Rangé soigneusement dans un répertoire confidentiel de mon ordinateur que j’ai l’impression de dépoussiérer, un texte intimiste résume les prémices de mon arrivée à Copenhague:

Lever 8h30 comme prévu. Anne-Laure et Aurélien me réveillent en douceur. […] Une aventure, qui me faisait à la fois peur, mais aussi me réjouissait : mon départ de 4 mois, loin de chez moi, loin de tout repère.

C’est un 1er avril, de l’an 2006, du haut de mes naïfs et frais vingt ans que je débarquais à Copenhague (KBH pour les intimes) sous une pluie froide pour quelques mois d’un banal stage planque ou culturel (à vous de choisir) dans un service de l’Ambassade de France.

Dix ans plus tard, un jour d’été 2016.

C’est en trentenaire et ours des montagnes que je débarque de nouveau à KBH. En quelques dizaines de minutes, depuis l’intérieur du bus, le plan de la ville se charge et les rues me reviennent à l’esprit en dépit de leur nom. Le premier réflexe, c’est d’aller planter la tente dans un camping, loin de la ville et près de la mer au calme. La ville à vingt ans me semblait sexy tandis que maintenant j’en ai horreur ou si peu. Un autre réflexe est tel un gamin de dix ans ouvrant un cadeau, d’enquiller illico une Carlsberg brassée non loin d’ici. Le dernier réflexe est de louer un vélo afin de sillonner tranquillement la ville. Enfin les couleurs du ciel terminent de compléter les amabilités du comité d’accueil.

Velkommen Tilbage.

La mer à CharlottenlundLa mer à Charlottenlund

Dix ans. Dix ans. Dix ans. Bordel. J’avais toujours dit que je voulais revenir à KBH comme pour terminer une boucle, celle qui ouvra la porte à de nombreux voyages géographiques et intérieurs. En la terminant, j’ai appris l’épilogue de quelques évènements qui ont lieu en ma présence dix ans plus tôt. Sans Copenhague, ville du vélo et ville verte, tel un effet papillon il n’y aurait pas ce Manu d’aujourd’hui. J’ai évolué à rebondissement tout comme Copenhague s’est mué.
HopeUn embarcadère près de l'opéra

J’avais quitté la ville rayonnante sous un soleil d’été et une tranquillité rarement égalée. Je l’ai retrouvé en pleine mutation vers une très grande ville, presque une mégalopole dans l’attente de la sortie sous terre de futurs lignes de métro. Qu’elle est longue l’attente car tant que les travaux ne seront pas finis, sa visite est frustrante, sa beauté ne peut se sublimer. Et puis que dire des touristes omniprésents en cette journée de fin Juin alors que 10 ans plus tôt ils se faisaient plus épars.
Conversation entre une touriste et un garde royalNyhavnNyhavnEn plein dans Strøget sous la pluie

Je ne comprends toujours pas ce que les gens lui trouvent à la Petite Sirène, elle qui sans le savoir pourquoi attire immodérément la foule venue la prendre en photo. Même le cadre portuaire, comprendre légèrement glauque n’enlève rien à son attraction apparemment magnétique.
La petite sirène sous l'oeil des visiteurs
A proximité, des ferrys viennent dorénavant s’y accoster. Les magasins du centre-ville ont changé, les petites boutiques, stands de sandwichs ou boulangeries ont fermé pour laisser place à d’autres plus luxueuses. En d’autres mots, Strøget, la plus grande rue piétonne d’Europe s’est embourgeoisée. A Christiania le quartier alternatif, l’ambiance s’est nettement tendue, des interventions policières ont même régulièrement lieu sous couvert de récupération politique et les dealers derrière leurs cagoules peinent à dissimuler leurs nerfs à vif.

Vite déguerpir en plein milieu de la Green Light District. Et dire que j’y allais boire un coup ou manger au restaurant auparavant.
Christiania, le quartier alternatif

Un dîner hygge avec une ancienne collègue permet aussi de me rafraichir la mémoire sur l’état du pays, de Copenhague, des enjeux politiques mais aussi de ce qui ne va pas. Le verdict est sans appel: même monde occidental, mêmes maux.

Une autre soirée hygge sous un timide soleil se couchant interminablement, près du Nouvel Opéra. L’eau règne partout à KBH et y prendre une collation autour d’un verre et d’une couverture est monnaie courante. Mes anciennes collègues, comme si rien n’avait changé entre nous à part tout juste quelques rides, me relatent quelques nouvelles de l’ère du temps: le charisme hallucinant de l’acteur Mads Mikkelsen, les dessous de la diplomatie à la française, les festivals de jazz et les travaux tout le long de la mer pénétrant la ville avec ce pont piéton en panne depuis plus de deux ans et qui miraculeusement se mettra à marcher le lendemain !
L'opéra sous un arc-en-cielUn coucher de soleil et les danois en mode hyggelig

Enfin la star de la ville: le vélo. Toujours un régal. Aucune crainte de se le faire voler. Aucune crainte qu’un chauffard vous coupe la priorité. Ici le vélo a pris le pouvoir, il est plus que jamais roi.
Un parking à véloLe trafic en véloLe mythique vélo Hollandia

En écrivant ces lignes, je m’enfonce dans la nostalgie du passé qui court. Un effet d’une excellente mémoire à ce qu’on dit. En revenant à KBH, j’ai voulu le restaurer, lui dire, cher passé, tu m’appartiens, je t’aime. J’ai aimé ce que j’ai vécu ici. Et même en constatant que mon ancienne demeure était détruite, rien ne change, tout reste dans les esprits. Même le bar The Moose où j’ai passé quelques mémorables soirées.
The Moose, bar roots emblématique

Ce n’est pas vraiment Copenhague qui a eu un écho en moi, mais plus ce qu’il s’est passé dans la ville et surtout avec ses habitants.

KBH, merci pour tout.

Adieu. Peut-être. Ou pas. J’ai d’autres adieux à faire avant.

Boutiques au sous-sol d'immeubleUne maison bourgeoise à CharlottenbourgImmeubles colorésStor KirkeLes rues piétonnes de Copenhague sous la pluieNyboder