Lors de la préparation de mon voyage, j’avais parcouru un certain nombre de sites, blogs qui mentionnaient clairement le caractère bien différent de la randonnée en Nouvelle-Zélande par rapport à ce qui se fait en Europe. Dans une moindre mesure, cela s’applique aussi en Tasmanie.

Le terme tramping

En Nouvelle-Zélande, quand on va randonner, on ne dit pas trekking, ni hiking ni walking ni bushwalking mais :

tramping !

Littéralement le terme signifie vagabonder. Alors on peut prendre cela sous sa forme péjorative mais en Nouvelle-Zélande, cela veut vraiment dire que l’on embarque son sac à dos, ses provisions, sa tente, son réchaud et qu’on dort potentiellement en hut…

Mais attention, ajoutons les spécificités locales. Cela inclut aussi:

  • traversées de rivière sans équipement sur la majorité des tracks ou par des ponts à 3 câbles sur un petit nombre et enfin des ponts fixes ou suspendus sur les tracks populaires et fréquentés.
  • des gigantesques mares de boue venant aux genoux sur les tracks les plus humides et moins bien entretenus à des tracks très bien entretenus avec par ci et là quelques traces d’humidité (donnant un aspect autoroute).
  • l’absence totale de marquage au sol sur un grand nombre de tracks mais signalés par des piquets oranges espacés de 100m à des tracks très bien marqués et signalés de manière très fréquente
  • les huts, que cela soit un énorme dortoir neuf de 80 places à des huts historiques de 4 lits, font partie intégrante de la culture néo-zélandaise. Venir en Nouvelle-Zélande et passer une nuit en « hut » fait presque partie des must do à « vivre ».
  • la très grande majorité des tracks multi-days sont en pleine nature, donc sans aucun échappatoire possible. En revanche, l’immersion en nature est pleine et on peut souvent parler de wilderness préservé. Sauf à mon avis pour les Great Walks, qui attirent trop de foule pour être « qualifié » de préservé.
  • pour une grande partie du territoire, randonner signifie aussi aller dans le bush ou plus littéralement la forêt dense et humide…On aime ou on aime pas. En tout cas, les locaux aiment. On peut sortir de la bushline dans les montagnes à environ 1200m. Sinon les paysages ouverts se trouvent aux abords des volcans, de la région Otago et du Canterbury.

Comment s’habille le kiwi tramper ?

Alors déjà il ne s’agit pas d’une généralité mais je l’ai observé auprès de rangers, de « hard trampers » et de personnes âgées expérimentées. Je liste cet habillage en fonction de l’humidité car c’est un élément très important.

  • 1 paire de boots de randonnées en cuir ou non imperméables. Evitez les chaussures estampillées GTX dont une fois l’imperméabilité défaillant évacueront nettement moins bien l’eau
  • 1 paire de chaussettes de laine merinos éventuellement doublée d’une autre paire pour limiter l’infiltration d’eau+ 1 paire de rechange qui devra restée sèche en permanence
  • 1 paire de guêtres hautes pour limiter la rentrée d’eau/boue dans les chaussures
  • 1 short synthétique ultra fin et long pour favoriser le séchage rapide ne serait ce que par la chaleur humaine et vous mettrez un legging au sec
  • 1 tee shirt synthétique/laine merinos + 1 autre de rechange pour le sec
  • 1 veste imperméable
  • 1 pack liner imperméable dans lequel toutes les affaires sont mises et ce même pack liner est mis dans le sac à dos, souvent de > 70L. Le léger ne semble pas être de mode là bas ^^
  • 1 paire de crocs/sandales pour aérer les pieds au bivouac/hut + crème hydratante pour les pieds si besoin. Aérer et sécher les pieds est fondamental
  • 1 sac de couchage de bonne qualité minimum 0°C, si possible en synthétique. S’il est en duvet, alors mettez le dans un dry-bag
  • Le reste est classique, il n’y a pas forcément de pantalon imperméable

Il faut savoir que tout est possible et que c’est à chacun d’essayer des solutions et de trouver ce qui lui convient, tout en gardant un poids raisonnable. Ce qui va fortement influencer votre équipement est votre propre gestion de l’humidité.

J’ai régulièrement vu des trampers marchant sous la pluie avec absolument aucune protection contre la pluie.. Tee shirt mouillé, short gorgé d’eau, pieds sous l’eau…

Pourquoi ? Car leur corps générait suffisamment de chaleur pour ne rien craindre. Ils peuvent se le permettre car ils comptent beaucoup sur les huts et compensaient en mangeant beaucoup.

