EDIT du 19/04/2014: le voyage au long cours étant ce qu’il est, la traversée de Nouvelle-Zélande envisagée n’a pas eu lieu. Néanmoins, les informations restent pertinentes.

Si vous avez bien suivi les premiers articles préparatoires de ces 7 mois de voyage, vous n’êtes pas sans savoir que le gros morceau de ce projet se situe en Nouvelle-Zélande !

J’y passerai un peu moins de 4 mois, en ayant pour objectif de faire une traversée du pays du Nord au Sud by « fair means ». Voyons un peu plus ce que cela peut représenter à l’échelle du pays.


Afficher NZ – Traversée sur une carte plus grande

Fair means ? What ?

Pour résumer, c’est un principe qui consiste à se déplacer qu’avec des moyens de locomotion en usant que de la seule force humaine. Cela peut être à pied, à vélo, en parapente, en kayak, en trottinette ou même à cheval.

De « grands voyageurs » utilisent déjà ce « principe » pour aller au plus près de la population, sentir le vent du cheminement progressif, d’associer défi sportif au voyage et surtout de laisser le temps au cerveau d’ingérer tous ces paysages et rencontres. Bon sur le papier, c’est bien joli, mais il y a des chances qu’en cas de coup dur (imaginez, sous une pluie battante) que je ne sois pas contre un petit coup de main pour me déposer un peu plus loin en stop ou en bus ^^ Le tout à vélo et pied semble effectivement assez illusoire.

C’est alors que lorsque j’ai commencé à imaginer ce voyage au long cours, incluant la Nouvelle-Zélande (un de mes plus vieux rêves), je ne pouvais pas y venir juste en coup de vent. Aimant déjà la marche et le sport en général, l’occasion était trop belle pour ne pas l’imaginer. Maintenant, voyons comment cela va se décomposer..

L’île du Nord: à vélo !

touring cyclist Daniel near Twiyel, New Zealand

Flickr – velaia (un clic renvoie vers l’image source)

New Zealand

Flickr – ouestef (un clic renvoie vers l’image source)

Avouez, ces photos vous font envie hein ?

Ce n’est pas si simple que cela: montée de cols, fesses douloureuses, pluies diluviennes, vents à décorner les bœufs et une faim monstrueuse (pédaler ça mange des calories) m’attendent !!

Alors pourquoi l’île du nord à vélo ?

  • 70% des néo-zélandais y habitent y vivent, cela est donc naturellement plus propice aux rencontres;
  • de ce fait, les villages et villes à proximité de routes sont plus nombreuses, ce qui multiplie les possibilités d’hébergement et de ravitaillement , ce qui facilite la logistique;
  • parce que je n’avais pas envie de tout faire à pied ^^ d’après les retours de trampers sur le Te Araroa Trail, l’île du Nord est gorgée de forêts « bush » parfois très compliquées et de longues portions ennuyeuses sur route

Bien qu’ayant déjà fait du vélo/VTT étant plus jeune, je n’ai pas d’expérience en randonnée itinérante, néanmoins, les points indispensables concernant le matériel que j’achèterai sur place sont les suivants:

  • avoir un vélo au cadre robuste, munis de suspensions à l’avant, de pneus assez fins et peu crantés, des pièces standard, afin de faciliter toute réparation;
  • le développement devra être assez court pour passer plus facilement les cols !
  • un porte bagage avec des tendeurs pour sangler le sac à dos le tout dans un ou deux sacs poubelle, sera indispensable;
  • un casque, un cuissard, une trousse à outils seront des accessoires bien pratiques;
  • une carte générale de l’île du nord pour ne pas se perdre inutilement et éventuellement, le topo d’un des Cycle Trails, réseau de pistes cyclables dans le pays

Objectif: environ 1 mois de plaisir, en laissant le hasard agir et sans idée de kilométrage à effectuer !

Quelques liens pouvant être pratiques pour s’organiser:

L’île du Sud: à pied en suivant l’itinéraire du Te Araroa Trail

Bon là, c’est une autre paire de manches et à vrai dire, le point névralgique de tout ce long voyage.

Merveilleux, idyllique, « amazing », « stunning » sont des qualificatifs régulièrement entendus sur l’île du Sud, plus montagneuse et plus sauvage.

La traversée de l’île du Sud nécessite une préparation structurée en ce qui concerne le matériel et la logistique. Au moins deux mois à pied et 1300 kilomètres, cela ne se prend pas à la légère !
La liste du matériel de base sera publiée dans un prochain article préparatoire.

