Depuis Turku, deux jours avaient été nécessaires en auto-stop pour parcourir les 850 kms qui la séparait de Rovaniemi. Pour rejoindre Helsinki, c’est 800 kms de trajet. Alors pour apporter un peu de variété, parce que j’aime le train et que j’ai trouvé un tarif raisonnable sur le site de la VR, c’était une évidence de redescendre du Grand Nord en train, après y être monté deux ans plus tôt.

Les trajets de jour durent environ 9h30, tandis que les trajets de nuit durent plus de 12h. Pas besoin de billet imprimé, il peut être contenu dans le smartphone et l’agent viendra scanner le code QR. Enfin il était stipulé que les wagons fournissaient le WiFi ainsi que l’électricité.

EH BAH DIS DONC !

Cependant, ayant déjà constaté les ravages du WiFi dans les hostels et autres lieux publics, je sais d’avance ce que cela peut donner dans un train. Vous allez me dire, la 3/4G existe depuis fort bien longtemps et mettre en place le WiFi dans les trains n’est qu’une extension logique.

Top départ

14h00

Je me rends à pied à la gare de Rovaniemi excentrée du centre-ville. La densité de population dans la gare est à la hauteur de celle de la région: assez désert. Pas plus d’une trentaine de voyageurs attendent patiemment l’ouverture des portes du train déjà à quai, tandis que les cheminots préparent la locomotive aux couleurs assorties à celles des wagons.

Étrange contraste pour un habitué à l’agitation des grandes gares parisiennes.

Gare de RovaniemiLocomotive

14h23

Après avoir pris la place attitrée dans le wagon dans le sens opposé de la marche quelques instants avant le départ réel du train, j’installe tranquillement mes affaires pour un long trajet qui comprendra tout de même un court changement à Oulu. Pour le moment, je suis placé dans un « vieux » wagon, ne manquant toutefois pas de charme. En face de moi, se tient un couple, dont la femme enceinte engagera directement une sieste tandis que le mari ira coder un programme informatique.

Il fallait s’en douter: les finlandais ne sont pas là pour bavarder !

Que je sois là ne change pas grand chose pour eux. Cela serait la même chose en France si j’avais un anglais à mes côtés, alors qu’en Russie ou ailleurs c’est plus exotique. La tâche naïvement fixé de faire causette avec les voisins va être difficile à remplir. Aucune ouverture ne semble possible ! Timidité ? Calme ? Nonchalance ?

Ambiance à bord d'un train plus ancienAllée dans wagon d'un train plus ancien

14h50

Une promenade dans les différents wagons histoire de -déjà- se dégourdir les jambes ne fait jamais de mal. Je remarque des spécificités des trains finlandais, notamment pour l’accès aux handicapés, aux charges lourdes et ainsi qu’aux braves toutous qui disposent d’un espace propre à eux et leurs maîtres. Enfin, étant donné que rouler à vélo est une seconde nature en Finlande, il n’est guère étonnant de pouvoir les accrocher à des crochets. Voyager en train en Finlande, c’est l’assurance d’un maximum de services et de confort.

Compartiment autorisant les animaux de compagnieWagon avec chariot élévateur
15h40

Un arrêt en gare de Kemi parachève une sieste aucunement perturbée par mes voisins de wagon toujours aussi évasifs. La réputation de discrétion des nordiques n’est plus à faire. J’entame alors mes devoirs de vacances en rédigeant des cartes postales qui seront envoyées à l’aéroport ainsi que rédige des notes sur mon voyage. L’ennui prend vite le dessus et j’essaie d’imaginer à quoi peuvent penser les gens dans les wagons. Me vient alors à l’esprit:

Les finlandais rêvent-ils de moutons nordiques ?

Comme souvent, un des réflexes est de regarder le paysage, pourtant inlassablement similaire. Autant les forêts, lacs, maisons en bois sont magnifiques quand on s’y pose, mais à force cela manque de contraste sur un long trajet. Je l’ai déjà constaté lors de mon trajet en bus depuis Rovaniemi vers Kilopää, ce fut 3h30 interminable !