Walking down to Rock Burn Valley

Flickr – Tomas Sobek

Two trampers

Flickr – Tomas Sobek

Les huts

Les huts au nombre de 950 et gérées par le DOC sont une véritable institution en Nouvelle-Zélande. Leur densité est inégalée au monde. En effet, elles furent construites dans l’optique d’abriter les chasseurs de cerfs qui étaient en trop grand nombre dans les années 1950. Depuis, même si elles ont gardé leur fonction de base, elles abritent majoritairement des randonneurs venus admirer les paysages magnifiques et sont même devenues un gage de sécurité, en raison du climat capricieux du pays.

Je ne vais pas résumer en détails le fonctionnement un tantinet compliqué des huts, mais elles sont payantes selon deux modes de fonctionnement:

  • les huts de Great Walks et très populaires (comme celle du Lake Angelus, ou du Copland Track) doivent être réservées à l’avance, sont très confortables et en général très fréquentés
  • les backcountry huts sont en accès libre, le nombre de places et leur confort varie beaucoup. Le paiement se fait par ticket. Plus d’infos précises ici

Qu’est ce qu’on trouve dans les huts ?

  • Des tables avec des bancs, ce qui est le minimum;
  • Des plans de travail pour poser sa nourriture et préparer sa cuisine;
  • Des lits pour la plupart superposés avec des matelas, en général secs;
  • Un espace suffisamment grand pour pouvoir poser vos affaires humides;
  • Le TOP du TOP est d’avoir un poêle pour réchauffer l’atmosphère mais AUSSI du bois sec à proximité. Dans les faits, il sera souvent rangé sous un abri dédié
  • De larges baies vitrées avec parfois des moustiquaires pour profiter du panorama, surtout si la hut est perchée au dessus de la bushline
  • le logbook pour « vous » signaler par écrit. Cela sert à retracer votre parcours si des mésaventures devaient vous arriver. Ce book est souvent gorgé d’anecdotes intéressantes, je conseille vivement d’en parcourir quelques-uns
  • Et enfin, des gens avec qui discuter, plaisanter, jouer aux cartes, refaire le monde.

Hidden Falls hutHamilton HutHamilton Hut

Comment ça se passe lorsqu’on fait du tramping ?

Si vous allez sur les Great Walks, vous n’avez pas de soucis à vous faire: les tracks sont très bien marqués et balisés, il n’y aura en principe que peu de boue et pas de traversées de rivière. En revanche pour les autres tracks, classés « trampins tracks » ou « routes » c’est beaucoup plus aléatoire.

J’insiste encore sur le caractère capricieux de la météo qui a une influence considérable sur le cours de votre randonnée. En effet, bon nombre de tracks suivent les cours d’eau et peuvent les traverser de nombreuses fois. En cas de forte pluie, attendez-vous donc à ce que le niveau de l’eau ait considérablement augmenté. Examinez bien le courant, le fond, la clarté de l’eau et surtout, écoutez-vous avant d’envisager une traversée. N’hésitez pas à repousser une traversée, en une demie-journée le niveau de l’eau peut être revenu à sa normale !

Bush Stream depuis Mesopotamia (à traverser 11 fois)

En venant de tout au fond, la rivière est franchie 11 fois dans la gorge. Plutôt aisé en cas de beau temps, cela serait nettement plus compliqué en cas de fortes pluies

La technique de traversée de rivière que je conseille comporte les points suivants:

  • utiliser des bâtons de marche ou en bois pour avoir de meilleurs appuis;
  • garder les chaussures aux pieds, au final rien ne sert de les enlever vu le nombre de traversées futures;
  • vérifier que le pack liner est bien fermé, celui-ci protège les affaires de l’humidité (ou alors vos ziplocks et dry bags);
  • lors de la traversée, se mettre face au courant et avancer pas par pas en biais. Ne pas hésiter à se faire légèrement emporter par le courant si besoin;
  • toujours avoir au moins 3 appuis sur les 4;
  • Si vous êtes plusieurs, prenez vous par les bras au niveau des coudes et restez serrez les uns aux autres (regardez ces photos).