Le Te Araroa Trail est officiellement ouvert depuis 2011, suite à l’initiative d’une commission néo-zélandaise qui en 1975 lança l’idée d’un chemin de grande randonnée sur tout le pays entier. Maintenant, les 3000 kilomètres du chemin sont entretenus sous l’égide du Te Araroa Trust. Il est à noter que quelques portions se font en kayak, comme on peut le voir sur la carte en bleu !

guide_mapLe trail rencontre un succès croissant, notamment pour les « thru hikers » les amateurs de randonnée longue distance, qui voient là un moyen d’explorer un pays tout entier, à pied. Il existe d’autres randonnées longue distance, comme le célèbre Pacific Crest Trail aux Etats-Unis, reliant le Canada depuis le Mexique en 6 mois. D’autres exemples sur Wikipedia. Pour la saison 2012-2013, 3 français ont effectué l’intégralité du trail:

Vous trouverez aussi ce retour très détaillé et orienté conseil en anglais: Buck-30’s Guide to Planning and Hiking the Te Araroa ou encore ce guide pratique officiel pour s’organiser moyennant 50$NZ

http://durandbruno.com

http://durandbruno.com (un clic renvoie vers l’image source)

http://durandbruno.com/ (un clic renvoie vers l’image source)

Si l’idée de vous aventurer sur le Te Araroa Trail vous prend, je vous invite à consulter leurs blogs qui sont fournis d’informations pratiques bien utiles, au delà de leur retour d’expérience. C’est tellement pratique que j’ai gentiment demandé à Mélanie de me répondre à quelques questions ci dessous. Merci à elle. N’hésitez pas à consulter son blog riche en informations pratiques pour vous aider à la préparation.

Bonjour Mélanie, peux tu te présenter brièvement ainsi que le parcours qui t’a amené sur les chemins du Te Araroa Trail (TAT) ?

J’ai 28 ans, bientôt 29. Je vis dans le Morbihan. Je m’adonne à la photographie et pratique la course à pied, le vélo et la natation.
J’ai débuté la randonnée en 2008 par un voyage à pied en autonomie complète autour de Belle-Ile-en-Mer. Ce fut extra! J’ai continué en cherchant à optimiser mon équipement afin de marcher plus léger car je me suis vite rendue compte que marcher léger permettait de marcher plus longtemps et donc de voir plus de choses en prenant un maximum de plaisir. Mes randonnées sont devenues de plus en plus longues. Après avoir pratiqué les sentiers autour de chez moi je suis partie à la découverte de la montagne. C’était il y a tout juste 4 ans. J’ai usé mes chaussures en Auvergne, dans les Alpes autour du Mont-Blanc, au sommet du Grand Paradis pour ma première expérience en alpinisme puis en Ecosse en réalisant la West Highland Way.
En 2012 j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour me donner les moyens de partir pour un voyage au long cours sac au dos ! Étant professeur des écoles, j’avais l’assurance de retrouver mon travail à l’issue de cette année donc je n’ai pas eu à hésiter une seconde. Mon projet de départ était le suivant : partir à la découverte de pays et de cultures autour du cercle polaire arctique. J’ai décidé de débuter par une traversée à pied de l’Islande du nord au sud, suivi d’un voyage au Groenland, au Canada et enfin en Alaska. Le problème des saisons et les possibilités d’activités extérieures durant l’hiver m’ont conduite à reconsidérer mon projet. J’ai donc pensé à changer d’hémisphère en cherchant un pays proche du cercle polaire antarctique. Mon dévolu s’est porté sur la Nouvelle-Zélande avec l’idée de traverser le pays du nord au sud. Un ami m’avait parlé des randonnées longues distances aux Etats-Unis et en réalisant une recherche via Wikipédia j’ai vu que venait d’être officiellement ouvert le Te Araroa Trail en janvier 2011. Cela collait parfaitement avec ce que je voulais faire. J’avais trouvé la randonnée longue distance inespérée! Voilà comment mon aventure néo-zélandaise m’a conduite sur les chemins du Te Araroa Trail.

Un an aura été trop court pour enchaîner ensuite avec le Canada et l’Alaska. Je reprends donc le travail en septembre mais compte repartir pour mener la suite de mon projet dans un an ou deux.

J’ai parcouru ta liste de matériel, assez légere et bien étudiée. Quel retour pourrais tu en faire concernant les conditions réellement éprouvées sur la TAT et quels changements ferais tu ?

Au départ mon équipement pour la Nouvelle Zélande était le même que celui utilisé en Islande à quelques modifications prêts comme le choix d’emporter la chambre intérieure de la tente contre les sandflies et le choix de chaussures de marche hautes. Malheureusement 10 jours à peine après mon arrivée en Nouvelle Zélande mon sac de randonnée avec tout mon équipement m’a été volée à Rotorua. Un coup dur ! Heureusement j’avais mes papiers et mes appareils électroniques! J’ai dû racheter tout mon équipement sur place… et les magasins d’outdoor en Nouvelle-Zélande font plutôt dans du matériel hyper solide mais hyper lourd!

