Oh non, point de folie, de spontanéité comme l’on pourrait s’imaginer à la lecture du titre, mais juste un moment fraternel. Le tout, sur une merveilleuse N12 entre Versailles et Mayenne avant de bifurquer vers Saint Nazaire et mon domicile natal.

A l’origine ce trajet n’avait rien d’un road-trip, juste d’un banal déménagement comme j’en ai pris l’habitude et ai même fini par aimer. De nouveaux horizons s’ouvrent et malgré la surprise toujours renouvelée de constater le nombre effarant d’affaires à transporter alors que finalement, cela tient dans une 306 et une petite remorque.

223000 kms au compteur d’un moteur essence, rayée de partout et usée, nous avons entièrement confiance en la voiture pour aller à destination. Roots ou pas, peu importe, seul le côté pratique de la voiture nous intéresse, le reste est accessoire. En démarrant, je dois m’accoutumer à tracter la remorque qui ne se fond pas vraiment dans le décor versaillais. La sortie de la ville est lente, peut-être pour favoriser mes adieux à cette ville que j’ai critiqué tout autant que je l’ai aimé. Ayant le temps et préférant largement les routes nationales que les autoroutes, nous choisissons un itinéraire peu courant, pas trop lent, mais réservant d’agréables moments bucoliques. Une nouvelle traversée de la France rurale.

5h30 de route et on devrait y être que j’annonce à mon père.

Les premiers kilomètres sur la N12 sont familiers et font ressortir certains souvenirs datant du temps où j’avais encore mon ancienne voiture et travaillait dans le coin. Petit à petit, la route nous emmène sur une 2×2 voies vers Dreux, ville pas très inspirante. Entre somnolence de mon père, concentration de ma part sur la route, nous bavardons peu. A force de silence, j’en viens à lancer quelques sujets de conversations qu’il se charge d’entretenir. Je finis par parler de certains tabous qui me ruminent depuis longtemps, forcément, des sensibles histoires de famille. Ain de solder des comptes pour que les deux parties se sentent soulagées.

Deux hommes dans une voiture, pour 5h30, un père, un fils, autant en profiter, hein ?

Le simple déménagement commence à prendre la forme d’un road-trip plaisant, les deux hommes se sentent en phase. Nous observons les maisons normandes, faisons des remarques sur la beauté de l’automne, sur le nombre considérable de rond-points et devinons une partie du massif Armorcain se profiler. Des beaux vallons avec des villages dont les maisons sont regroupées autour du centre et un sommet culminant à 416m au Mont des Avaloirs. La route devient plus technique, les virages serpentant au gré des vallées. Les montées parfois longues mettent à rude épreuve le moteur, la vitesse déclinant, cela m’oblige facilement à rétrograder. Heureusement, personne n’est ralenti dans l’affaire, dans les rétroviseurs nous devinons plutôt les feuilles colorées virevolter dans tous les sens après le passage de la voiture. Lors de la traversée d’un village, la vue de deux gendarmes, l’un âgé et très massif, l’autre jeune et menue provoquent un rire amusé. La France rurale, nous y sommes.

Le réservoir de carburant touche à sa fin, cela tombe bien nous arrivons à Pré-en-Pail pour y faire le plein. Nous nous accordons une pause café au comptoir de la station-service. Le vieux cliché du road-trip: sur des chaises hautes avec le serveur en face qui finit de nettoyer ses machines à frites. Un autre type, aussi au comptoir et surement du coin nous dévisage en se demandant notre provenance. Il ne manque plus que quelques caravanes stationnées et nous y serions vraiment. Je me force à retenir ces moments très éphémères tandis que nous relançons le sujet de conservation initial, le genre de sujet qui dans ma famille nous fédère tous: le voyage. La veille, il avait entendu dire auprès des parents d’un pote qu’il avait un côté « baroudeur ».

Rendez-vous compte que je vous parle d’un type qui a tenu tête à des mecs armés (jeunes et cons) en Corse lors d’une tentative de braquage, en pleine nuit dans un camping-car ? Mon père, quoi !

Il n’y a pas de fierté à en tirer de cette histoire, inconsciemment ou pas il a réagi avec instinct et les tripes sans avoir peur. C’est ça le monde, il faut des couilles. Il a vécu de belles aventures, des expériences mais cela ne s’est pas fait tout seul. Des bonnes rencontres, des déclics progressifs et surtout il a souvent suivi ses rêves peut-être issus de lectures de romans d’aventure lors de sa jeunesse. La riche discussion se poursuit alors que nous reprenons la route, toujours dans un agréable paysage.

La portion de route entre Alençon et Mayenne est tout juste très belle, même si plus lente que précédemment. Après Mayenne, nous quittons la N12 pour prendre ici et là des départementales de bonne qualité mais aux nombreux rond-ponts, villes et villages. Les voitures, campings-car lents à doubler se font nombreux. Le soleil décline progressivement pile dans notre progression, les lumières deviennent rasantes. Un spectacle propice à me rappeler celles du Grand Nord. Comme en Norvège ou je les avait apprécié. Nous parlions de voyage et d’aventure, j’en remets une couche avec l’île Senja. Et voilà, j’en ai des frissons rien qu’à y penser.

Ces shoots d’adrénaline, ces prises de risque (comme ce déménagement) me sont nécessaires pour me sentir plus complet. Peu importe si je tombe, je me relève.

Toujours. Mon père de conclure sur la vie:

De toute façon, on est pas venu ici pour s’emmerder.

A partir de ce moment, les sujets de discussion ne s’arrêtent plus. Le père parle de ses souvenirs et le fils tente de se projeter. Le soleil est toujours lumineux, autorisant encore les photos, mais l’appareil est coincé je ne sais où dans les affaires et je n’ai vraiment pas envie de céder à ce diktat. L’idée d’écrire un texte est déjà dans mon esprit et je continue de savourer ces instants père-fils qu’on a pas souvent eu sur plusieurs heures comme cela.

Le périple touche à sa fin, sur une nouvelle 2×2 voies entre Nantes et Rennes chargée en ce dimanche soir avant de finir sur des routes de campagne probablement bientôt survolée par des avions. Ici aussi les routes me sont familières mais cela date d’une autre époque. Si les déménagements continuent à ce rythme,  je pourrais aisément postuler au service Google Maps !

Nous arrivons à destination, comme promis, la voiture en pleine forme et quelque peu décrassée. C’est sur, tant que la 306 d’un autre âge et usée roulera, elle traversera de nouveau la France ! Et le tandem père-fils se reformera volontiers pour d’autres tranches de vie fraternelles.

French countryside

Copyright: yuyu418