Au premier aperçu du Mont Aiguille lors d’une virée entre copains sur les hauts plateaux du Vercors, j’avais ressenti un « truc », comme une attirance magnétique. Je m’étais alors juré de revenir comme un croyant vient à Lourdes. Oui, les messies à moi sont les trésors géologiques de Dame nature.

Un pèlerinage au Mont Aiguille semé (volontairement) d’embuches

Venir auprès du Mont Aiguille n’est pas un long fleuve tranquille, le Trièves une région géographique de l’Isère est un bel « obstacle » à tout automobiliste aimant se régaler les yeux.

Difficile d’y résister alors.

En effet dès l’agglomération de Grenoble passée, le choix se dessine entre la route classique et une autoroute payante. Sans l’ombre d’une hésitation je préfère prendre de la hauteur entre les balcons Est du Vercors et le spectaculaire massif  du Dévoluy sans avoir l’impression de voler. Entre une autoroute des « airs » parsemée de ponts pour contourner le relief escarpé et une route spectaculaire sur terre vers Sisteron, le choix est vite fait.

Quitte à y mettre trois plombes.

Les virages s’enchainent au fur et à mesure pour m’emmener vers la forteresse naturelle. La vallée est si escarpée que les habitations sont concentrées autour des villages, ce qui avec une densité de 15 hab/km² fait du Trièves une région faiblement peuplée. Malgré que la région soit en moyenne montagne, l’agriculture est son secteur clé. Elle est aussi la dernière à être considérée dans les Alpes du Nord, la frontière entre les deux Alpes étant délimitée par le col de La-Croix-Haute, un autre magnifique endroit (mais j’y reviendrais peut-être un jour, faute de photos).
Le Trièves

Depuis la route j’observe les pentes des balcons Est, si impressionnantes et piaffe d’impatience de voir dans son versant Nord le fameux monolithe. Un panneau indique Mens. Un premier passage il y a quelques années de cela m’avait donné envie d’en savoir plus sur cette localité.

C’est décidé, j’y vais.

Voilà le premier détour parmi d’autres, l’objectif initial est mis de côté. Mais c’est pour mieux y revenir.  La route est tout bonnement fantastique et me rappelle certains road-trips en Nouvelle-Zélande ou chaque virage cachait son lot de surprises. Et forcément un clin d’oeil au pays des All Blacks: des ponts à une voie de passage, rarement vu ailleurs en France. Un autostoppeur rencontré ailleurs confirme sur la région:

C’est vrai qu’il y a un véritable côté paumé, brut, loin de tout, on se sent bien

Les montagnes sont imposantes, les pâturages prennent diverses teintes de couleurs, les maisons se font rares et conduire est juste un pied monstre. Je suis déjà conquis par cette région avant même d’apercevoir le cadre naturel de Mens: au pied de l’Obiou encore enneigé.
Mens et le DévoluyPanorama Mens avec le Dévoluy

La visite du village phare du Trièves révèle plein de petits secrets gardés. Une vie paisible que tant de gens aspirent dorénavant, un garagiste aussi bien pompiste, une confiserie à la décoration préservée des années 70, un primeur de fruits et légumes alors que ça a disparu depuis des années ailleurs et des enfants qui jouent partout dans le village, sans surveillance.

Comment est-ce possible ? Cela me rappelle mon enfance…

MensMensMensMensMensÔ Mont Aiguille

Mais je ne pouvais guère rester éternellement à Mens, il fallait revenir vers le Mont Aiguille, dès qu’il fut à portée de vue, l’attraction magnétique s’enclenchait de nouveau. Il y a des choses que l’on ne peut pas expliquer avec Dame nature, des connexions se font avec la nature et je les ressens parfois très fortement comme si une force tellurique envahissante me clouait au sol. Aucune explication possible à donner à part juste constater que j’étais bien et que je ne bougeais que pour une bonne raison…  Les volcans d’Auvergne, le Mackenzie Country en Nouvelle-Zélande, le lac Baïkal m’ont fait ce même effet.

Ces lieux naturels me magnétisent tous. Y repenser me donne des frissons pas possibles.

Il paraît que nombre de voyageur ayant été en Islande ont ressenti ce « genre » de choses. Qui sait, peut-être que dans une vie antérieure, j’y suis déjà allé ?

La vingtaine de kilomètres me séparant du mastodonte s’écoule rapidement et je me gare à son pied pour entamer la procession. Je ne le vois que peu, caché par les arbres mais le site est parfait pour dormir dans ma voiture. En effet, j’ai calculé que le meilleur moyen pour bien le voir était le matin, lorsque le soleil vient de l’Est. Il resplendit alors tout autour sans laisser une trace d’ombre.
Beau pour le Camping Kangoo

Étant une des sept merveilles du Dauphiné, région historique regroupant Isère, Hautes-Alpes et Drôme, le sommet attire de nombreux visiteurs pour randonner autour ou escalader le sommet et éventuellement y camper. Le tour du Mont Aiguille est régulièrement considéré comme une très belle balade tandis que le bivouac au sommet sans rien pour gâcher le paysage est forcément somptueux si le ciel est dégagé.

Peuplé d’à peine 300 hab, Chichilianne est l’antichambre du sommet. L’isolement est palpable, si on habite ici, c’est parce que l’on a dument choisi et cela se voit aux constructions: des familles réinvestissent les lieux avec les moyens du bord. Bobo-bios ? Bobo-écolos ? Hippies ? On s’en fout, ici les artifices, les faux semblants et la mascarade n’existent pas. Avec un air pur à 1000m d’altitude, je m’y sens tellement bien que je commence à voir émerger dans ma tête des idées de projet.

Encore une fois, peut-être est-ce du à l’action du fameux Mont Aiguille ?
Le magnétique Mont AiguilleLe magnétique Mont AiguilleChichilianne sous l'oeil du Mont AiguilleChichilianne sous l'oeil du Mont Aiguille

Même en le laissant derrière moi en direction du col de Menée vers le Diois, je ne peux m’empêcher de jeter un dernier coup d’oeil à l’orée d’une clairière au bord de la route.

Mais aussi, je suis tombé amoureux. Du Trièves. Forcément.
Le Vercors sauvage et le Mont Aiguille