J’ai donc marché avec un sac lourd tout au long de l’île du nord. Pour l’île du sud j’ai décidé de changer une partie de cet équipement en optant pour quelques achats via internet de matériel léger.

Bref… ma liste pourrait être plus légère mais ce qui est sûr c’est que je n’ai manqué de rien.
Si j’ai à critiquer ma liste, je listerai :

les points négatifs suivants :

  • le poids de l’appareil reflex, lourd, très, trop lourd! Pour celles et ceux qui ne sont pas passionnés de photos, un bon appareil numérique est à mon sens parfait et suffisant!
  • la redondance entre le Kindle et l’Iphone car l’on peut aussi stocker des documents pdf (track notes…) dans le second. Néanmoins le Kindle permet de lire des livres sans souci de batteries!
  • la redondance entre le GPS et l’Iphone car avec l’application Ihikegps il est possible d’utiliser l’Iphone comme un GPS indépendamment du réseau cellulaire et avec de très bons fonds de cartes.
  • les chargeurs de batteries et tous les câbles inutiles lorsqu’on marche. Je pense que l’envoi d’un coli en poste restante d’étape en étape permet d’éviter de transporter ce poids superflu.

les points positifs suivants :

  • les chaussures hautes qui sont bien adaptées pour marcher dans la boue et traverser les cours d’eau pas trop hauts en gardant les pieds au sec. Le choix de chaussures avec une bonne accroche est importante car les sentiers sont souvent glissants.
  • les chaussures plastiques pour le passage des rivières et pour aérer les pieds le soir au bivouac ou dans les refuges.
  • le cycliste long couplé au short qui permet d’éviter les coups de soleil avec une bonne régulation thermique. Cela évite d’emporter un pantalon en plus du pantalon de pluie.
  • une longue cordelette avec un mousqueton très utile pour suspendre les affaires dans les refuges habité par les souris.
  • le rangement des affaires dans des sacs étanches de couleur différentes qui permet de ranger rapidement les affaires le matin, de savoir où est quoi en un clin d’œil et de s’assurer de tout garder au sec tout au long de la journée.

Sur un voyage au long cours le matériel est mis rapidement à rude épreuve. Je conseillerai d’opter pour des bâtons de marche de bonne qualité car ils sont très utiles sur les sentiers boueux du Te Araroa trail (avec deux jambes de plus j’ai évité plus d’une fois la glissade !) ainsi que pour le montage de la tarp ce qui évite le transport d’arceaux. Pensez aussi à laver régulièrement les vêtements imperméables avec du produit spécifique car avec le temps et la saleté qui se dépose les membranes perdent en efficacité.

De nombreux Te Araroa trampers avaient opté pour des matelas gonflables. Pour ma part je me suis contenté d’un simple tapis de mousse. Bien évidemment cela dépend du confort que chacun souhaite avoir !

Il y a sûrement bien d’autres choses encore à dire au sujet de cette liste mais voilà les premières critiques qui me viennent à l’esprit aujourd’hui.

Combien de temps as tu mis pour réaliser les 3000 kms du trail ? Ce n’est pas trop long ? Comment se passait une journée type et à quoi donc peut bien penser un randonneur au long cours ?

Pour réaliser l’ensemble du Te Araroa Trail , j’ai mis environ 6 mois. Je suis loin des plus rapides (90 jours sans courir pour l’un d’entre eux). En moyenne la plupart des gens mettent de  4mois 1/2 à  5 mois. Mon objectif n’était pas de réaliser une performance voilà pourquoi j’ai pris mon temps. Je n’ai pas hésité à m’arrêter. Les Néo-zélandais sont très accueillants et très hospitaliers et m’ont invité à rester chez eux plus d’une fois.

Trop long? Non bien au contraire!!! La plupart des Te Araroa trampers stoppent une fois Bluff atteint. Tous expriment vite le fait que le trail leur manque. On devient addict à la marche, à cette aventure. Pour ma part j’ai eu dû mal à m’arrêter de marcher une fois arrivée là-bas. J’ai donc décidé d’ajouter encore plusieurs centaines de kilomètres en continuant l’aventure sur Stewart Island. C’est un véritable petit paradis que je recommande absolument! J’ai poursuivi ensuite dans les Fjordland et du côté de l’Abel Tasman. Marcher était devenu un mode de vie.

La journée type commençait par un petit déjeuner rapide suivi de la préparation du sac. Sac au dos, je marchais jusqu’à 12h30-13h00 pour une pause déjeuner rapide (parfois dans un refuge) puis reprise de la marche jusqu’au refuge suivant ou jusqu’à l’approche de la nuit ou encore jusqu’à en avoir plein les pieds!