Chef de train sur le quaiPaysage finlandaisPaysage finlandais

16h55

Le train arrive en gare d’Oulu. Terminus.

Juste le temps de changer de quai pour attraper le train, direct cette fois-ci, pour Helsinki. Aucun risque de se faire avoir par un mauvais quai ou timing de correspondance. Il n’y a que deux trains en gare, personne ne peut se tromper. Aucun stress possible pour les non habitués. Le finlandais est zen. Ils sont même tellement peu nombreux à quai que le chef de bord prendra le temps de vérifier qu’il n’oublie personne en sifflant le départ du train.

Train en gare d'Oulu

18h30

Je suis bien installé dans ce siège à contre-sens. Toutefois pas de voisin pour agrémenter les longues minutes qui s’écoulent. La rame est résolument moderne, un tantinet futuriste. Le WiFi opérationnel ainsi que les prises électriques font vraiment rentrer le train dans le XXIème siècle. Le confortable siège incite à de nouvelles siestes entrecoupés de la lecture d’un livre acheté à mon départ et que comme d’habitude, je ne prends pas le temps de lire. Il faut bien le dire, le calme assourdissant du wagon et une monotonie des paysages à observer n’incite pas à être très actif. Enfin, j’ai abandonné toute velléité de correspondre avec mes voisins de wagon, la plupart forcément tous rivés à leur smartphone, ordinateur ou livre.

Faire du social n’est définitivement pas dans le genre de la maison ! Pour ça, il faut faire du stop !

Passagère dans trainAllée dans wagonNuméros des siègesPause en gare 21h20

C’est littérallement « choqué » que je mesure le décalage entre les heures de couchers de soleil entre le Nord et le sud. Au moins 30 minutes de différence d’une seule traite, juste en descendant de latitude. Le noir revient si vite que je m’empresse d’observer une dernière fois les lueurs du jour dominant un lac depuis la fenêtre du train. Il reste encore 2h30 avant d’arriver à Helsinki et le train continue toujours d’avancer de manière aléatoire. Un coup, il accélère jusqu’à 200 kms/h, un autre coup, il ne dépasse pas 50 km/h. J’attribue cela à la qualité fluctuante de l’infrastructure autorisant des vitesses limitées. Les changements de rythme sont quelque part bénéfique et apportent de la variété. Et si j’en profitais pour visiter le wagon bar et prendre un café ? 2,5€ plus tard, je ne peux qu’attester de la qualité égale du café à ce que j’ai bu ailleurs. Coucher de soleil depuis le hublot 23h55

Ce n’est non pas au bout d’un interminable trajet, mais plutôt d’un confortable, calme, mais un tantinet ennuyeux trajet que je débarque à la gare centrale d’Helsinki. Peu de voyageurs arrivent au terminus en fin de compte. Je me souviens d’un autre long trajet en train entre Podgorica au Monténégro et Belgrade en Serbie. Après 10 heures de solitude sous le désintérêt total des autres voyageurs et malgré le paysage changeant, l’ennui m’avait envahi et le débarquement avait offert un changement brutal avec une négociation rude du taxi (le coup du touriste pigeon, ça ne marche pas avec moi !!). Cette fois-ci, aucun rabatteur, la liberté est toute offerte même de proposer mon aide à une charmante finlandaise galérant avec ses 3 grosses valises à tirer. Refus poli en retour. Elle ne sait pas ce qu’elle loupe, je ne m’attarde pas trop dans cette magnifique gare d’Helsinki. Un Hesburger m’attendait, mais le dernier bus pour l’aéroport partait à l’instant. C’est ainsi que je quitta Helsinki pour le retour en France. Train en gare d'Helsinki Gare d'HelsinkiGare d'Helsinki