Heureusement, sur un certain nombre de tracks assez fréquentés, on peut retrouver un certain nombre de ponts fixes, suspendus ou 3 câbles, ce qui facilite grandement la chose. Cela veut aussi dire que sans pont, ces rivières seraient impossibles à traverser en cas de pluie. Et c’est encore plus vrai dans le Fiordland.

pont à 3 cablesTraversée de rivière sur pont à 3 cablesPont suspendu pour traverser la rivière

Toujours lié à l’humidité, en cas de fortes pluies, il y a de très grandes chances que le track soit gorgé d’eau. Vous aurez donc à affronter de nombreux torrents inexistants plusieurs heures plutôt ainsi que des gigantesques plaques/mares de boue ou encore des marécages. Et là, pas de secret, il vaut mieux foncer tout droit dedans plutôt que de tenter de contourner. Éviter la boue revient à dire passer sur le côté dans la végétation encore plus dense, affronter d’autres plaques de boue et potentiellement glisser, tomber et avoir du mal à se relever !

Tandis que foncer tout droit, c’est avancer ! C’est principalement pour cette raison que les guêtres sont plébiscitées dans le bush !
Marécage de Rees ValleyBoue sur le Hollyford trackguetres

Le bush, parlons-en. Oubliez l’image des forêts européennes n’ayant plus rien à voir avec ce qu’elles étaient il y a des milliers d’années de cela. En Nouvelle-Zélande, elles sont humides, denses et abritent une flore riche, endémique de plusieurs millénaires. Mais par contre on n’y voit plus rien d’autre que l’intérieur de la forêt et c’est véritablement un nouveau monde auquel j’ai mis du temps à m’y habituer. De plus, affronter le terrain « rough » fait de racines, roches à grimper ou contourner et des ravines à grimper pour ensuite redescendre n’est pas des plus aisés et physiquement éprouvant à la longue.
Track rugueuxTrack rugueux (pour un européen mais facile là bas ^^)Track dans le bush

Dès que vous vous élevez du bush, c’est à dire au delà de 1200m, vous affrontez un autre phénomène métrologique: le vent ! Ou encore la neige qui peut venir en toute saison. Et là, ça ne rigole pas. C’est pour cela que même avec ses inconvénients, randonner dans le bush comporte aussi des gages de sécurité. Par exemple, camper sur les crêtes et profiter de vues jouissives n’est envisageable QUE si le temps est au beau fixe et stable pour le lendemain. Peu de gens prennent ce risque sinon. Et encore une fois, les huts n’existent pas pour rien.

Anneke and Tom in Wind

Flickr – treyguinn

Enfin le dernier point que j’aborde dans ce chapitre est le marquage et le balisage des tracks. Dans le bush, c’est facile à suivre, étant donné qu’en dehors du track, il est très difficile de s’y aventurer. Il n’y a que des tracks très peu empruntés qui nécessitent d’être pris avec précaution, mais à ce moment là, personne ne vous encouragera à y aller (un exemple de « route » dans le bush mal balisé pour voir la galère que c’est ^^) ! Le balisage est indiqué par un triangle orange et généralement clouté sur les arbres. Donc en général, dans le bush, relativement peu de chances de se perdre et pour preuve je n’ai jamais eu de carte topographique avec moi. Uniquement les documents fournis par le DOC.
Track

Par contre, au dessus de la bushline, dans les montagnes et sur les tracks les moins populaires, c’est une autre histoire. Les piquets orange remplacement les triangles et sont espacés aléatoirement comme cela chante ! Le coup d’oeil et le sens du terrain est obligatoire. Pour le coup, avoir une carte topographique s’avère indispensable.

Sauriez-vous deviner ou va le track sur les deux photos suivantes ?
Session de tussock jumping !En route vers Stag Saddle

Dis comme cela, ce n’est pas engageant !

Je comprendrais parfaitement qu’à la vue de ce que je viens de dire, cela ne vous engage pas trop à aller randonner en Nouvelle-Zélande. Mais cela est une certaine réalité correspondant aux aléas de la nature. Aucun kiwi n’aime la boue, aucun kiwi n’aime arriver trempé dans une hut. Mais leur pays est ainsi et s’ils veulent randonner, ils n’ont pas le choix, ils s’adaptent.

C’est pour cela aussi qu’on dit qu’ils ont une attitude à la no worries

Personnellement, étant venu en été, j’ai plutôt profité du beau temps et aussi j’ai du adapté mes plans en fonction de la météo. Par exemple, j’ai repoussé le Rees Dart Track car de la neige était annoncé et le DOC me déconseillait formellement d’y aller.

Globalement, comptez sur du beau temps à partir de la mi-Janvier jusqu’à fin-Avril ou les températures se feront plus clémentes. Mais le maître mot reste adaptation !