Chaque journée avait son lot de découvertes. Le soir je lisais les track notes pour préparer la journée suivante, observais la carte et y inscrivais des annotations (temps de parcours, informations particulières) et remplissais mon journal de bord. En montagne je notais la pression le soir et la reprenais le lendemain matin pour avoir une idée de la météo (stabilité, dépression ou anticyclone).

A quoi pense-t-on quand on marche au long cours? Les pensées sont multiples. Bien entendu on pense à ce que l’on fait, en particulier quand les passages sont plus techniques. On ouvre l’œil, on observe. On apprend à connaître l’environnement dans lequel on évolue. On pense aux gens que l’on a laissé chez soi, à ceux que l’on a rencontré. On pense à sa vie d’avant, à sa vie d’après. On élabore de nouveaux projets. On rêve. On chante. On râle. On repense à des événements de sa vie bon ou mauvais. On fait le point. On apprend sur soi. On apprend aux contacts des autres. On se « nourrit » de tout ce que l’on découvre. Bref la marche est une façon de voyager qui amène à s’ouvrir au monde en apprenant à mieux savoir qui on est, ce que l’on veut, ce qu’on est capable de faire. Et tout cela est peut être encore plus vrai pour celle ou celui qui randonne seul.

Quelles ont été les moments les plus difficiles ou t’ayant apporté le plus de frayeur ? et à l’inverse les plus beaux moments ?

Le moment le plus difficile a été au tout début lorsque je me suis égarée dans la Raetae forest. Cette forêt pluvieuse est particulièrement dense et boueuse. Le sentier n’est pas bien entretenu avec de nombreux arbres tombés. Pendant 2h j’ai essayé de me frayer mon propre chemin là où il n’y avait que des lianes, des troncs d’arbres en travers…bref 2h à tomber, à me relever, à être retenu par des lianes…2h pour finalement progresser de quelques centaines de mètres en tournant en rond… Je n’avais pas de machette et sans cet instrument il est vraiment très difficile d’avancer. J’ai finalement retrouvé par hasard le sentier et pu sortir de la forêt.

En règle générale,  je dirai que le bush on l’aime et on le déteste! La marche dans le bush nécessite une attention constante. Il faut regarder en permanence ses pieds pour éviter de trébucher à cause des racines, des cailloux ou alors de glisser dans la boue. C’est parfois énervant et démotivant car on n’a l’impression de ne plus rien voir d’autres. Mais le bush c’est aussi des odeurs, des couleurs, un monde à part que l’on apprend à connaître et que l’on apprend à apprécier.

D’autres moments ont été difficiled comme la descente depuis Nichols hut jusqu’à Otaki forks. La descente avec 1000m de dénivelés avec le sac lourd que je portais à ce moment là fut terrible pour mes genoux.
La perte d’une carte SD sur le trail juste avant d’arriver à l’Ahuriri river avec une grande partie des photos et films de l’île du sud a été particulièrement énervant.

Marcher sur les routes lors des connexions entre les tracks sur l’île du nord était l’aspect le moins agréable du Te Araroa Trail.

Pour les plus beaux moments, je retiendrai l’accueil des néo-zélandais qui m’ont hébergé au long de ce long voyage, les rencontres avec les autres trampers et tous les moments magiques que la nature m’a offert comme le fait d’observer des Kiwis birds en plein jour, les couleurs extraordinaires du Blue Lake, la vue depuis les crêtes sur le Mont Cook et le Lake Tekapo…Et encore plein d’autres instants gravés dans ma mémoire!

Un dernier conseil pour ceux qui voudraient faire le TAT ?

Marcher le long du Te Araroa Trail est une aventure fantastique! C’est une façon originale de voyager en Nouvelle Zélande. Pour ceux qui n’auraient pas beaucoup de temps et qui hésiteraient entre l’île du nord et l’île du sud, je dirai que l’île du nord est plus intéressante d’un point de vue culturel, historique et humain (plus de villages) tandis que l’île du sud est plus montagneuse et plus impressionnante d’un point de vue des paysages.

Pour les débutants en randonnée, il est possible de se lancer sur le Te Araroa à condition tout de même de prendre le temps de développer certaines compétences en orientation, en connaissance du milieu montagnard et des techniques de traversée des rivières. Prendre le temps d’observer, d’analyser une situation avec bon sens avant d’agir et rester humble devant la nature est un gage de sécurité pour évoluer sur les sentiers néo-zélandais.

La forêt néo-zélandaise est bien différente de celles que l’on connaît en Europe et je pense qu’il est bon de réaliser quelques randonnées à la journée ou sur plusieurs jours en Nouvelle Zélande avant de se lancer sur le Te Araroa Trail pour savoir à quoi s’attendre et éviter d’être surpris voir écœuré des les premières forêts.

Enfin dernier conseil, rester toujours attentif aux « orange markers » et n’oubliez pas que pour marcher avec plaisir il faut marcher léger!