore spécial cyclisteVoie bloquée

Avant de partir

Ces dernières années, de nombreux itinéraires pour cyclistes se sont développés, preuve que la mobilité douce devient une mode, une façon d’envisager le voyage à la force du corps humain tout en respectant la nature. Pour ce périple, je dispose de 4 jours devant moi pour descendre le Rhône depuis Vienne en direction de la Provence tandis que je reviendrais en train.

Ou m’arrêterais-je ? Où finirais-je ?

Je n’en sais trop rien puisque je n’ai absolument rien préparé si ce n’est qu’il m’a été signalé que le jalonnement est réalisé jusqu’à Pont Saint-Esprit dans le Gard et que la ligne de train classique Lyon – Marseille suit aussi le Rhône.

Le vélo tout juste légèrement apprivoisé avec le montage récent d’un porte-bagages et de la béquille.

Le vélo se voit chargé d’un simple sac à dos et de 2 solides sangles. Le contenu du sac est assez classique: vêtements, nourriture et matériel de camping. Sur le dos, j’embarque une poche à eau qui peut aussi contenir d’autres bricoles tandis que l’appareil photo est en bandoulière.

11h25, Vienne, je ferme la voiture prêt à partir sur la piste cyclable de l’autre côté de la rue le long de la N7.
Sculpture au bord du RhoneVergers de la vallée du RhoneCyclotouriste en pisteLe RhoneTournon sur Rhone

A vélo sur la ViaRhona ou la réappropriation d’un fleuve

Je ne vais pas vous le cacher, la ViaRhona n’est pas un itinéraire sauvage même si la portion entre Vienne et Bourg-Saint-Andeol est fort bien lotie en voies vertes. Cependant, les voitures ne rodent jamais loin, les industries non plus et on pourra lister les barrages de la Compagnie Nationale du Rhône franchis. Sans compter les centrales électriques pour ne pas dire nucléaires.

Non, le véritable intérêt de la ViaRhona réside dans les villages traversés et dans le patrimoine qu’il contribue à préserver. Côté rive droite, les coteaux et villages de caractère resserrés le tout proches du fleuve sont durablement installés dans le paysage. Côté rive gauche, ce sont les plaines, industries et villes étendues qui dominent.

Et entre les deux ?

Les digues encadrant le Rhône ont permis la construction de voies vertes pour 3M d’euros le kilomètre ainsi que l’éclosion de sites naturels ou encore la propagation d’immenses étendues d’arbres fruitiers, les cerisiers étant en floraison lors de mon passage. Cependant, ce n’est pas sans impact sur l’écosystème des zones humides encadrant le Rhône. Avant les voies bitumées de 4m de large, il n’y avait rien. Je me suis longtemps posé la question du choix du bitume au lieu de mettre à minima des pistes forestières.

Le bivouac au matinPiste cyclableFruitier en fleurVerger de la vallée du RhoneOù va la piste ?

Ainsi au fil de l’avancée, le paysage se transforme doucement. Les vignes des célèbres côtes du Rhône se font visibles, le massif du Pilat est effleuré, le Vercors enneigé au printemps est visible au loin et les collines du Diois cachent le célèbre Mont Ventoux. Malgré tout, le parcours est plutôt plat, les seules véritables côtes à grimper sont celles des digues.

Le véritable défi du parcours sur la ViaRhona réside dans le vent. Selon le sens choisi du parcours, vous rencontrez quoiqu’il en soit du vent et possiblement le fameux Mistral que vraiment je ne vous conseille pas d’affronter alors que j’ai eu le droit au « vent de pluie » comme m’a enseigné un ardéchois. Il s’agit d’un terrible vent de face en rafales qui donne l’impression de pédaler face à un souffleur géant pour n’avancer que de quelques dizaine de mètres.

Comme si chaque mètre des digues devait se mériter.

Heureusement, le parcours sait varier les plaisirs et hors digue, le vent était nettement moins gênant.

Le jalonnage est de très bonne facture et même si des cartes peuvent être distribuées aux offices de tourisme, elles ne servent en réalité qu’à avoir une vue d’ensemble des étapes. Les panneaux d’indication sont clairs et excepté une zone de 6 kms avant Cruas, l’ensemble du parcours jusqu’à Bourg-Saint-Andeol est soit en voie verte soit en voie partagée avec circulation réduite de voitures ou sur le côté d’une route (souvent le temps de jonctions).

A partir de Bourg-Saint-Andeol même si le jalonnage est en place, la ViaRhona partage encore et pour l’instant la route avec les voitures (informations de mai 2016).
Piste cyclable à CondrieuPêcheur sur le RhoneTain L'HermitageLe Rhone industrielBarrage de la Compagnie Nationale du Rhone

Mon ressenti

La découverte de charmants villages ardéchois a vraiment été le plus grand plaisir que j’ai pris durant cette balade. Parfois classés comme village de caractère, l’âme de Beauchastel, Rochemaure, Viviers pour ne citer que ceux-là, semblaient n’avoir que peu changées ces dernières années, peut-être à cause d’un développement économique freiné par le manque de place et possiblement d’argent, notamment à la vue d’infrastructures publiques à l’abandon. La seule vraie ville traversée fut Valence, dont l’autoroute du soleil A7 passe réellement à proximité du centre-ville. Y passer  un dimanche après-midi, même par beau temps ne m’a guère incité à m’arrêter sauf au Champs de Mars d’où l’on peut voir la colline du château de Crussol en Ardèche, pile en face de l’autre côté du Rhône.

Lorsque j’ai appris qu’à partir de Bourg-Saint-Andeol, il n’y avait plus de voie aménagée et que je devais partager entièrement la route avec les voitures, je me suis résolu à bifurquer en direction de Pierrelatte avant de prendre le train de retour vers Vienne avec un saut de puce à Montélimar.

J’ai relativement été tranquille sur le parcours à vélo, du fait de ma présence précoce vis à vis de la saison. J’ai bivouaqué la première nuit au bord du fleuve tandis que je suis allé en camping les autres nuits car j’avais besoin de recharger mon smartphone et de prendre une douche. De toute façon, à cette période, aller en camping revient presque à faire du bivouac tellement j’étais le seul locataire à chaque fois.
CondrieuCoteaux de la Vallée du RhoneBeauchastelViviersRochemaurePlace de MontélimarFresque murale de Montélimar

Alors au final ?

Cette douce incursion vers les terres méridionales, qui plus est sur un parcours plat a été la confirmation de ce mode de voyage. Le déplacement à vélo permet des choses différentes du trekking, ce dernier étant plus axé nature, le vélo quant à lui s’inscrit plus dans une découverte de territoires au sens large.

Personnellement, cela me fait du bien de varier, je suis arrivé à certaines limites de ce que ma pratique du trekking me permet actuellement.

Je recommande la ViaRhona pour tous ceux qui veulent faire du vélo sans se prendre la tête: en saison, il y a pléthore de camping et de chambres d’hôtes, de restaurants, snacks et de magasins en village. Tout est formalisé dans des cartes ou guides que l’on peut acheter en office de tourisme.

Attention toutefois au parcours en lui-même, il est loin d’être jalonné dans sa totalité.

C’est notamment le cas entre Genève et Lyon (partiellement) et après Bourg-Saint-Andeol donc.

Je pense que pour profiter au mieux du parcours, il faut attendre encore quelques années, d’ici 2020 comme le prévoit le plan de développement.
Train du retour